Articles / interviews

Littérature : le remède magique

Patrick Thévenin

L’artiste contemporaine Dana Wyse nous fait rire et réfléchir une fois de plus avec ses drôles de médicaments censés répondre à toutes nos angoisses existentielles.

Depuis désormais une trentaine d’années, Dana Wyse, artiste canadienne et lesbienne, a envahi le monde de l’art de ses petites pilules magiques en créant sa propre entreprise pharmaceutique : Jesus has a sister production (les productions Jésus a une sœur, Ndr). Des remèdes home-made pensés pour résoudre le moindre problème en un minimum de temps - « rendre votre enfant hétérosexuel », « apprendre à parler instantanément anglais », « accepter enfin de vieillir », « prendre l’accent gay instantanément » - qui ont désormais leur place dans les boutiques des plus grands musées autour du monde. Après avoir sorti en 2007 Transformez votre dépendance aux médicaments en une prestigieuse carrière artistique, un premier livre qui compilait ces drôles d’objets artistique non identifiés, et nous entraînait dans son processus créatif avec un sens de l’humour décapant et cynique, Dana Wyse compile ses dernières créations dans Instant hapiness et nous offre le plus beau des cadeaux de Noël.

Comment est née l’idée des « pilules » ?

Dana Wyse : Je me souviens du moment précis, c’était en 1996 à Paris. J’étais assise sur les marches d’un escalier près des Halles où travaillait, à l’époque, mon amie Anna La Chicha (organisatrice de soirées et réalisatrice, entre autres). Elle m’a laissé jouer avec l’ordinateur portable avec un écran couleur qui appartenait à son boss de l’époque. Je n’avais jamais vu une telle machine auparavant. Il était équipé d’un logiciel de conception graphique très basique, mais j’ai réalisé que je pourrais avec inventer mon propre monde. C’est comme ça, sur cet ordinateur, que j’ai conçu ma première pilule.

Que souhaites tu exprimer avec ces pilules ?

L’absurdité de ma propre expérience !

Si tu devais expliquer rapidement à quelqu’un ce que sont ces fameuses pills ?

Oh, j’en serais bien incapable. Ce sont elles qui me définissent.

Pensais-tu qu’un jour, les pilules seraient célèbres dans le  monde entier ?

Mais jamais, même dans mes rêves les plus fous ! J’ai été refusée de toutes les écoles d’art auxquelles j’ai pu candidater, donc gagner ma vie aujourd’hui en tant qu’artiste est pour moi une source d’émerveillement quotidien.

Où puises-tu l’inspiration pour les pilules ?

Dans les vieux catalogues de correspondance, les publicités des années 1960, les notices pharmaceutiques américaines, les gadgets trouvés dans les boutiques de farce et attrape, les spectacles de magie, les soirées arrosées avec des philosophes, les sex-shop de Pigalle avec leurs emballages bizarres en vitrine… 

Tu as déjà compilé nombre de tes pills dans un beau livre en 2007, pourquoi publier un nouveau tome ?

Parce que les livres sont mes aventures préférées sur terre.

L’humour que tu développes avec les pills est très particulier. C’est la parfaite définition du « camp », non ?

Pour être honnête non ! Et je ne pense pas que Susan Sontag (la théoricienne du camp, Ndr) le soit aussi. Pour moi le camp, ce sont les films de John Waters, les aventures de Batman et Robin, les films de gladiateur, la nouvelle Jaguar… Mais je le prends comme un compliment. 

Dana Wyse,  Instant hapiness, Éd. Gallimard, collection Hoëbeke - 20€

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