Queers décompléxé.es, trans vénères et pop-stars en devenir, Alexis Langlois déploie, depuis plus de 10 ans, son impertinence trash et son univers glamour avec des courts métrages percutants tels que « Fanfreluches et idées noires », « De la terreur mes sœurs » ou « les Démons de Dorothy ». Pour son premier film long, « les Reines du drame » (en salles le 27 novembre), la cinéaste embarque son monde dans une romance au long cours, un roller-coaster émotionnel qui met face à face deux icônes pop en devenir qui vont traverser les époques et les « up and down » de leurs carrières et de leur amour.
Si Mimi Madamour et Billie Kohler (les découvertes Louiza Aura et Gio Ventura) sont au cœur de cette tragi-comédie musicale queer qui doit autant à John Waters qu’à Fassbinder, à Demy qu’à Fellini, c’est le personnage de Steevyshady, youtuber-fan-conteur-guide, qui prend le spectateur par la main et par le cœur. Dans ce premier rôle majeur au cinéma, Bilal Hassani crève l’écran et s’affirme comme un acteur tout terrain. A movie star is born et cela méritait bien une couv et un grand entretien avant de rencontrer Alexis Langlois, la réalisatrice de ce film fou, sans aucun doute le plus queer de l’année !
Avant d’évoquer ce film dans lequel tu incarnes un youtuber sur plusieurs années, j’aimerais savoir quel regard tu portes, à 25 ans aujourd’hui, sur celui que tu as été ? Quels étaient tes rêves à l’époque ?
Bilal Hassani : En réalité, je suis pluridisciplinaire mais j’ai toujours été assez sûr de ce que je voulais faire. Et si j’ai toujours eu une seule envie, c’était de faire de la musique. Depuis tout petit, depuis tout bébé, mon seul rêve, c’était d’être la plus grande pop star de la planète. Le travail que je fais depuis est axé autour de ça. Ma vie a commencé avec une formation académique au conservatoire de musique mais le théâtre n’a jamais été loin de moi. Et puis l’idée de faire des vidéos sur YouTube est venue assez naturellement parce que je faisais toujours le pitre devant mes potes. Ce n’était pas complètement anodin pour moi de me retrouver à faire des vidéos un peu rigolotes sur Internet.
Du coup, tu es en train de me dire que tu étais déjà une star tout petit ?
Je l’ai toujours été, oui. On est une star que dans l’esprit de toute façon. Le reste, ça vient après. Mais oui, j’ai toujours été une pop star. Je me suis toujours comporté comme telle et j’ai toujours préparé cet objectif.
Et puis tu t’es retrouvé, presque malgré toi, quasiment porte-parole d’une génération parce que tu avais un profil complètement inédit qui cassait tous les codes. Comment on endosse ce rôle-là ?
On l’endosse, on l’assume, mais oui, un peu malgré soi. J’ai dû comprendre et assimiler très vite ce poids politique et ensuite le porter. Je pense que c’était indispensable pour survivre dans cette industrie et ensuite c’est devenu presque une mission pour moi de le faire pour que le chemin soit un petit peu moins rocailleux pour les autres.
Le cinéma, cela faisait partie de tes rêves ? Quelle place avait-il dans ta vie ?
J’ai toujours été très très fan de cinéma, j’ai toujours trouvé que c’était l’une des formes d’art les plus complètes et je regarde des films depuis tout petit. Je n’avais jamais pensé que ma vie allait se tourner vers le cinéma mais j’ai toujours vraiment beaucoup aimé ça. J’ai beaucoup été bercé par les comédies musicales notamment celles de Jacques Demy. Quand j’étais petit, je regardais ça en boucle mais il y avait un film que j’aimais beaucoup regarder avec ma maman, c’était Thelma et Louise. Ce film revenait souvent comme notre référence. Je trouvais ce film génial. J’étais amoureux de ces deux femmes. On aimait beaucoup Little Miss Sunshine aussi.
Après, une découverte que j’ai fait un peu plus seule et qui est devenu grosse passion, c’est le cinéma de Gregg Araki. Mysterious Skin, c’est un film qui m’a beaucoup accompagné pendant l’adolescence.
En découvrant les Reines du drame, de prime abord, on se dit que ce personnage de Steevy a été écrit pour toi. C’est le cas ?
Oui et non. Il n’a pas été écrit pour moi mais il est parti de vidéos de moi… C’est ce que m’a raconté Alexis quand je l’ai rencontrée la première fois. On me présente le projet en 2021, le film était en écriture depuis 3 ou 4 ans et ce n’est que longtemps après qu’on m’a proposé le rôle. J’ai dit oui parce que je connaissais très bien le travail d’Alexis, Les Démons de Dorothy, je l’avais vu en boucle un peu plus tôt dans l’année. En lisant le scénario, j’ai pleuré, ri, crié, j’ai ressenti toutes les sensations les plus fortes, j’ai eu l’impression d’être vraiment dans le Space Mountain pendant que je lisais. J’ai écrit à Alexis : « oui je veux être ton Steevy ! ».
Tu peux nous livrer quelques secrets de préparation du film, du personnage ?
Il y a un truc rigolo à révéler : on regardait pas mal de vidéos de fan réagissant aux premières images des clips de leurs idoles, mais aussi pas mal de mes fans, à moi, qui réagissaient à mes vidéos… donc c’était un peu méta de faire ça, mais j’ai un public qui est tellement cool et passionné, il y en a des très très jeunes, que j’ai beaucoup regardé et analysé !
Ils ne le savaient pas, mais quand j’allais à leur rencontre, quand j’étais en tournée, je les rencontrais après les concerts. J’analysais un peu ce qui se passait dans leurs yeux, comment ils se comportaient avec moi. J’essayais ensuite de calquer un peu de ça dans le personnage de Steevy.
Justement, ce personnage de Steevy a une passion dévorante pour son artiste préférée. Est-ce que toi, tu as eu des passions pour des chanteuses, pour des icônes quand tu étais plus jeune ?
Oui, oui, oui. Je pourrais essayer de soigner mon image et de dire que non, je n’ai jamais été fan… Mais moi, je suis fan avant d’être artiste. Et je pense que c’est comme ça même que je nourris l’artiste que je suis. Ma chambre était remplie de posters. J’ai été fan, mais vraiment fou de Lorie quand j’étais petit. J’ai beaucoup nourri aussi le rôle de Steevy de l’histoire d’amour que j’entretenais avec Lorie quand j’étais petit. Plus tard, je suis devenue fan de Lady Gaga quand j’ai eu 8 ans. J’ai aimé Lady Gaga vraiment comme une mère, comme une seconde maman parce que son discours m’était adressé directement, tout ce qu’elle avait à dire, tout ce qu’elle défendait, c’était la cause des personnes comme moi. Et quand on est enfant et qu’on commence à se connaître, une figure comme Lady Gaga, c’est hyper important. Et donc, j’ai essayé aussi beaucoup de transmettre ça dans Steevy et Mimi parce que Mimi devient un petit peu sa lumière au bout du tunnel. Cela part d’un sentiment très sincère qu’on a tous connu. On a tous été fan de quelqu’un.
On connaît la difficulté d’embrasser le queer dans le cinéma français. Est-ce que tu crois qu’en ce moment, il se passe des choses de ce côté-là ?
Oui, le récit queer est en train de se faire sa place au cinéma. Mais quand on parle d’histoire d’amour queer, c’est souvent gay, c’est souvent blanc et c’est souvent tragique. Et l’homophobie occupe une place souvent presque plus importante que celle du personnage principal. Là, je suis heureux de pouvoir participer, on peut dire, à l’avènement de ce cinéma-là parce qu’au-delà du fait que le cinéma d’Alexis soit queer c’est surtout un cinéma français comme on l’a jamais vu, hyper créatif. Je trouve que le cinéma de genre brille de plus en plus et je suis ravi de voir ça, ici, en France.
Les Reines du drame d'Alexis Langlois
2055. Steevyshady, youtubeur hyper botoxé raconte le destin incandescent de son idole, la diva pop Mimi Madamour, du top de sa gloire en 2005 à sa descente aux enfers, précipitée par son histoire d’amour avec l’icône punk Billie Kohler. Pendant un demi-siècle, ces reines du drame ont chanté leur passion et leur rage sous le feu des projecteurs.
En salle le 27 novembre.