Michel Barnier, le Premier ministre choisi par Emmanuel Macron après les élections législatives de juin, a présenté son gouvernement, composé de macronistes et de membres du parti Les Républicains. Un bon nombre des nouveaux.elles ministres s’opposent ou se sont opposés aux droits LGBT. Revue de détail.
Michel Barnier et Emmanuel Macron ont-ils essayé de composer le gouvernement le plus lgbtphobe possible? On peut au moins leur reconnaître le mérite d’avoir essayé.
Pour autant, il s’agit de tout sauf d’une surprise. A partir du moment où le président de la République a choisi de gouverner avec une alliance des partis de droite, chapeautée par un homme issu du parti Les Républicains (pourtant arrivé en quatrième position aux élections législatives), on pouvait légitimement s’attendre au pire. Ce parti, sous ses différentes appellations (RPR, UMP), combat en effet avec une belle constance depuis près de 50 ans les droits des personnes LGBT.
Commençons par le chef du gouvernement. Chaque fois qu’il en a eu l’occasion, Michel Barnier s’est opposé à des nouveaux droits pour les personnes LGBT. Député en 1981, il a voté contre d’abrogation de l’article 331 alinéa 2 du code pénal, une mesure phare de ce qu’on a appelé la dépénalisation de l’homosexualité, comme son collègue de l’époque François Fillon. Près de vingt ans plus tard, en 1998, il s’est opposé en tant que sénateur au Pacs.
Ses opposants politiques n’ont pas manqué de rappeler ces votes lors de la nomination de l’homme politique à Matignon. Certains, comme le très réac Jean Quatremer de Libération, ont alors parlé de boule puante. On ressort les votes d’il y a 40 ans, à l’époque tout le monde respectait la discipline de parti… Soit. Alors que fait Michel Barnier aujourd’hui? Il propose un gouvernement composé de nombreux élus qui ont combattu et qui continuent à combattre les droits LGBT.
Au premier rang desquels Bruno Retailleau, nouveau ministre de l’Intérieur. Le sénateur, ancien protégé de Philippe de Villiers (ce qui annonce déjà la couleur), déploie en permanence une rhétorique xénophobe et anti-minorités à faire rougir le RN. On l’a vu évidemment dans les manifs pour tous, il s’est opposé à toute avancée des droits LGBT depuis et a soutenu la proposition de loi transphobe de son groupe au Sénat au printemps dernier. Comme président de la région Pays de Loire, il a fait baisser les subventions aux associations LGBT. Qui dit mieux?
Il y a ensuite le cas Laurence Garnier, son ancienne vice-présidente à la région. Peu avant la nomination du gouvernement son nom a circulé pour le ministère de la famille. Or, c’est une militante acharnée de la Manif pour tous. Elle avait également pris position contre une affiche de prévention qui mettait en scène un couple gay. Elle a voté contre l’interdiction des thérapies de conversion. Face à la bronca sur les réseaux sociaux, certains observateurs affirment qu’Emmanuel Macron a demandé à Michel Barnier de ne pas la nommer à la Famille. Elle est finalement ministre de la Consommation.
En revanche, Othman Nasrou est bien ministre chargé de la Lutte contre les discriminations. Les internautes ont retrouvé un tweet de 2013 où il affirme être opposé au mariage pour tous. Pour lutter contre les discriminations, on peut sans doute trouver mieux.
On continue la liste… La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a critiqué l’affiche du Planning familial qui montrait un homme trans enceint. Patrick Hetzel et Annie Genevard, respectivement ministres de l’Enseignement supérieur et de la recherche, et de l’Agriculture ont voté contre la constitutionnalisation de l’avortement, contre la PMA et contre le mariage pour tous. La ministre du travail Astrid Panosyan-Bouvet a exprimé sur Twitter son soutien à Marguerite Stern et Dora Moutot, militantes transphobes et autrices de l’horrible essai Transmania. Il ne manque quasiment que Christine Boutin pour compléter cette fine équipe.
Cette liste n’a pas manqué de faire réagir plusieurs associations LGBT, à l’image de SOS homophobie, qui écrit dans un communiqué : « Que chacune de ces personnes, individuellement, ait pris position contre les droits humains et ait été nommée au gouvernement est déjà le signe d’un mépris profond des enjeux liés au respect et à la lutte pour l’égalité au sein de la société. Mais que ce nouveau gouvernement présente un front uni de haine et ne porte l’étendard que du conservatisme et de la sphère réactionnaire, c’est un signal d’alarme que nous ne pouvons ignorer. »
Selon France Info, lors d'une réunion avec ses troupes, Gabriel Attal, chef de file des députés Ensemble pour la République, a déclaré, dimanche 22 septembre, vouloir demander à Michel Barnier des garanties sur « la PMA, le droit à l'IVG, les droits LGBT ». Un brin hypocrite quand le même Gabriel Attal, pourtant ouvertement gay, avait déjà dans son gouvernement plusieurs ministres ayant soutenu la manif pour tous et que lui-même n’a strictement rien fait pour défendre les droits des personnes LGBT.
Sur TF1, Michel Barnier lui a en tout cas répondu qu’il ne toucherait pas au mariage pour tous ou à la PMA. « Je serai un rempart [pour protéger ces droits] », a-t-il promis. Il l’a répété lors de son discours de politique générale, devant l’Assemblée. Mais sans un mot pour les personnes trans, qui ont été attaqués par le propre parti du Premier ministre il y a à peine quelques mois. Nul doute que lorsque ce type de débat reviendra le « rempart » sera aussi efficace que la ligne Maginot.
Cet article a été publié dans Strobo n°35