Le chemsex est un terme issu de la culture gay anglo-saxonne. C’est un mot-valise. Soit la contraction de “chemical” (pour drogues de synthèse en anglais) et “sex”. Les personnes se livrant à cette pratique sont appelées chemsexeurs (en français) ou chemsexers (en anglais). Mais on préfèrera utiliser, pour éviter toute stigmatisation, homme pratiquant le chemsex.
Le chemsex est une pratique apparue il y a une vingtaines d’années - avec un développement accéléré depuis dix ans - chez les hommes gays. Le chemsex consiste à prendre des drogues, généralement psychostimulantes, lors des rapports sexuels pour être plus performant, relâcher ses inhibitions, augmenter la libido et le plaisir.
Le pénomène s’est développé avec l’apparition de nouvelles drogues de synthèses, comme les cathinones (connues le plus souvent sous le nom de 4mec, 3MMC, 2MMC, alpha…), et les applications de rencontre géolocalisées sur les smartphones.
Le chemsex peut entraîner des problèmes sur la santé d’ordre physiques comme psychologiques, augmenter les prises de risques liées aux pratiques sexuelles, conduire à l’addiction et parfois à des accidents graves et à la mort.
Il est important – qu’on pratique ou non le chemsex - d’être informé sur les problèmes de santé liés au chemsex, sur sa pratique, sur les drogues consommées, et sur les risques sanitaires. Mais aussi sur les moyens de les réduire, comme de maîtriser certains réflexes permettant de contrôler sa consommation ou de la stopper.
Un plan mélangeant sexe et drogue(s)
Définition :
Le chemsex désigne la prise de substances psychoactives, principalement stimulantes, dans le cadre de pratiques sexuelles parmi les hommes gays et bisexuels. Le chemsex se distingue de l’usage purement récréatif de drogues dans le sens où il s’envisage uniquement dans l’optique d’actes sexuels réels ou à distance (virtuels).
Les drogues le plus souvent consommées lors des plans chemsex sont : les cathinones (ou 3MMC), le GHB/GBL, la kétamine et la méthamphétamine. La consommation peut être limitée à une seule substance, comme mélanger plusieurs produits. On parle alors de polyconsommation.
Une pratique à risques : Le chemsex, ou l’usage de drogues dans le cadre de relations sexuelles (généralement de longue durée) peut, dans certains cas, favoriser la prise de risques selon les vulnérabilités sociales, économiques, psychologiques et/ou contextuelles que l’on peut traverser à certains moments de sa vie.
Les risques liés à la pratique du chemsex sont favorisés par :
• Leurs potentiels addictifs au travers de l’usage de substances et leurs modes d’administration, ainsi que le partage du matériel de consommation.
• La baisse la vigilance en matière de réduction des risques sexuels avec l’augmentation de la fréquence des rapports et du nombre de partenaires.
• La baisse de la notion de consentement, due aux propriétés désinhibitrices des produits.
Les risques liés à la pratique du chemsex (occasionnelle ou régulière) peuvent être :
• Une transmission accrue des infections sexuellement transmissibles (IST) : VIH (sida), VHB (hépatite B), VHC (hépatite C). Ainsi que d’autres comme la syphilis, la gonorrhée, la chlamydiose, le HPV (papillomavirus humain), l’herpès génital…
• Des blessures et contusions anales liées à des pratiques dites « hard », comme le fist-fucking, l’usage de plugs ou de sextoys.
• L’addiction aux produits consommés et/ou à la pratique du chemsex.
• Des baisses de la notion de consentement pouvant conduire à des agressions et violences sexuelles.
• La pratique exclusive du slam (administration de substances par voie intraveineuse) très addictive.
• Des répercussions graves sur la vie sexuelle, sociale, professionnelle et la santé psychologique.
• Des risques de décès liés à des causes multiples pendant ou après les rapports sexuels (AVC, arrêt cardiaque, suicide…).
Le chemsex pour améliorer les performances sexuelles
Les principales raisons conduisant à la pratique du chemsex - ou à son initiation - sont l’amélioration et la prolongation de la performance sexuelle, l’augmentation du désir et du plaisir. Des effets pouvant durer de plusieurs heures à quelques jours.
Les principales drogues associées au chemsex (méthamphétamines, cathinones ou 3MMC, GHB/GBL, kétamine, etc.) sont essentiellement utilisées pour les effets qu’elles procurent. Les effets recherchés par les hommes qui pratiquent le chemsex sont la désinhibition, la relaxation, l’excitation, l’endurance, le sentiment de confiance en soi, etc.
Mais aussi la capacité à intensifier et faciliter les rapports sexuels, notamment dans le contexte de pratiques dites « hard ».
Un phénomène en augmentation chez les gays
Il est important de considérer et replacer le chemsex dans le contexte historique des pratiques sexuelles chez les hommes gays et bisexuels où l’usage de drogues dans le cadre des rapports sexuels n’est pas un phénomène nouveau. En effet, chez les gays et les bisexuels, et de longue date, le multi-partenariat, les « coups d’un soir », la fréquence des actes sexuels, le sexe en groupe, le BDSM (pour bondage, discipline, domination, soumission, sado-masochisme) sont fréquents. Tout comme l’usage de produits psychoactifs (poppers, cocaïne, ecstasy, alcool…) à des fins récréatives et/ou sexuelles.
Le chemsex n’est pas un phénomène récent, il est généralement admis par les spécialistes que la pratique est apparue il y a une vingtaine d’années. Elle s’est développée rapidement en Europe et notamment en France. Concernant la prévalence de l’usage du chemsex chez les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes), le rapport de l’ODFT Apaches (qui compile les données en France) évoque une prévalence autour de 12-14% (et jusqu’à 20-25% pour le public fréquentant certains lieux de soins communautaires).
L’apparition et l’augmentation de la pratique du chemsex a été accompagnée (et facilitée) par les nouvelles modalités de rencontres à but sexuel initiées par internet. Mais aussi par la facilité d’accès de nouvelles drogues de synthèse (dont les cathinones ou 3MMC) et de nouvelles modalités de consommation, certaines plus à risques que d’autres. Notamment le slam, apparu fin des années 2000, qui consiste à s’injecter directement les produits par voie intraveineuse. Une pratique avec un fort potentiel érotique pour certains usagers, mais aussi stigmatisée par d’autres (car associée à la notion de « junky »), et particulièrement à risque.
Les données disponibles, l’expérience des soignants et les retours des structures associatives d’aide ou de lignes d’écoute, montrent que les hommes gays séropositifs ou séronégatifs sous PreP sont concernés par le chemsex et ses complications.
Ce qui questionne sur l’intrication entre le VIH, la sexualité entre hommes et l’usage de produits en contexte sexuel. Toutes les générations gays sont concernées par le problème du chemsex.
Des contextes d’usages différents
• Le chemsex comme comportement de groupe
Le chemsex est majoritairement pratiqué en groupe dans les espaces festifs publics et dans le cadre de soirées privées. Via des rassemblements limités en nombre de participants, mélangeant consommation de substances et rapport sexuels, et qui peuvent durer plusieurs jours.
Le chemsex inscrit à ses débuts dans des capitales ou grandes villes (Berlin, Barcelone, Londres...), possédant une communautéÌ gay développée, est un phénomène qui est devenu plus large. Avec une consommation possible et un accès aux cathinones (ou 3) en milieu urbain moyen et en milieu rural via des réseaux de deals organisés ou des commandes sur internet
La pratique du chemsex est aussi observé dans de nombreux établissements gay (comme les afters, les saunas ou sex-clubs), mais sa pratique, interdite par ces lieux, se fait plus discrète. Même si ces mêmes établissements alertent sur le phénomène et les conduites à tenir.
• Le chemsex comme « entrée » dans la sexualité
Pour de nombreux jeunes homosexuels, l’initiation à l’homosexualité peut se faire par le biais du chemsex. On peut légitimement s’inquiéter lorsque l’entrée dans la sexualité des plus jeunes se fait avec des produits psychoactifs. Car les risques d’addiction sont plus importants avant 26 ans et l’impact sur la sexualité future peut être radical.
• Le chemsex pour « rester » désirable
Pour les gays plus âgés et toujours séronégatifs, qui peuvent avec la PreP s’autoriser enfin à vivre pleinement leur sexualité, voire rattraper le temps perdu, les chems peuvent être un moyen d’attirer encore sur un marché de la rencontre sexuelle de plus en plus dominée par la consommation. Sous chems, il n’y a plus d’âge, plus de statut, plus de complexes, plus de discriminations, ressentis en tout cas sur l’instant.
• Le chemsex en couple
Dans certains cas, le chemsex ne s’apparente pas à une pratique de groupe, et des expériences sexuelles temporaires avec des partenaires occasionnels. Mais dans le cadre d’une relation amoureuse entre deux hommes, le plus souvent en couple. Le chemsex est alors plus proche d’un geste affectif et de la recherche d’une intimité intense. Inversement il peut y avoir à travers le chemsex une recherche de sexe décomplexé dans les couples. Et ce, même si la sexualité préexistante était satisfaisante.
Pour d’autres, le chemsex permet d’entretenir une intimité sexuelle avec un partenaire qui ne peut plus avoir de rapports sans consommer de substances.
• Le chemsex pour être en “phase“ avec son partenaire
Cette recherche d’une plus grande affinité, ou « fusion », entre partenaires réguliers ou occasionnels, est de plus en plus souvent observée chez des hommes célibataires qui pratiquent le chemsex.
• Le chemsex en solitaire
Paradoxalement, le chemsex est aussi pratiqué seul. L’effet des drogues sur le long terme (la dépendance au produit, mais aussi à ses modes d’injection, notamment le slam et la déception des « fausses » rencontres sous produits), ainsi que le profil psychologique de la personne qui pratique le chemsex, peuvent conduire certains usagers à s’éloigner des contextes sexuels et s’isoler pour consommer. Les risques sont plus importants car personne ne peut intervenir s’il y a un problème pour le consommateur.
• Un mix sexe et drogues aux effets complexes
Au-delà de la question du plaisir et de ses risques spécifiques, le chemsex, comme toute expérience impliquant des drogues, peut interférer avec des difficultés préexistantes. Consommer peut donner la sensation d’aider sur le moment mais peut aussi compliquer gravement ces difficultés sur le long terme.
Remerciements à David Friboulet, psychothérapeute-sexologue coordinateur du CeSaMe Paris IDF de l’ENIPSE.