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Chemsex : tout savoir sur les produits utilisés (partie 1)

Patrick Thévenin

Quelles sont les substances utilisées pour le chemsex ?

Après le test « êtes-vous dépendant au chemsex » et la liste des ressources utiles et nécessaires pour se faire aider, pour le troisième volet de notre grand dossier autour du chemsex, nous abordons la description du phénomène sous tous ses aspects autant épidémiologiques, sociétaux que communautaires.  

Parmi les drogues utilisées pour le chemsex, on en retrouve quatre principales : les cathinones, la méthamphétamine, le GHB (ou GBL) et la kétamine. Elles sont toutes utilisées pour leurs propriétés stimulantes ou relaxantes, entactogènes et empathogènes. Des effets qui favorisent les rapports sexuels multiples sur de longues périodes.

Les cathinones, principales substances - avec le GHB - utilisées lors du chemsex, font partie des NDS, ou nouvelles drogues de synthèse. Peu chères et facilement accessibles sur internet, elles se répandent également dans le milieu festif. Il est utile de rappeler que ces substances sont prohibées.

Comme pour toute drogue, l’usage de ces substances n’est pas sans risque pour la santé, même si leurs effets secondaires varient selon les individus, leur état moral, psychologique et physique.

 

QUELS SONT LES EFFETS POSITIFS ATTENDUS PAR LES USAGERS QUI CONSOMMENT CES DROGUES ?

• Une confiance en soi accrue

• De l’euphorie

• Des inhibitions sexuelles réduites

• Une augmentation du désir sexuel et de la libido

• Un désir de sexe et (parfois) de pratiques sexuelles plus « hard »

• Des performances sexuelles augmentées et prolongées

• Une augmentation du nombre de partenaires et de la fréquence des rapports sexuels

 

LES CATHINONES

Définition : les cathinones sont le plus souvent consommées parce qu’elles facilitent le contact et augmentent l’empathie. Mais aussi pour leur puissant effet stimulant. Les cathinones font partie des produits les plus utilisés pour le chemsex. Elles provoquent un très fort craving (soit le besoin irrépressible d’en reprendre) et donc un risque élevé d’addiction.

C’est quoi les cathinones ?

Alcaloïde extrait du khat (une plante aux vertus stimulantes), les cathinones font partie des nouvelles drogues de synthèse aux effets proches de l’ecstasy, de la cocaïne ou des amphétamines.

Il existe à ce jour plus d’une cinquantaine de cathinones différentes dont les plus fréquentes sont la 2-MMC et la 3-CMC et l’alpha-PHP, cette dernière étant très différente dans la dangerosité, les effets et les dosages. Les appellations varient en fonction de l’arrivée sur le marché de nouvelles substances chimiquement proches. Toutes les cathinones sont classées dans le registre des stupéfiants et donc interdites. 

Attention :  aucune cathinone n’est légale, leur achat, leur revente et leur consommation non plus. 

Sous quelles formes existent les cathinones ?

Elles sont le plus souvent vendues sous forme de cristaux, parfois sous forme de gélules et rarement de comprimés.

Comment appelle-t-on les cathinones dans le langage courant ?

On utilise principalement les termes de 3 et d’alpha, ce qui permet de distinguer les deux grands groupes de cathinones. Sur les applis de rencontre comme Grindr, l’émoji fusée permet de mentionner qu’on est consommateur sans subir la censure des applications.

Comment se consomment les cathinones ?

Les cathinones sont soit ingérées sous forme de parachute (le produit est roulé en boule dans une feuille de papier filtre) ou avalées diluées dans un liquide. Elles peuvent être aussi sniffées, injectées ou pluggées.

Quels sont les effets recherchés (selon nos experts) par la prise de cathinones ?

Euphorie, désinhibition, sentiment de puissance, empathie, augmentation très forte de la libido, désir sexuel accru, envie irrésistible de parler, résistance au sommeil et à la fatigue, sensations physiques amplifiées…

Quels sont les dangers pour la santé à court terme de la prise de cathinones ?

Le risque principal est la perte de contrôle de la consommation (plus importante et plus longue que prévue, accompagnée de dépenses inconsidérées, de rendez-vous manqués...). On note aussi des crises d’angoisse, de la paranoïa, des idées délirantes et des hallucinations, mais aussi des troubles cardiaques et neurologiques au moment de la prise.

La désinhibition sexuelle permise par le chemsex peut amener à des rapports par la suite regrettés voire traumatiques (regret du choix du partenaire et/ou des pratiques).

Les cathinones provoquent une envie irrépressible de reconsommer, de la fatigue, des difficultés de concentration, la perte d’envie et de plaisir, la dévalorisation de soi, une tristesse  plus ou moins accompagnée d’idées suicidaires avec parfois des passages à l’acte.

L’angoisse et la paranoïa (sentiment de persécution) accompagnées d’idées délirantes sont fréquemment observées lors de la descente les 2 à 7 jours suivants la prise de cathinones.

Il arrive ainsi régulièrement que les usagers de cathinones se rendent aux urgences à cause  des troubles liés à la prise.

L’association des cathinones avec d’autres substances peut-elle s’avérer dangereuse.

Il convient de ne pas mélanger les cathinones avec les analgésiques opioïdes de synthèse (des antidouleurs comme par exemple le Tramadol), la cocaïne et l’ecstasy (ou MDMA). Ne pas les associer non plus avec les médicaments de la famille des benzodiazépines (utilisées comme anxiolytiques et/ou somnifères).

 

ALERTE +++ : À éviter absolument en cas de problèmes cardiaques

 

LA MÉTHAMPHÉTAMINE

Ce dérivé amphétaminique réputé pour ses effets très puissants et euphorisants est surtout utilisé pour son action sur l’humeur et la confiance en soi, ainsi que pour ses effets excitants.

C’est quoi la méthamphétamine ?

La méthamphétamine est un stimulant de la famille des amphétamines dont elle se rapproche chimiquement, sauf que ses effets durent deux à cinq fois plus longtemps. Très présente dans le milieu festif et sexuel gay aux États-Unis, la méthamphétamine est peu consommée sur le marché français à cause de la difficulté à s’en procurer et de son prix très élevé (environ 20 fois plus chères que les cathinones). Dans les milieux du chemsex et des drogues récréatives, elle est considérée comme un produit de « luxe ».

La méthamphétamine provoque un très fort craving (le besoin irrépressible d’en reprendre).

Sous quelles formes existe la méthamphétamine ?

On la trouve sous forme de petits cristaux, de poudre, de gélules ou de comprimés.

Comment appelle-t-on la méthamphétamine dans le langage courant ?

Crystal Meth, Tina, Ice, Glass, Crank, Meth, Crystal, Yabaa, Speed, Crank, Shabu...

Comment se consomme la méthamphétamine ?

Elle peut être sniffée, fumée (dans une pipe en verre), ingérée, injectée ou insérée dans l’anus (plug).

Quels sont les effets recherchés (selon nos experts) par la prise de méthamphétamine ?

Confiance en soi accrue, sensation de toute puissance, capacité de concentration augmentée, sentiment d’euphorie et d’énergie (accompagné d’une envie de parler, d’agitation, de désinhibition et d’empathie), diminution de la sensation de fatigue, de sommeil et de l’appétit.

Quels sont les dangers pour la santé à court terme de la prise de méthamphétamine ?

Au moment de la descente (qui peut durer plusieurs jours), certains ressentent un puissant état d’abattement. Mais aussi une immense fatigue accompagnée d’une humeur maussade, d’une tristesse tenace avec souvent des idées suicidaires, voir des passages à l’acte, une instabilité émotionnelle, une incapacité physique et psychique et de la fièvre.

En cas de prises répétées on peut constater des problèmes récurrents d’anxiété, de crises d’angoisses, d’insomnies, d’érections non contrôlées et de comportements agressifs.

L’association de la méthamphétamine avec d’autres substances peut-elle s’avérer dangereuse ?

Si vous prenez des antidépresseurs il faut impérativement en discuter avec un médecin, car l’association avec la méthamphétamine peut s’avérer dangereuse, sans prendre soi-même la décision d’arrêter les anti-dépresseurs.

La consommation de cocaïne, d’ecstasy (ou MDMA), de Viagra, d’analgésiques opioïdes de synthèse, de benzodiazépines et de GHB (ou G) est aussi déconseillée.

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Les booster sexuels

Ce sont des médicaments préconisés contre les troubles de l’érection ou l’impuissance chez les hommes (Viagra, Cialis, Edex) et souvent utilisés lors du chemsex pour compenser les effets négatifs des substances utilisées sur l’érection (en bref, de nombreuses substances utilisées pour le chemsex font débander).

Il est fortement déconseillé de les mélanger avec l’ecstasy (ou MDMA), le poppers, la méthamphétamine et/ou la cocaïne pour éviter tout problème d’ordre cardiaque.

En cas de priapisme (érection douloureuse de longue durée), n’hésitez pas à appeler les urgences, au risque de troubles irréversibles. Pour les mêmes raisons, on préférera l’usage de cockrings en silicone (facilement sectionnables avec un ciseau) que ceux en acier qui peuvent compresser douloureusement une érection déclenchée par les produits utilisés pour le chemsex.

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Les différents modes de consommation

• INGESTION

Administration du/des produits en les avalant purs (cachet, gélule, poudre) ou dilués dans de l’eau (GHB/GBL)

• LAM

Consommation du/des produits par voie intraveineuse (liquide, poudre ou comprimé écrasés et dilués dans du sérum physiologique)

• SNIFF

Inhalation par la bouche ou le nez (poudre, comprimé écrasé)

Inhalation directe en aspirant par le nez (comme avec le poppers)

• FUMER

Les produits sont chauffés sur du papier aluminium et on avale les vapeurs (pour la kétamine, par exemple). Les substances sont fumées mélangées à du tabac dans une cigarette ou un joint.

• PLUG (ou booty bump)

Administration du/des produits par voie rectale.

Les produits liquides, ou dilués dans l’eau, sont injectés avec une seringue (sans aiguille) ou une poire à lavement.

Les produits en poudre sont frottés contre les gencives ou la bordure de l’anus pour faciliter leur absorption.

• CLOUD

Consiste à inhaler des substances avec une pipe chauffée par une flamme (briquet, bougie…)

 

VOIR SECONDE PARTIE DU DOSSIER CHEMSEX ICI

Remerciements au  Dr Thibaut Jedrzejewski, médecin généraliste et expert chemsex au centre de santé sexuelle le 190 – Paris

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