Tous les dimanches au Tango, Melting Point LGBT accueille les demandeurs d’asile ou réfugié.es LGBT pour un moment d’entraide, de solidarité et de convivialité. Hervé Latapie, l’animateur de l'association, nous explique la genèse de cette dernière et son fonctionnement.
Comment est né le projet Melting Point?
Hervé Latapie : Ce projet est né en 2018, quand j'étais président du centre LGBT à Paris. A ce moment-là, on accueillait des demandeurs d'asile tous les jours. Il y avait une permanence de l'Ardhis une fois par mois. J'avais remarqué que c'était un peu compliqué parce que quand les gens venaient deux jours après, il fallait qu'ils attendent un mois pour avoir un rendez-vous. Donc j'ai eu l'idée d'organiser une rencontre tous les dimanches, comme ça c'était toutes les semaines. Le dimanche c'est le jour du repos, et au centre LGBT, c'est un peu symbolique, parce que ça a été au départ le jour où on a accueilli les malades du sida, plus tard ça a été le jour où on a accueilli les précaires. C'est un peu la journée où on accueille les gens qui en ont le plus besoin. Et ça a très bien démarré. Au départ on voulait simplement orienter vers l'Ardhis, et puis finalement on s'est rendu compte qu'il y avait vraiment un besoin, et on a commencé à s’occuper d'eux, à écouter quels étaient leurs besoins. Et du coup, ce rendez-vous a eu lieu depuis 2018, tous les dimanches. On a accueilli de plus en plus de monde, on orientait vers les autres associations, ou on faisait nous-mêmes le job. Fin 2023, on a compris qu'il fallait créer une structure indépendante. Nous avons donc lancé l’association Melting Point LGBT. On a été un peu dans l'obligation de quitter le Centre parce qu'on n'avait pas tout à fait les mêmes valeurs et les mêmes façons de voir l'accueil.
Qu’est-ce que Melting Point LGBT offre aux demandeurs d’asile et aux réfugiés?
La chose principale, déjà, c'est que nous on estime qu'on est un réseau de solidarité. C'est-à-dire que par rapport à d'autres associations ou des associations comme France Terre d’Asile, les institutions institutionnelles, nous on n'est pas un guichet pour aider les gens. On est un lieu d'accueil, d'échange, de solidarité. Et donc quand les personnes arrivent chez nous, on leur dit tout de suite aujourd'hui on va t'aider, demain c'est toi qui va aider les autres. On les encourage à travailler entre eux. La première chose, c'est qu'on casse l'isolement. On leur dit voilà, le dimanche tu as cet endroit qui est un espace safe, qui est un endroit réconfortant, sympathique, tu vas faire des rencontres, tu vas te faire des contacts, tu vas trouver des gens qui vont t'aider, tu vas toi-même pouvoir aider les autres, tu ne vas plus être seul. C'est ça, c'est vraiment le principe le plus important.
Et vous proposez de l’accompagnement pour l’obtention des titres de séjour…
Oui, on propose de l'accompagnement, on aide les gens à avoir leurs papiers. On en a beaucoup qui les ont eus. On fait de l'accompagnement individuel, des ateliers collectifs, des ateliers de préparation, des ateliers de santé, des sorties culturelles… on fait beaucoup de choses. Les demandeurs d’asile disent « c’est notre nouvelle famille ». Voilà, l'esprit c'est ça. On trouve des copains ou des copines. Et c'est aussi, si tu veux, un clin d'œil à toute l'histoire du mouvement LGBT, même à la lutte contre le sida. Parce qu'à chaque fois, c'est des gens qui se prennent en main, bénévolement, et puis qui apprennent. C'est-à-dire que nous on a appris la loi, on a appris comment on les aide, etc. On a pris contact avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), avec des avocats. On crée du savoir-faire et on fait en sorte que les gens s'en emparent et se défendent. Ma plus grande fierté depuis qu'on a quitté le Centre et qu'on a créé cette association, c'est qu'on a maintenant des bénévoles qui sont soit des demandeurs d'asile, soit des réfugiés. Ils sont réfugiés, ils ont leur carte de séjour, ils pourraient en avoir plus rien à foutre, ils ont leur vie à faire. Non, ils reviennent le dimanche, ils aident les autres, ils traduisent, ils préparent les dossiers.
Pour comprendre tout ça, il faut comprendre ce qu’est le parcours d'un demandeur d'asile. C'est un chemin semé d'embûches. C'est beaucoup d'espoir, beaucoup d'illusions, beaucoup de propagande même, je dirais, parce qu'on dit que la France est le pays des droits de l'homme, Paris est une ville fière, on accueille les gens. On les accueille, mais ils vont avoir plein d'épreuves à passer. Il faut qu'ils écrivent leur histoire, il faut qu'ils passent devant un officier de protection à l'OFPRA, on va les interroger, et puis on va les refuser. Parce qu'il faut prouver qu'on est gay, il faut prouver qu'on a eu des problèmes, il faut prouver plein de choses. Et après, si ça ne marche pas, on est obligé de faire encore un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). C’est vraiment un parcours du combattant très difficile. Donc, quand on sait ça, quand on comprend comment ça fonctionne, alors à ce moment-là, à chaque étape du parcours, il faut qu'on trouve de l'aide.
Quel est le profil des demandeurs d'asile et des réfugiés qui viennent nous voir ?
C'est très mixte, c'est-à-dire qu'on doit avoir 70% d'hommes et 30% de femmes. On a quelques personnes, pas beaucoup, qui entreprennent leur transition, des femmes trans. Donc ça, c'est le premier profil. En général, ils sont quand même plutôt jeunes, mais on a aussi des vieux. Et surtout, ce qui est important, c'est les pays. Actuellement, on a surtout l'Afrique noire, toute l'Afrique francophone, mais aussi le Nigeria, l'Ouganda — mais surtout le Nigeria, le Sierra Leone. On a aussi le Maghreb, surtout l'Algérie. Et puis ensuite on a le Bangladesh et le Sri Lanka. On a eu quelques Russes qui sont arrivés au moment où il y a eu des problèmes en Russie. Moi j'ai suivi deux iraniens, un irakien… Mais c'est vraiment beaucoup l'Afrique noire.
A partir de votre expérience, quel diagnostic vous faites de cette question-là en France? Quels sont les points à améliorer?
Alors, il y a deux choses. La première, c'est que par rapport à tous les demandeurs d'asile, politiques ou pas, disons par rapport aux procédures administratives, et là, ça ne concerne pas que les LGBT, il y a beaucoup de choses à faire, qui ne coûteraient pas beaucoup d'argent, mais actuellement, toutes les lois font l'inverse. Toutes les lois compliquent les choses alors que beaucoup de choses pourraient s'améliorer très simplement. Un exemple : quand tu obtiens ton statut de réfugié, il te faut un extrait d'acte de naissance pour pouvoir avoir ta carte de séjour. Il faut jusqu'à un an, parfois plus d'un an, pour obtenir son état civil. Pourquoi? Parce qu'il n’y a pas assez d’employés à l’OFPRA pour le faire. Il y a plein d'autres exemples comme ça, qui sont uniquement des exemples administratifs. Maintenant, pour les LGBT, le souci principal à mon avis, c'est que justement le travail que nous on fait en tant qu'association n'est pas suffisamment reconnu par l'OFPRA, par la CNDA. Ils perdent beaucoup de temps et beaucoup d'argent en refusant des personnes que nous on a soutenues, qu'on a préparées, etc. Et franchement, on ne comprend pas. Parce que moi, quand j'accompagne un homosexuel à l'OFPRA ou à la CNDA, il a vécu dans l'association, donc oui, il est homosexuel.
Systématiquement, dans les refus, on dit qu'ils ne sont pas homosexuels, on ne reconnaît pas leur orientation sexuelle. Parce qu'un gay ivoirien, malien, oui effectivement, il n'a pas été habitué à exposer sa sexualité, il n'a pas été habitué à l'extérioriser et il n'a pas l'air d'un homo, avec les stéréotypes que l'on peut avoir. Pas seulement les stéréotypes, mais même dans ce qu'il va raconter, comme dans les réactions. Donc ça c'est très compliqué. On pourrait espérer que l'OFPRA et la CNDA soient un peu plus formés, un peu plus compétents sur ces questions-là.
Donc pour vous rejoindre, c’est le dimanche au Tango.
Pour les gens qui veulent nous connaître, c'est porte ouverte. Vous venez au Tango. A l'entrée vous dites que vous venez pour voir et vous voyez comment ça se passe. C'est de 14h à 17h. Il y a des petites réunions qui ont lieu, il y a des échanges. Et puis il y a une réunion commune, on fait quelques annonces vers 16h.
Toutes les infos sur : https://meltingpointlgbt.com