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Vanessa Ricoul, présidente de Flag ! : « on a pris le temps nécessaire, pour affronter les moments déplaisants et on s'est remis au travail »

Xavier Héraud

Sapeur-pompier professionnelle, au grade de commandant, Vanessa Ricoul, coordonne et pilote un centre de traitement de l’alerte dans l’Aisne depuis un an et demi. Ses compétences en gestion de crise n’ont pas été de trop après son élection comme présidente de Flag, l’association des agents des Ministères de l'Intérieur et de la Justice, pompiers et policiers municipaux, en août dernier. Elle a en effet succédé à Michel Leguéret, un administrateur originaire de Saint Malo, qui avait dû démissionner au bout de quelques jours après la révélation par la presse locale de ses fréquentations situées plutôt à l’extrême-droite. Depuis, cette ancienne enseignante a la lourde tâche de mener à bien les missions de Flag et de retisser un lien passablement écorné avec les autres associations par l’élection de son prédécesseur.

Vous êtes arrivée à la présidence de FLAG après une séquence mouvementée. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Je l'ai vécu comme une moment de gestion de crise, qui est un peu le propre des sapeurs pompiers. J’avais bien conscience que c’était un moment déplaisant et dommageable puisque ça allait mettre un petit coup de canif dans l’histoire de l’association. Je me suis dit qu'il était vraiment regrettable de devoir renoncer aux très nombreux projets qui avaient été mis en place par les fondateurs de l'association et par l'ensemble des adhérents et bénévoles. Donc, assez spontanément, j’ai proposé de m'impliquer pour essayer de dépasser, surmonter ce moment complexe et en faire quelque chose de plus résilient, tourné vers l'avenir.

Comment se porte l'association depuis ?

Sachant qu'à ce moment-là, les choses se sont tendues avec les autres associations. Est-ce que tout ça s'est un peu apaisé, à la fois en interne et en externe ? J’en suis tout à fait consciente et c’est complètement légitime. Il y a eu des crispations avec d’autres associations. Il y a eu un travail de lien, c’était un des premiers objectifs que je m’étais fixé en plan d’action. Rétablir le contact, la communication, expliquer aux autres assos que malheureusement, l'épisode que nous avons connu aurait pu arriver à d'autres par, peut-être, un manque d'outils. Depuis cette période, on a mis en place une charte de l'administrateur qui permet, en fait, à tous et à chacun de connaître les règles du jeu, y compris les règles éthiques et déontologiques. Donc, on a pris le temps nécessaire, pour affronter ces moments déplaisants. Et puis, petit à petit, on s'est remis au travail. Et ça s'est très bien passé.

Et du coup, que devient, c'est un peu la question pour laquelle je vous avais contacté initialement, que devient Michel Leguéret ?

Michel Leguéret a renoncé très rapidement à ses fonctions de président et ses fonctions d’administrateur. Aux élections, il y avait une candidate face à lui, Zohra Zaimi, issue du périmètre justice. Il a été élu à cette période avec un écart de voix assez réduit. Mais comprenant que, malheureusement, de façon pérenne et pour le bien du collectif, il était préférable qu'il se mette en retrait, il a accepté de le faire. Il a continué d'intervenir seulement sur son périmètre local, Saint-Malo, puisque de toute façon, il a déjà des fonctions militantes, en termes de protection, de prévention, etc. Il a été élu contre les discriminations, notamment LGBTphobes, à Saint-Malo, en Bretagne. Ça, ça ne lui a pas été retiré, puisque, en plus, comme vous le savez, le bénévolat reste quand même une denrée rare. Donc, c'est la seule activité qu'il exerce encore aujourd'hui, en local.

Selon nos informations, il a pourtant donné une formation récemment.

La formation dont vous parlez était à Tours en novembre. Il a remplacé au pied levé un autre camarade qui ne pouvait pas se déplacer. C'est vraiment mineur. Moi, ce n'est pas ce que je souhaite. J'ai bien conscience que Michel Leguéret est particulièrement clivant. Il connaît ma position. Je tiens à ce que Flag, le temps de ma présidence, demeure une association apolitique, asyndicale et amutualiste, qu'on soit vraiment dans la neutralité attendue possible, même si, voilà, j'ai bien conscience que, parfois, les frontières peuvent être réduites. Mais clairement, il est souhaitable et pour tout  le monde que l'épisode du mois d'août soit oublié et que l'attitude, la posture individuelle ne prenne pas le pas sur les objectifs globaux de Flag qui sont, je le rappelle, l'intérêt des victimes et la lutte contre toutes les formes de discrimination en interne et en externe.

Sur la question des formations, le plan de lutte contre les LGBTphobies du gouvernement prévoit la formation de tous les personnels de la police et de la gendarmerie d'ici mai 2024. Et la mise en place de référents LGBT au sein des commissariats. Comment se passe la mise en place de ces mesures ?

Le plan est très gourmand par rapport aux moyens dont nous disposons. Au mois de février, par exemple, sur les policiers, on a atteint l'objectif de 2023. C'est-à-dire qu'on a formé autant de policiers, de personnes, en janvier et février 2024 que ce que nous avions fait sur la totalité de l'année 2023 (environ 2000). Donc, on n'est pas mauvais. Sur le plan des gendarmes, nous avons de plus en plus d'adhérents gendarmes. Et nous essayons de maintenir le cap aussi qui nous est assigné par rapport à cela. Notre activité repose  sur l'élan volontaire et l'élan bénévole. Et nous allons maintenir nos efforts et notre attention sur la qualité de la formation des bénévoles pour que ces derniers soient en capacité de former en école et que nous puissions honorer la commande gouvernementale qui nous est faite. Et pour cela, nous avons les soutiens classiques Dilcrah, le ministère chargé de l'égalité, etc.

Et est-ce que cet objectif de former 100% des policiers et des gendarmes d'ici mai 2024 ça vous semble réaliste ?

D'ici mai 2024, non, du tout. Par contre, pour la fin de l'année 2024, on espère avoir formé un maximum des agents concernés. Et a minima, si  nous n’y parvenons pas, former des relais qui assureront la continuité de notre formation en direct.L'Inter LGBT a annoncé que la marche de fierté parisienne aura lieu le 29 juin prochain. Est-ce que FLAG y participera ? Flag participera. On ne sait pas encore sous quel format, mais bien évidemment, on accompagnera la plupart des marches, à Paris comme en région. On ira notamment à Strasbourg cette année. On voudrait également faire une marche rurale. Mais bien sûr, on sera présent sous un format à la marche parisienne. Ça peut être sous un format de bénévolat, apporter un soutien à l'encadrement de la marche.

Pas forcément défiler, c'est ce que vous dites ?

Il y aura forcément un groupe qui défile, mais on veut aussi apporter un soutien. On sait que le bénévolat, ce n'est pas participer qu'au bon moment, c'est aussi participer aux coulisses. Mettre la main à la pâte. On va en discuter encore avec la vice-présidente justice et responsable de Régions et Ile de France samedi. On va se proposer pour donner un petit coup de main pour les choses pratiques.

Certaines personnes, des associations, contestent la place de FLAG à la marche des fiertés. Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Et le fait d’être pompier peut-il rassurer ?

C'est vrai qu'honnêtement, je crois que le fait d’être pompier est un facteur rassurant. En tout cas, ça m'a été exprimé comme ça par d'autres associations. Moi, j'essaie de faire en sorte de rétablir ce lien et de redorer l'image des représentants de la loi. Parce que je peux vous assurer que mes collègues policiers et gendarmes font un travail de fou pour expliquer aux usagers qui viennent au quotidien que les policiers ne sont pas la caricature du type violent, ce genre qui tape sur tout le monde, et qu'il y a vraiment, comme dans toutes les professions, des gens vraiment de très bonne volonté, particulièrement bienveillants, qui ont un souci d'améliorer la prise en compte des plaignants. Donc, le vrai travail, c'est de montrer que ça va, et de montrer que les policiers et les gendarmes de Flag, sont vraiment des acteurs de la citoyenneté, et en cette année des JO, veulent changer cette image, qui malheureusement ne colle pas.

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