Dans le milieu du skate, l’association SL8 Paris Queer Skateboarding propose une alternative aux personnes qui ne se retrouvent pas dans un univers macho. Rencontre avec Loan Bodin Bürger, le co-fondateur queer de 21 ans.
Pourquoi avoir voulu créer une association de skate queer ?
J’ai commencé à skater il y a maintenant 5 ans. La première année, je l’ai passée à m’entraîner avec des amis en dehors de la ville, donc je n’étais pas vraiment confronté·e à la communauté skate mainstream. C’était également la période durant laquelle je me suis découvert·e non-binaire et où j’ai commencé à exprimer mon identité autour de moi. Mais en allant de plus en plus skater en ville, je me suis rendu·e compte que le milieu est très, très dominé par les hommes, souvent machos, pleins de mansplaining et de jugements envers les femmes et les personnes queer. J’ai plusieurs copines qui voulaient commencer le skate et qui n’ont pas continué à cause de l’attitude des hommes cis envers elles dans les lieux publics.
C’est à ce moment que j’ai découvert Cher Strauberry sur YouTube. Cette skateuse et musicienne trans, ouvertement queer, punk, qui porte des collants résille et qui est juste trop forte en skateboard, tout en faisant des tricks qu’on voit vraiment rarement en vidéo. Je suis tombé·e sous le charme. En effectuant des recherches, j’ai découvert qu’elle faisait partie d’un groupe qui s’appelle Unity, un collectif de skateurs·euses queer basé en Californie. C’est comme ça que j’ai découvert la communauté qui lie le skate avec le fait d’être queer et militant·e.
Est-ce que Slayte vient combler un manque dans le Skate ?
Il y a deux ans, Unity a organisé un événement à Paris, un meet-up de skate pour personnes queer. J’y suis allé·e et ça a changé ma vie (je n’exagère pas, vraiment), la créativité, la gentillesse, l’accueil qui te donne le sentiment d’appartenir à une famille. Tout était là pour moi, c’est ce qui me manquait à Paris.
Peu après, j’ai rencontré Flore, une skateuse trans qui faisait ses études à Paris. Ensemble, on avait envie d’apporter cette même énergie que Unity nous avait procurée, mais dans notre ville. Donc, on a fondé Slayte. C’est une association qui a pour but de promouvoir la communauté queer à travers la pratique du skateboard, tout en liant celle-ci avec d’autres pratiques artistiques.
Quel est l’approche si spécifique de SL8 Paris Queer Skatebording ?
On a rapidement commencé à organiser des sessions meet-up/initiations, et bien que la communauté soit très, très petite, pas mal de personnes sont venues : des copines, des skateurs·euses du coin. On a reçu pas mal de soutien très tôt pour notre asso. D’ailleurs, rien que pour le premier événement, on a eu droit à deux photographes (@v2.flash et @sylviebarco) qui ont capturé de magnifiques images de ce premier meet-up, ainsi qu’un groupe qui est venu nous filmer et nous interviewer (@skateculture). L’interview est sortie sur YouTube et a fait pas mal de vues, ce qui nous a offert de la visibilité, et un organisme de distribution de marques de skate nous a contacté·e·s pour nous offrir une board et un T-shirt de There, la marque créée par Jeff Chung, le fondateur de Unity. On est vraiment très fier·e·s de ce premier événement.
Depuis, j’organise régulièrement des événements qui deviennent de plus en plus complexes et d’envergure. C’est vraiment ce qui me passionne. J’ai arrêté mes études de mode pour me concentrer sur l’association et je souhaiterais pouvoir toucher le plus de personnes possible grâce à celle-ci.
Comment l’arrivée de l’association SL8 a-t-elle été accueillie par les autres skateurs ?
Depuis le début de ce projet, j’ai comme principe de ne pas faire d’événements en non-mixité choisie. Je soutiens les organismes qui en organisent, je pense que c’est très important pour notre communauté, mais je pense aussi que la manière la plus efficace de faire avancer les choses en matière d’acceptation et d’inclusion, c’est de s’approprier les espaces existants en acceptant et confrontant la communauté actuelle. C’est un choix de confrontation et de médiation, et pour l’instant, ça se montre très efficace.
Nous avons travaillé avec des personnes du milieu du skate qui ne sont pas sensibilisées aux sujets de la communauté queer, et grâce à la communication, ça s’est toujours très bien passé, et je suis même surpris·e de l’ouverture de certaines personnes. Je pense qu’au sein du milieu du skate, la communauté queer est une subculture dans une subculture, et qu’elle apporte beaucoup de nouveauté et de créativité.
Qu’est-ce que SL8 organise ?
Dans le futur, j’aimerais organiser des récupérations alimentaires puis des gatherings pour distribuer aux personnes queer en situation de précarité, tout en offrant des initiations au skate. Je pense que c’est une bonne manière d’aider la communauté tout en apportant de la visibilité à la pratique du skate.
Parles nous aussi de identité.e et de son rapport avec SL8 ?
Identite.e, c’est mon terrain de jeu, mon terrain d’expression. Je fais du mannequinat depuis maintenant 2 ans, et c’est une pratique qui m’a beaucoup apporté en termes de développement personnel. J’adore m’exprimer avec mon corps, incarner des personnages, montrer ces différentes facettes de ma personnalité, c’est réellement une passion.
Depuis peu, je suis représenté·e par une agence, et je compte en rejoindre d’autres pour gagner en visibilité. J’ai participé à des défilés durant la fashion week, et je ne compte pas m’arrêter là. Mon souhait en tant que mannequin, c’est d’offrir aux jeunes une représentation que je n’ai pas eue durant mon enfance : une personne non-binaire, modèle, qui skate, et qui revendique son identité. J’aimerais que les jeunes personnes queer n’aient pas à ressentir la peur de s’exprimer et d’aller skater dans les lieux publics. Slayte without being scared.