Le député France Insoumise Andy Kerbrat a été arrêté en flagrant délit d’achat de 3-MMC, l’un des produits-phare du chemsex. L’occasion de rappeler que la consommation de drogues est une question de santé publique et non de police.
Le jeudi 17 octobre, le député LFI Andy Kerbrat, élu de la Loire Atlantique, a été contrôlé par la police en possession de 3-MMC, qu’il venait d’acheter sur un quai de métro. Cette drogue de synthèse est l’un des produits les plus utilisés lors de relations sexuelles, c'est-à-dire dans un contexte de chemsex. L’affaire a été révélée par le journal d’extrême droite Valeurs Actuelles et reprise par d’autres médias. Quelques jours plus tard, le député ouvertement gay a publié un communiqué de presse dans lequel il affirme avoir alors reconnu les faits et s’être rendu le lendemain de son arrestation au commissariat pour une audition libre.
« Mon entourage proche, mon équipe parlementaire, ainsi que ma famille politique ont malheureusement appris les faits par les « révélations » du journal d’extrême droite Valeurs actuelles avant que je puisse les en informer directement », regrette Andy Kerbrat en dénonçant au passage la porosité entre la police et les médias d’extrême droite.
« Face à des problèmes personnels et des fragilités psychologiques, j’ai pu consommer des drogues de synthèse et suis pleinement conscient de leurs effets et notamment sur la mienne. Au-delà de ma personne, l’addiction est un problème de santé publique et doit être traitée comme tel », ajoute-t-il avant d’annoncer qu’il va suivre un protocole de soins et présente ses excuses à ses électrices et électeurs, aux membres de son parti et du Nouveau Front Populaire.
Enfin, Andy Kerbrat affirme se mettre « à disposition de la justice », qui va le convoquer « dans le cadre d’une ordonnance pénale », utilisée dans le cadre d’affaires de faible gravité, précise le journal Le Monde.
L’extrême droite demande sa démission
Dans un tweet le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, livre une des déclarations dégueulasses dont il a le secret : « Alors que le narcobanditisme s’installe en France avec son cortège de violences, il n’est pas tolérable de voir un député de la République acheter des drogues de synthèse à un dealer de rue. Un député a un devoir d’exemplarité. M. Andy Kerbrat doit tirer les conséquences de ses actes. » A sa suite, tout l'arrière-ban de la droite et de l’extrême droite (qui se confondent désormais) se presse sur les plateaux télé ou sur les réseaux sociaux pour demander la démission du député de la Loire Atlantique, à l’image de la sénatrice Valérie Boyer ou de l’ancienne ministre Marlène Schiappa.
Soutiens politiques et associatifs
Si au sein de La France Insoumise, les personnalités les plus en vues ne se bousculent pas pour afficher leur solidarité, à l’exception de la députée européenne Manon Aubry, Andy Kerbrat reçoit le soutien de plusieurs parlementaires, parmi lesquelles les sénatrices EELV Mélanie Vogel et Anne Souyris. Cette dernière, ancienne adjointe à la Santé à la mairie de Paris, écrit : « On ne devrait pas avoir à s’excuser d’être dépendant. Jugement et répression pour usage simple ne mènent à rien. La seule politique en matière de drogues devrait être une politique de prévention, d’accès aux soins et de réduction des risques.»
Les soutiens viennent aussi du monde associatif. Florence Thune, directrice de Sidaction déclare ainsi sur X.com : « S’il vous plaît ne vous excusez pas d’une addiction Andy Kerbrat… Les personnes qui devraient présenter leurs excuses sont celles qui utilisent l’addiction pour faire le buzz plutôt que de la considérer comme une urgence en santé publique (addiction à l’alcool comprise…) »
De son côté, l’Inter-LGBT dénonce « la récupération et le traitement médiatique imbibés de stéréotypes LGBTphobes » de l’affaire. « Les élu.es de la République doivent être traités et répondre de leurs actes comme tout.e citoyen.ne Cette histoire prouve l'inefficacité de la criminalisation et du traitement des personnes LGBTIQ+ comme des déviants à réprimer », poursuit l’interassociative.
Entre 100 000 et 200 000 gays concernés
On peut citer pour terminer le soutien de Jean-Luc Roméro-Michel, qui a perdu son mari d’une overdose de GHB lors d’une soirée chemsex. Sur X.com, il rappelle qu’« être dépendant n’est pas être délinquant ». L’adjoint à la lutte contre les discriminations de la mairie de Paris vient justement de lancer une pétition sur le sujet. Le texte, disponible sur change.org rappelle que les chiffres du chemsex en France sont « alarmants » : « En mars 2022, cette pratique concernait déjà entre 100 000 et 200 000 personnes selon le rapport « chemsex » rendu le 17 mars 2022, par le Professeur A. Benyamina, au ministre chargé de la santé . » « Malheureusement, malgré ces chiffres préoccupants, rien n'a été fait au niveau national pour lutter efficacement contre ce fléau », déplore la pétition, qui demande « une politique nationale devant être déclinée dans chaque territoire avec l’appui des Agences Régionales de Santé et des collectivités, afin de construire les réponses les plus adaptées, selon les besoins locaux ». Plusieurs dizaines d’élu.es de tous bords ont signé le texte, parmi lesquels une trentaine de parlementaires. Andy Kerbrat est l’un d’eux.