Articles / brèves

Littérature : amours lesbiens

Julien Claudé-Pénégry

« À l'époque, quand on se rencontre, j’ai 41 ans et Sabine 28 ans. Ce n’est absolument pas le coup de foudre ce soir-là. J’ai d’abord vu une fille quelconque ! Mais elle, elle avait tout prévu, elle avait tout dans son cigare, tout dans sa tête ! (rires) Je la voyais, en bout de table à raconter des blagues, elle ne faisait que de me regarder. Je la trouvais sympathique mais sans plus. Je n'ai jamais été attirée par les femmes, je n’aime pas les femmes, sincèrement. Mais c’est elle. C’est profond même, comment c’est elle.» Viviane. Un témoignage parmi d’autres. Celui du personnel, de rituels, de routines, de surprises, de déconvenues, de ce qui fait le piment du couple au féminin. Le projet Sapphic lovers, mené par la photographe Léa Michaëlis, se démarque par sa volonté de documenter et de célébrer la richesse des relations amoureuses entre femmes.

De 2021 à 2024, cette initiative ambitieuse se propose de rencontrer et de photographier près de cinquante couples lesbiens et saphiques, à travers une approche authentique et pluridimensionnelle. Loin de se cantonner à des représentations stéréotypées, Sapphic lovers embrasse la diversité des couples saphiques, indépendamment de leur âge, de leur origine, de leur identité de genre ou de leur situation. Léa Michaëlis met ainsi en lumière des histoires souvent invisibles, issues aussi bien des villes que des campagnes. Ce projet vise surtout à valoriser les relations qui se nouent loin des grandes métropoles, où les rencontres peuvent s'avérer plus délicates et où l'identification à une communauté est parfois laborieuse. Cet ouvrage photographique va au-delà des simples portraits : il s'agit d'une véritable immersion dans l'intimité des couples. Par l’objectif de Léa Michaëlis, les spectateurs que nous sommes découvrons non seulement les moments de complicité, mais également la présence de ces relations dans l'espace public. Que ce soit lors de manifestations lesbiennes, d'événements communautaires ou de simples instants de vie, chaque image témoigne d'une existence affirmée.  Enrichi par des entretiens, offrant une dimension narrative essentielle, ces récits viennent compléter le travail visuel, permettant ainsi de saisir l’essence même de ces couples et d'encapsuler leurs expériences, leurs luttes et leurs identités.
Au-delà de l'esthétique, Sapphic lovers prend également une valeur archivistique, visant à garder une trace de ces amours dans une société où elles sont souvent mises à l'écart. En documentant ces relations, Léa Michaëlis contribue à l'écriture d'une histoire collective, où chaque couple devient une pierre angulaire dans la construction d'une mémoire partagée. 
Sapphic lovers de Léa Michaëlis, Ed. Les Insolentes, 240 pages, 35€

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