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Le consentement, partout, tout le temps

Xavier Héraud

Dans chaque relation sexuelle, la question du consentement est primordiale. En particulier dans certains lieux ou certaines situations où il faut redoubler de vigilance et s’assurer que votre ou vos partenaire.s sont bien dans le même état d’esprit que vous. Et ne pas hésiter à exprimer vos envies ou à dire non à tout moment.

Le consentement en théorie, cela paraît simple. Si ce n’est pas oui, c’est non. Mais dans la réalité, est-ce un peu plus compliqué ? La question n’est pas nouvelle, mais elle se pose avec plus de force depuis la vague MeToo, puis MeTooGay, début 2021, quand un jeune gay, Guillaume, a témoigné sur Twitter du viol qu’il aurait subi de la part d’un couple. Des dizaines d’hommes ont en quelque sorte répondu à son message en partageant leurs histoires d’abus, d’agression sexuelle ou de viol. L’occasion de voir que la notion de consentement était loin d’aller de soi dans les relations entre hommes.

Commençons par une définition. Le consentement, c’est l’accord que deux personnes (ou plus) formulent pour permettre à la relation sexuelle d’avoir lieu. Il doit être clair, libre et éclairé. Il doit aussi être continu. En d’autres termes, ce n’est pas parce que vous avez dit oui pour une relation sexuelle avec quelqu’un que vous devez accepter tout ce qu’il vous propose ensuite. Vous avez tout à fait le droit de changer d’avis en cours de route. L’excitation ne se commande pas et surtout ne se force pas.

De l’autre côté, si l’on puit dire, imposer une relation sexuelle ou un acte sexuel à quelqu’un qui n’a pas donné son accord ou qui a exprimé son désaccord, c’est un abus qui peut aller du harcèlement (dans le cas d’envoi de messages ou images non-sollicités par exemple) au viol en passant par l’agression sexuelle. 

Une fois que l’on a dit cela, restent parfois des situations dans votre vie amoureuse ou sexuelle où poser clairement des limites n’a rien d’évident. Il peut en effet arriver de ne pas trouver, sur le moment, le moyen de réagir, de trouver les mots, ou l’attitude qui exprime son désaccord. C’est valable dans tous types de situation: avec un partenaire amoureux habituel, un amant occasionnel ou lors d’une rencontre via une appli. D’où la nécessité, en miroir, de s’assurer que votre partenaire est bien consentant à ce que vous lui proposez. 

Dans les établissements de sexe

La question du consentement mérite également d’être examinée dans le contexte des établissements où l’on peut avoir des rapports sexuels, comme les saunas et les sex-clubs.

En effet, pour le Dr Alexandre Aslan, psychologue et sexologue, « on peut avoir l’impression qu’il y a un pré-consentement, c’est-à-dire que les personnes se retrouvant dans des lieux dédiés à cet objet [le sexe] présupposent que tout peut être fait ou/et que tout le monde est en état dans ces lieux-là, de pouvoir recevoir ou exprimer son contentement et son consentement. »

Pour autant, se rendre dans un lieu conçu pour faciliter les relations sexuelles ne signifie pas qu’on consent à tout par défaut. Dès lors, il est important d’être à l’écoute de son ou ses partenaires éventuels. Dans ce type de lieu, le consentement peut aussi s’exprimer de manière non verbale. 

Laurent, un parisien de 40 ans, fréquente régulièrement les saunas gays. « La question du consentement est délicate dans un sauna. L’essentiel de la communication y est non verbale. On se regarde, on se frôle, d’une manière qui ne se ferait pas dans tout autre lieu. Ca fait en quelque sorte partie du  Mais certains ont parfois du mal à comprendre que lorsqu’on détourne le regard ou qu’on repousse une main qui s’approche de toi, tu n’es pas intéressé. Il m’est arrivé une fois d’engueuler un mec qui est venu poser sa main sur mon genou à trois reprises, alors que les deux fois précédentes je lui avais fait clairement comprendre qu’il ne m’intéressait pas. »

Conscients de ces enjeux, l’Enispe et le Sneg & Co lancent une campagne de sensibilisation dans les établissements LGBT. Elle se décline selon deux axes, s’adressant d’un côté aux clients et de l’autre aux personnels. 

Tout d’abord la diffusion de deux affiches, en français et en anglais, via le plus gros réseau d’établissements LGBTQI et libertins en Europe (plus de 700), ainsi qu’à des fondations, associations, centres de dépistage partenaires des deux structures. Le premier tirage est de 5000 exemplaires.  Sur les affiches, un  message simple : « si ce n’est pas oui, c’est non. Sexe : jamais sans consentement  ! » Ensuite, une formation modulaire sur cette thématique est proposée aux membres du personnel exerçant dans les lieux gay, lesbiens, friendly et libertins, adhérents ou non du SNEG & CO. « Dans ce module de sensibilisation, il est rappelé pourquoi le consentement doit être spécifique (pouvoir dire oui à certains gestes, non à d’autres), réversible pendant la relation, clair et explicite (quelqu’un qui garde le silence ne donne pas son consentement), libre (sans contraintes, abus de pouvoir ou de confiance). Des éléments concrets sont présentés pour orienter les victimes, ainsi que des éléments juridiques et des ressources documentaires. »

Le consentement sous produits

Une autre situation où la question du consentement peut se révéler délicate : le chemsex. 

Le premier aspect à considérer dans cette pratique, est qu’elle se fait souvent en groupe, note le Dr Aslan, et ce n’est pas anodin : « ça pose une question : est-ce qu’on est toujours consentant à ce que le groupe fait?  Parce que la psychologie du groupe et la psychologie individuelle, ce n’est pas tout à fait la même chose. »

Autre souci, certains produits peuvent altérer l’état de conscience, note le Dr Aslan : « et donc vous pouvez vous retrouver dans des scènes sexuelles avec des personnes qui ont perdu conscience et avec d’autres personnes qui parfois ne sont pas en état de se rendre compte que l’autre n’est plus conscient et qui vont continuer à avoir des actes sexuels. »

Quelle que soit la situation, il faut donc toujours se poser cette question : la personne avec qui je suis a-t-elle envie des mêmes choses que moi à cet instant précis? Et dans le doute, mieux vaut s’abstenir. 

Car au final, pour le sexologue Laurent Biscarrat, c’est le fait de pouvoir poser et de respecter des limites qui permet de se sentir totalement à l’aise : « le consentement, c’est être capable de dire non”. Pour dire complètement “oui” à plein de choses, il faut être capable de dire “non”. C’est la condition pour vivre une sexualité épanouie ». Pour aller vers ce que l’on veut, vers le plaisir, il faut se sentir à l’aise à tout moment — y compris lorsque vous êtes en pleine action ! Chacun garde à tout moment la possibilité de dire « non ».

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