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La Bourette, « Tout un poème »  en photographies signées Paul Herman

Strobo Mag

Evoquer le nom de La Bourette et c’est toute une époque qui vous saute aux yeux ! Celle de nos premières nuits parisiennes, des performances aux costumes sophistiqués, au jeu d’acteur hors pair. Loin de l’univers actuel des drags mais toujours proche de la fiction, rêverie d’un monde non genré. Paul Herman, photographe et éditeur d’une nouvelle revue photographique sous forme de fanzine, dédie un numéro tout entier à La Bourette avec en post-face un texte magnifique signé Céline du Chéné (Mauvais Genres sur France Culture). Pour fêter la sortie de ce numéro, Strobo vous présente ce binôme d’artistes aussi libres que leurs créations.

Strobo : Bonjour La Bourette. Tes influences mélangent le glamour et la discrétion. De Pierre Molinier à la Môme Bijou, de Georges Sand à Yves Saint Laurent, tes costumes tombent sur mesure pour la poésie que tu incarnes. Parle-nous de tes influences, comment travailles-tu tes personnages ?

La Bourette : J’ai créé des costumes 10 ans dans la Maison de haute-couture Emmanuel Ungaro pour le spectacle vivant, et… pour moi. Je ne travaille pas trop mes personnages. Ils viennent, au gré des humeurs, et, soudain, celui-ci peut rappeler celui-là.

Ces portraits de toi signés Paul Herman retranscrivent bien la mélancolie qui imbibe ton univers.

La Bourette : Mélancolie ? C’est de nature !

Tu as également joué sur grand écran. Pour Alexis Langlois et pour Tom de Pékin qu’on aime beaucoup chez Strobo. Raconte-nous ce détour par le cinéma.

La Bourette : J’ai toujours rêvé de cinéma. J’ai réalisé un court métrage, en 2007 :  Roberte Molinier, avec mon complice de l’époque Christophe Chemin au montage. Tom de Pékin est un très vieux complice : nous nous connaissons depuis… Tût ! J’ai aidé aux costumes, et j’ai fini sur sa pellicule. Alexis Langlois, lui-même personnage principal des films de Tom, m’a offert un beau cadeau pour son premier cout métrage, puis il m’a repris pour son deuxième. Complicités nocturnes !

Tu as marqué le monde de la nuit avec tes performances hybrides et très visuelles. Aux plus jeunes lecteurs de Strobo, pourrais-tu décrire cette époque ?

La Bourette : Aux plus jeunes, il faut raconter le Pulp. Un ancien dancing, devenu, pour quelques années, une boîte de lesbiennes, à la programmation pointue. Je m’y sentais chez moi. Un espace de jeux, et d’expérimentations. Les années 90-2000 c’était ça aussi, loin du show-off.

Le pèle mêle à la fin du fanzine montre la diversité de ton talent. Raconte-nous quelques souvenirs.

La Bourette : La page pêle-mêle, ce sont des instants de ma vie, comme le sont mes poèmes : des sortes de Polaroids issus de soirées, que nous avons vécu, avec Paul Herman. Et des personnages, qu’il a proposé, ou que j’ai proposé.

En parlant de ces personnages, peux-tu nous emmener dans l’antichambre de quelques séries comme « La Bourette est dans l’escalier » ou « La Bourette masquée » ou « La Bourette aux Bijoux » ?

La Bourette : Cet escalier, c’était celui de la rue Lepic où j’habitais, il est mythique : avant d’y apparaitre dans la série de Paul, j’y prenais déjà mes amis… en photos. Ça s’appelait, Le cul dans l’escalier  : je vous laisse imaginer… Quant au masque, c’est une référence à Pierre Molinier (mon « fond de commerce »). Dans In Bed with La Bourette, c’est une évocation du glamour à l’ancienne : on est plus proche d’Yvonne Printemps que de Marilyn ou Madonna. Dans la lignée de La Môme Bijoux qui est une idée de Paul, comme celle de la reine Margot en Isabelle Adjani.

Paul Herman : Je rêvais de photographier La Bourette en hommage aux années folles, nous avons regardé ensemble des photographies de Brassaï.

Cher Paul, quel est ton parcours en tant que photographe ?

Paul Herman : J’ai commencé la photographie il y a une vingtaine d’années, en parallèle de mon activité professionnelle lorsque j’ai pris conscience, en regardant les photographies de Pierre Terrasson, Arnaud Baumann, Philippe Heurtault, Philippe Morillon... que je n’avais aucune trace de ce que j’avais vécu de ces années passées, des concerts, des soirées et Gay Tea-Dance du Palace où Didier Lestrade armé d’un Instamatic avec des flashcubes était « Tintin reporter ». Alors je me suis dit qu’il me fallait capturer ces moments. J’ai exposé une première série de photographies consacrée aux Sœurs de la Perpétuelle Indulgence – Couvent de Paname entre autre, au Duplex à l’initiative de Joël (le patron) en 2011. Puis mes photographies ont été utilisées dans le documentaire de Thierry Benamari et Antoine Capliez Les Invertis (2011). En 2017, j’ai participé à l’ouvrage collectif Encyclopédie pratique des Mauvais genres de Céline du Chéné, avec mes photographies de La Bourette.

En 2023, alors que la fin de mon activité professionnelle approchait, je me suis dit que je devrais montrer mes photographies. Je ne savais pas encore de quelle façon. Mais ce que je ne voulais pas, c’était montrer mon travail sur les réseaux sociaux, préférant un support physique, intimiste. Dans ma jeunesse nous achetions des fanzines qui ne coûtaient pas très chers et on se les échangeait. J’ai opté pour ce choix au grand format « newspaper ». Un artiste par numéro avec un texte écrit par lui-même et un texte de présentation en dernière, imprimé sur du papier recyclé ou issu de forêts gérés durablement. Sans prétention. Montrer à voir.

Ce fanzine ressemble aussi à une boîte à souvenirs. La complicité transpire entre vous. Comment as-tu choisi une série, plutôt qu’une autre ?

Paul Herman : En effet, et c’est vraiment ce que je voulais : une boîte à souvenirs. Comme je l’avais fait avec Patrick Vidal pour le premier numéro, j’ai proposé une sélection de photographies à La Bourette et nous avons trié ensemble. Mais le choix fût ardu.

Peux-tu nous emmener dans les coulisses de la création ? Comment se sont passées vos prises de vues ?

Paul Herman : Nous échangeons beaucoup avec La Bourette avant de décider du personnage et de l’attitude. Nous discutons des vêtements, des accessoires. C’est toujours un travail en commun. Lors des séances, La Bourette ne joue pas, elle est. C’est elle qui par ses poses, son attitude, dicte mon travail. Je ne suis que le témoin de son talent. On s’amuse beaucoup, on travaille sérieusement sans se prendre au sérieux. Tout ceci n’est que plaisir et simplicité.

La Bourette est un personnage multifacette. S’il n’y avait qu’une seule l’image d’elle à garder, ce serait laquelle ?

Paul Herman : Il m’est impossible de répondre à cette question. C’est comme demander à des parents d’enfants lequel ils préfèrent. Dans chaque photographie, au-delà du personnage, il y a une part de La Bourette qui transparait. Et c’est pour moi à chaque fois une découverte. Notre rencontre est une belle rencontre. La Bourette est poésie. Je garde l’image d’un être d’une grande sensibilité et en même temps d’une force de caractère incroyable. J’ai une chance folle et je suis fier de travailler avec elle. J’ai très envie de poursuivre cette aventure photographique. Je l’aime.

A qui seront dédiés les prochains numéros de ton fanzine ?

Paul Herman : Je les consacrerai à Marie France, King’s Queer, Charlène Duval, Madame Raymonde… En attendant c’est avec La Bourette que je vous donne rendez-vous aux Mots à la Bouche à Paris, le 14 mars pour la sortie de ce numéro. J’en profite pour remercier toute l’équipe de la librairie et Céline du Chéné pour le magnifique texte qu’elle nous a autorisé à reproduire et qu’on aura beaucoup de plaisir à lire ensemble avec La Bourette.

La Bourette par Paul Herman. Fanzine numéro 2. Prix : 5€

disponible à la librairie Les mots à la bouche, 37 Rue Saint-Ambroise, 75011 Paris

www.motsbouche.com

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