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Trump : le délire transphobe en action

Xavier Héraud

Après les avoir utilisées comme épouvantail lors de son affreuse campagne pour la présidentielle, Donald Trump multiplie depuis son retour à la présidence les attaques contre les personnes trans.

L’association américaine Lambda Legal l’affirme sans détour : depuis son retour au pouvoir, Donald Trump mène une « attaque sans précédent » contre les personnes LGBT et en particulier les personnes trans. Au moins n’a-t-il pris personne en traître. Comme il l’avait annoncé, le 47e président des États-Unis s’en est pris dès le premier jour de son mandat, le 20 janvier, aux personnes trans en signant une pluie de décrets, tous plus hostiles les uns que les autres.

Dans l’un d’eux, il a banni toute mention de genre dans les documents fédéraux et affirme que le gouvernement ne reconnaîtra désormais que les deux sexes biologiques. Dans un autre décret, il a ordonné le transfert des femmes trans dans les prisons pour hommes. Les prisons fédérales ont également interdiction de fournir soins et traitements aux personnes trans. Il a également mis fin à la possibilité de demander un passeport avec la mention X à la place d’homme ou femme, une mesure mise en place en 2023 sous Joe Biden. Il a ensuite abrogé des décrets pris par la précédente administration qui promouvaient l’égalité pour les personnes LGBT+ et interdisaient toute discrimination, dans un environnement éducatif par exemple. Trump a fait supprimer toute référence au contenu LGBT sur le site de la Maison-Blanche, et en particulier les pages hommage à Matthew Shepard, jeune gay assassiné en 1998, et à Nix Benedict, personne non-binaire qui s’est suicidée après avoir été harcelée en février 2024.

Passée cette première journée, où il s’en est aussi pris aux migrants, il a continué à signer des décrets discriminatoires, à raison de quasiment un par jour. Dans l’un d’eux, le milliardaire a interdit aux personnes trans d’exercer dans l’armée, comme il l’avait fait lors de son premier mandat. Joe Biden l’avait abrogé après son élection en 2021. On estime que l’armée américaine compte au moins 8 000 personnes trans dans ses rangs. Il n’est pas clair si les personnes actuellement en service seront expulsées ou si, comme lors du premier mandat, seules les nouvelles recrues seraient principalement concernées.

Le mardi 28 janvier, il a signé un décret interdisant les financements fédéraux à l’accès aux traitements hormonaux, qualifiés de « mutilations », pour les personnes de moins de 19 ans. Le décret ordonne aux agences fédérales de mettre fin au soutien de ces mesures, de retirer leur financement aux institutions qui le feraient et de tout mettre en œuvre légalement pour limiter l’accès à ces procédures. Le 29 janvier, il a interdit toute mention de la transidentité dans les écoles qui reçoivent des fonds fédéraux. Les personnes trans ne peuvent plus utiliser les toilettes de leur choix ou pratiquer le sport dans leur genre, et le personnel scolaire se voit obligé d’informer les parents ou responsables légaux si une personne trans demande à utiliser le prénom de son choix.Pour l’association française Espace Santé Trans, cette volonté d’effacer à tout prix les personnes trans et de les empêcher d’avoir accès aux ressources qui pourraient les aider « dénote une intention de génocide ».

Seule la justice peut limiter les dégâts

Face à cette blitzkrieg transphobe, seule la Justice peut limiter les dégâts. Car au niveau politique fédéral, avec une Chambre des Représentants et un Sénat à dominés par des Républicains à sa botte, Trump a désormais tous les pouvoirs. Pour les associations LGBT, le but du jeu va désormais être de remporter des victoires devant les tribunaux. L’une des plus grandes organisations LGBT du pays, Lambda Legal, a ainsi promis de combattre chacune de ces mesures en l’attaquant devant les autorités judiciaires compétentes. « Nous avons combattu le premier gouvernement Trump quand il s’en est pris à nous de manière répétée et nous avons gagné encore et encore. Nous n’avons aucune intention de baisser les bras face à Trump 2.0 », explique Lambda Legal dans un communiqué. Les mesures prises par le gouvernement Trump ont en effet une légalité contestable, quand elles n’entrent pas en contradiction avec les lois de certains États. La procureure de New York a ainsi rappelé à un hôpital qui avait décommandé le rendez-vous d’un mineur qui devait recevoir des bloqueurs de puberté qu’une telle mesure était contraire aux lois de l’État, qui interdisent la discrimination. À l’inverse, les États dirigés par des Républicains tentent d’enfoncer le clou en faisant voter eux aussi des mesures discriminatoires.

Recul sur les traitements contre le VIH

La pression de l’opinion publique peut aussi fonctionner. Un premier recul spectaculaire a été obtenu sur la question des traitements VIH dans les pays pauvres. En décrétant une pause de 90 jours sur toute aide humanitaire, Trump a de facto mis sur pause le programme PEPFAR, créé par George W. Bush, qui distribue des traitements à plus de 20 millions de personnes dans le monde. Devant l’émotion suscitée par cette mesure, le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré peu après que PEPFAR ne serait pas concerné par cette pause, au grand soulagement de l’ONUSIDA, qui rappelle dans un communiqué que 20 millions de personnes, ça représente deux tiers des personnes vivant avec le VIH dans le monde. Leur retirer brutalement leur traitement serait une catastrophe. On peut donc souffler. Pour le moment.

Une feuille de route pour l’extrême droite des autres pays

Ces attaques constituent en quelque sorte une feuille de route pour l’extrême droite des autres pays, qui ne manquera pas de s’en inspirer si elle arrive au pouvoir en France, par exemple. D’ailleurs, le mouvement a déjà commencé. L’an dernier, le parti Les Républicains (LR) a tenté d’interdire l’accès aux soins, en particulier aux bloqueurs de puberté, pour les mineurs trans, à travers une proposition de loi au Sénat. Le texte de loi a été en grande partie rédigé par des membres de l’Observatoire de la Petite Sirène, une association anti-trans. La droite et l’extrême droite ont tenté ces derniers mois de faire effacer toute mention d’identité de genre dans le futur programme d’Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVARS). Sans succès, pour l'instant. L’actuelle ministre en charge de l’égalité a manifesté son soutien aux militantes transphobes Moutot et Stern après les avoir reçues. Ce soutien n’a jamais été démenti par la suite. Lors de la campagne pour les législatives, Emmanuel Macron avait qualifié d’« ubuesque » l’engagement des partis de gauche à faciliter le changement de genre sur l’état civil. Pour l’instant, la classe politique est tout entière tournée vers l’adoption d’un budget pour 2025, mais une fois cet écueil passé (s’il l’est), la droite et l’extrême droite auront tout loisir de se retourner à nouveau contre les boucs émissaires habituels, dont les personnes trans font désormais partie.

Le statut de réfugié.e  pour les personnes trans ?

Confrontées à un gouvernement aussi hostile que celui de Donald Trump, les personnes trans américaines pourraient-elles demander l’asile à la France ? Contactée par téléphone, Aude Rieu, présidente de l’Ardhis, une association d’aide aux demandeur.euses d’asile et aux réfugié.es, confirme avoir eu des demandes de renseignement en ce sens. « C’est une question qui se pose juridiquement, reconnaît-elle, car aux Etats-Unis il y a clairement une transphobie qui s’étatise.» La militante rappelle qu’il y a deux conditions pour demander l’asile en France : « Premièrement être sur le territoire où la demande est formulée ; deuxièmement, il faut que le groupe persécuté soit reconnu comme un groupe social et qu’il ne puisse pas demander la protection des autorités. » En conséquence, l’association s’apprête à envoyer un courrier aux instances qui accordent le statut de réfugié en France, l’OFPRA et la CNDA, pour les saisir de cette question. Affaire à suivre.

Photo: Rawpixel

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