Quelles sont les substances utilisées pour le chemsex ?
Après le test « êtes-vous dépendant au chemsex » et la liste des ressources utiles et nécessaires pour se faire aider, pour le troisième volet de notre grand dossier autour du chemsex, nous abordons la description du phénomène sous tous ses aspects autant épidémiologiques, sociétaux que communautaires.
Parmi les drogues utilisées pour le chemsex, on en retrouve quatre principales : les cathinones, la méthamphétamine, le GHB (ou GBL) et la kétamine. Elles sont toutes utilisées pour leurs propriétés stimulantes ou relaxantes, entactogènes et empathogènes. Des effets qui favorisent les rapports sexuels multiples sur de longues périodes.
Les cathinones, principales substances - avec le GHB - utilisées lors du chemsex, font partie des NDS, ou nouvelles drogues de synthèse. Peu chères et facilement accessibles sur internet, elles se répandent également dans le milieu festif. Il est utile de rappeler que ces substances sont prohibées.
Comme pour toute drogue, l’usage de ces substances n’est pas sans risque pour la santé, même si leurs effets secondaires varient selon les individus, leur état moral, psychologique et physique.
QUELS SONT LES EFFETS POSITIFS ATTENDUS PAR LES USAGERS QUI CONSOMMENT CES DROGUES
• Une confiance en soi accrue
• De l’euphorie
• Des inhibitions sexuelles réduites
• Une augmentation du désir sexuel et de la libido
• Un désir de sexe et (parfois) de pratiques sexuelles plus « hard »
• Des performances sexuelles augmentées et prolongées
• Une augmentation du nombre de partenaires et de la fréquence des rapports sexuels
LE GHB
C’est quoi le GHB ou G ?
Le GHB (ou gamma-hydroxybutyrate de son nom chimique) est à la base un médicament utilisé comme anesthésiant et analgésique et détourné de son usage premier. Le GBL (gamma-butyrolactone) et le BD (1,4-butanediol) sont des solvants industriels utilisés dans le cadre des plans chemsex par leur capacité à se transformer en GHB après leur ingestion. L’achat de GBL et BD étant très facile sur le web, ces substances ont tendance à se substituer au GHB.
ATTENTION : Le dosage de ces produits étant très délicat (la marge entre la dose nécessaire pour ressentir les effets et celle conduisant à un surdosage étant extrêmement faible), leur usage nécessite une grande prudence et une surveillance des effets secondaires pour prévenir la survenue d’un G-hole (overdose de GHB) ou coma dû à la prise de GHB et pouvant conduire à la mort.
Ils peuvent également être pris dans l’optique de rendre plus facile la pénétration anale.
Ils sont également incriminés dans des cas d’agressions sexuelles et de viol. Et posent ainsi la question primordiale du consentement sexuel dans le cadre de la pratique du chemsex.
Sous quelles formes existe le GHB ?
Poudre blanche ou liquide incolore très amer.
Comment appelle-t-on le GHB dans le langage courant ?
GBL, GB, G, liquid ecstasy, drogue du viol…
Comment se consomme le GHB ?
Le GHB, le GBL et le BD sont le plus souvent avalés après avoir été dilués dans une boisson sans alcool.
Quels sont les effets recherchés par la prise de GHB ?
Leurs effets à doses modérées ressemblent à ceux d’une ivresse alcoolique : relaxation, désinhibition, euphorie, désir et sensualité accrus.
Quels sont les dangers pour la santé à court terme de la prise de GHB ?
Maux de tête, vertiges, amnésie, hypersalivation, paralysie temporaire, agitation importante, paranoïa, troubles de la personnalité.
Le danger principal pour la santé à court terme est le coma et le décès par arrêt respiratoire. Toute personne qui « s’endort » sous G doit faire l’objet d’un appel au SAMU car elle peut s’enfoncer dans le coma jusqu’au décès et ce sans que personne ne s’en aperçoive.
L’association du GHB avec d’autres substances peut-elle s’avérer dangereuse ?
ALERTE +++ : Le GHB et le GBL sont incompatibles avec l’alcool, les benzodiazépines et la kétamine. Les mélanges de ces substances étant responsables de la plupart des accidents liés au chemsex.
Comment prévenir les surdosages (fréquents) avec le GHB ?
Le risque majeur avec le GHB et ses dérivés est celui du surdosage. La dose « utile » des produits est très difficilement mesurable et peut facilement conduire à un surdosage. Notamment lorsque les délais à observer entre les prises ne sont pas respectés. La règle est d’espacer deux heures minimum les prises.
En cas de surdosage, on peut constater des nausées, des vomissements, des vertiges, une envie de dormir, des difficultés à respirer, pouvant aller jusqu’à l’arrêt respiratoire et le décès.
Le risque majeur est le G-Hole, menant à un coma, qui peut entraîner des contusions en cas de chute accidentelle ou exposer l’usager à des agressions sexuelles.
+++ En cas de G-Hole, prévenir le SAMU ou amener le vite possible la personne aux urgences pour éviter toute complication pouvant mener au décès de l’usager.
LA KÉTAMINE
C’est quoi la kétamine ?
La kétamine est un médicament issu de la pharmacopée humaine et animale où elle est utilisée comme anesthésiant et analgésique. On l’utilise de manière détournée pour ses propriétés psychoactives et ses effets dissociatifs couplés à des effets anesthésiants et hallucinogènes. Mais aussi pour sa capacité à faciliter les pénétrations.
On peut se procurer désormais de plus en plus facilement de la kétamine de synthèse.
Sous quelles formes existe la kétamine ?
Le plus souvent elle se présente sous l’apparence d’une poudre cristalline de couleur blanchâtre. On trouve aussi des sprays nasaux de kétamine de synthèse (la 2F ou 2F-DCK)
Comment appelle-t-on la kétamine dans le langage courant ?
Spécial K, K, Ké, Ket, Kit Kat, Vitamine K, Kétalar, Calvin Klein (quand elle est couplée à de la cocaïne)
Comment se consomme la kétamine ?
Par sniff, ingestion, injections en intraveineuse ou intramusculaire mélangée à du sérum physiologique.
Quels sont les effets ressentis (selon nos experts) par la prise de kétamine ?
Un grand sentiment d’apaisement, lié à son effet anesthésique, couplé le plus souvent à une euphorie. Avec une sensation de flottement et de modification de la perception de l’environnement.
Quels sont les dangers pour la santé à court terme de la prise de kétamine ?
Perte de l’équilibre, insensibilité à la douleur, confusion, altération des fonctions motrices (sensations d’engourdissement et de crampes), perte des repères spatio-temporels, trous de mémoire, nausées et vomissements, perturbation de la vision et de l’élocution, diminution du rythme respiratoire. Le dosage de la kétamine est complexe et nécessite d’être précis car les doses nécessaires sont très faibles. Le surdosage - fréquent - conduit à l’apparition d’effets dissociatifs désagréables avec troubles de l’humeur et du comportement, hallucinations, état de panique, sensation de dissociation entre le corps et l’esprit (ou K-Hole).
L’association de la kétamine avec d’autres substances peut-elle s’avérer dangereuse ?
Il convient d’éviter tout mélange avec l’alcool, les somnifères et anxiolytiques, les antidépresseurs, les analgésiques opioïdes de synthèse et l’ecstasy (MDMA).
_______________________________
Les booster sexuels
Ce sont des médicaments préconisés contre les troubles de l’érection ou l’impuissance chez les hommes (Viagra, Cialis, Edex) et souvent utilisés lors du chemsex pour compenser les effets négatifs des substances utilisées sur l’érection (en bref, de nombreuses substances utilisées pour le chemsex font débander).
Il est fortement déconseillé de les mélanger avec l’ecstasy (ou MDMA), le poppers, la méthamphétamine et/ou la cocaïne pour éviter tout problème d’ordre cardiaque.
En cas de priapisme (érection douloureuse de longue durée), n’hésitez pas à appeler les urgences, au risque de troubles irréversibles. Pour les mêmes raisons, on préférera l’usage de cockrings en silicone (facilement sectionnables avec un ciseau) que ceux en acier qui peuvent compresser douloureusement une érection déclenchée par les produits utilisés pour le chemsex.
_______________________________
Les différents modes de consommation
• INGESTION
Administration du/des produits en les avalant purs (cachet, gélule, poudre) ou dilués dans de l’eau (GHB/GBL)
• LAM
Consommation du/des produits par voie intraveineuse (liquide, poudre ou comprimé écrasés et dilués dans du sérum physiologique)
• SNIFF
Inhalation par la bouche ou le nez (poudre, comprimé écrasé)
Inhalation directe en aspirant par le nez (comme avec le poppers)
• FUMER
Les produits sont chauffés sur du papier aluminium et on avale les vapeurs (pour la kétamine, par exemple). Les substances sont fumées mélangées à du tabac dans une cigarette ou un joint.
• PLUG (ou booty bump)
Administration du/des produits par voie rectale.
Les produits liquides, ou dilués dans l’eau, sont injectés avec une seringue (sans aiguille) ou une poire à lavement.
Les produits en poudre sont frottés contre les gencives ou la bordure de l’anus pour faciliter leur absorption.
• CLOUD
Consiste à inhaler des substances avec une pipe chauffée par une flamme (briquet, bougie…)
VOIR PREMIERE PARTIE DU DOSSIER CHEMSEX ICI
Remerciements au Dr Thibaut Jedrzejewski, médecin généraliste et expert chemsex au centre de santé sexuelle Le 190 – Paris