Dans une époque pas si lointaine, être gay n'était pas normale. Le film La Victime de Basil Dearden chez Elephant Films nous propose de revenir sur ce moment où rien n'était simple pour les personnes LGBTQIAP+.
Tout débute en 1961, Melville Farr, un grand avocat londonien, s'apprête à être nommé sur un poste prestigieux. Marié à une femme, il refuse de porter secours à son ancien amant, victime de chantage. Mais quand il apprend qu'il s'est tué dans sa cellule, il décide de s'engager dans l'enquête pour retrouver les maîtres chanteurs. Mais jusqu'où peut-on aller par amour, et pour une chose condamné par la société ? Notre protagoniste met en péril sa carrière et sa vie privée pour stopper ses homophobes qui extorquent de l'argent aux victimes, ce moquant bien que celles-ci finissent par se tuer. Le personnage principal, interprété par l'admirable Dirk Bogarde, va au-devant de cela et, pour arrêter ces malfaiteurs, transforme sa peur en courage au fil de ses recherches.
Vivre une histoire d’amour avec une personne du même genre était synonyme de peur au ventre, voire d’angoisse sur cette période et à travers ce film, le réalisateur revendique le droit à la différence mettant en exergue l’absurdité de la loi, qui considère l'homosexualité comme un acte criminel. Un sujet traité ouvertement, sans rien dissimuler, sans stigmatiser et sans vouloir se moquer à renfort de clichés qu'on connait trop, on imagine l’exploit pour l'époque de proposer une œuvre sur un tel sujet avec des gays lambda. Il nous renvoie d’ailleurs au livre Un siècle de photographies d’hommes amoureux entre 1850-1950 de Hugh Nini & Neal Treadwell proposé par l’éditeur les Arènes où l’on voyait des hommes ayant osé être photographiés en couple amoureux.
Un film électrochoc qui en dit long sur ce qu'ont vécu les personnes LGBTQIAP+ sur cette période de terreur. À l'époque, une dépénalisation partielle de l'homosexualité se fera en 1967 en Angleterre, avec comme condition qu'ils soient consensuels, en privé et entre deux hommes de 21 ans révolus. Et ça sera en 1992, en France, qu'elle n'est enfin plus considérée comme une pathologie. L'homosexualité n'est pas un choix, on doit déconstruire cette idée et ne pas oublier qu'il faut être attentif aux actes homophobes pour lutter contre.
L’œuvre, qui a été restaurée, nous emporte dans une aventure policière où aimer est prohibé. Tout cela est acquis dans notre société actuelle mais pourrait se stopper à tout moment avec nos droits qui peuvent s'envoler à n'importe quel instant. On est troublé et touché, de voir ces hommes aimer les hommes, tenter de vivre leur vie face à l'homophobie qu'ils subissent. Un film abordant le courage d’être soi pour résister et combattre l'homophobie.
La Victime réalisé par Basil Dearden chez Elephant Films à 19, 99 euros (Combo Blu-ray + DVD)