La plume et la curiosité de Didier Roth Bettoni s’expriment de nouveau. Le journaliste-auteur-réalisateur propose au quotidien « Nos Vies invisibles », rendez-vous passionnant et exploratif sur ces faits constitutifs de notre passé communautaire. Découverte.
Qu'est-ce que Nos Vies invisibles ?
Nos Vies Invisibles est mon nouveau compte Instagram où je décline chaque jour depuis le 1er janvier, un événement de l’histoire LGBTQI à sa date anniversaire. Ça peut être un événement politique, culturel, militant, festif, ça peut-être aussi la naissance ou la mort d’une personnalité, ça peut-être quelque chose de très connu ou de beaucoup plus secret. Je le pense comme une sorte d’éphéméride queer. Un gayphéméride si on veut...
Pourquoi avoir choisi ce titre ?
Parce que les histoires que je raconte, pour la plupart, ne sont pas racontées dans l’histoire officielle. Que les gens que j’évoque sont passés sous silence dans cette même grande Histoire, ou alors on oublie de dire qu’ils étaient gay, bi, lesbiens, trans… comme si ce n’était pas important dans leur parcours ou leur œuvre. C’est quand même fou ces cours d’histoire ou de littérature dans lesquels on nous cite toutes les maîtresses de Victor Hugo mais où on passe sous silence la liaison de Verlaine et Rimbaud ! Ou ces biographies qui font comme si tel ou tel grand personnage n’avait jamais été LGBTQI… J’écoutais encore récemment une émission consacrée au Caravage, 1 heure durant laquelle des spécialistes ont décortiqué les moindres aspects de son existence chahutée et de ses tableaux, et c’était très intéressant, sauf qu’à aucun moment aucun d’entre eux n’a jugé utile d’évoquer la dimension homosexuelle du Caravage ! Ça me révolte cette invisibilisation constante de nos vies. Sans parler du silence et du secret dans lesquels les nôtres ont été obligés de vivre pendant des siècles, et qui permet aujourd’hui aux historiens de faire comme si cela n’avait jamais existé : il n’y a pas de preuves, nous dit-on… Nos vies invisibles, c’est, très modestement, une façon de lutter contre ça… Notre histoire existe. Elle est multiple, riche, quotidienne. Nos histoires et nos vies méritent d’être racontées. Elles ne sont pas secondaires.
Quel est l'objectif de ce rendez-vous quotidien ?
Peut-être est-ce tout simplement, et assez follement, l’idée de montrer qu’en partageant une histoire, nous faisons communauté là où j’ai le sentiment que celle-ci a tendance à s’effilocher entre les diverses lettres de l’acronyme LGBTQIA+, mais aussi entre les générations. Et si l’Histoire, la conscience de notre histoire commune, était le lien qui aujourd’hui nous fait en partie défaut ? J’ai envie d’y croire.
Comment sélectionnes tu les dates que tu racontes ?
C’est l’exercice le plus difficile, car il y a tant d’histoires possibles chaque jour, et elles mériteraient toutes ou presque d’être racontées. Je n’en suis encore qu’au tout début de l’exercice, mais il y a deux critères de choix qui me semblent essentiels. Le premier, c’est d’alterner entre les types d’événements, mais aussi entre les diverses composantes de nos communautés, que les gays, les trans, les lesbiennes, les personnes intersexe, les bis… trouvent des échos de leur propre histoire. Le second critère, c’est moi, mon envie et mon plaisir de raconter telle histoire ou telle vie plutôt que telle autre. C’est beaucoup de travail ce compte quotidien, je n’ai pas envie que ça devienne un fardeau, ou quelque chose de fastidieux. J’ai besoin de m’amuser pour le faire bien !
On est dans la petite histoire de la Grande Histoire, ponctuée d'une myriade de faits aussi divers que majeurs de la vie des LGBTQIAP+. Qu'est-ce qui fait que certains événements sont à mettre en lumière plus que d'autres sur un même jour ?
Dans l’absolu, tout mériterait d’être raconté. Et si ce compte rencontre ses lecteurs·rices, s’il est appelé à durer plus d’un an sous une forme ou une autre, si on repart sur un ou plusieurs tours de calendrier… peut-être que j’arriverai à tout raconter ! On peut toujours rêver…
Retrouvez jour après jour Nos Vies Invisibles sur Instagram.com/nos_vies_invisibles.