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EGPA : la police européenne s'engage contre l'homophobie

Julien Claudé-Pénégry

La relation entre les forces de l’ordre et la communauté LGBTQIA+ en Europe est un miroir des tensions et des progrès de nos sociétés. Si des avancées notables sont constatées dans certains pays, d’autres luttent encore contre des forces conservatrices et des préjugés profondément ancrés. Cet article, fruit d’une enquête auprès de représentants de la Grèce, de l’Italie, des Pays-Bas et de la France, explore les dynamiques, les progrès et les défis persistants dans la quête d’une véritable inclusion au sein des institutions policières.

L’EGPA : un pont entre la police et la communauté

Au cœur de cette quête d’inclusion, l’European LGBT Police Association (EGPA)  joue un rôle crucial. Cette fédération, qui regroupe des officiers LGBTQIA+ et leurs alliés au sein des forces de l’ordre européennes, s’efforce de soutenir les policiers LGBTQIA+ et d’améliorer les relations entre la police et la communauté. L’EGPA offre un espace de dialogue, de soutien et de partage de bonnes pratiques, favorisant ainsi une collaboration transnationale et la mise en place d’actions communes contre la discrimination.

Grèce : un engagement croissant mais des défis persistants

En Grèce, la situation est marquée par un engagement croissant mais des défis persistants. Police Action for Human Rights, un réseau actif depuis plus de 26 ans, s’est imposé comme un modèle de collaboration entre la police et la communauté LGBTQIA+. Ce réseau a permis de renforcer la confiance entre les forces de l’ordre et la communauté en créant des espaces de dialogue et de soutien. La Grèce a intégré les préoccupations LGBTQIA+ dans sa pratique policière quotidienne, avec un soutien institutionnel fort, tant au niveau national qu’européen.

Michael Lolis, officier de la police grecque et membre actif de l’EGPA, témoigne de ces progrès : « plus de 17 000 policiers grecs ont été formés pour mieux comprendre et protéger les droits des minorités sexuelles et de genre. » Ces formations visent à éliminer les discriminations systémiques et à renforcer les mécanismes de signalement des crimes de haine.

Cependant, malgré ces avancées, Lolis met en garde contre l’influence croissante des mouvements nationalistes et racistes en Europe, qui menacent de fragiliser les progrès réalisés en matière de diversité et d’inclusion. De plus, il souligne la nécessité d’une meilleure visibilité des crimes de haine, car le traitement des faits de discrimination basés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre « reste inefficace », en partie à cause du « manque de documentation systématique des incidents racistes.»

L’Italie : entre progrès et résistance

En Italie, la situation est marquée par des progrès significatifs mais aussi par des résistances persistantes. Roberto Cirillo, membre de l’association Polis Aperta, qui regroupe des membres LGBTQIA+ des forces de l’ordre italiennes, décrit une « relation complexe entre la police et la communauté. » Il souligne que les progrès sont indéniables, mais la législation italienne reste insuffisante, « notamment en ce qui concerne les lois spécifiques contre l’homophobie et la transphobie. »

Les forces de police italiennes s’efforcent de sensibiliser les officiers aux questions LGBTQIA+ à travers des formations continues et des collaborations avec des associations comme Polis Aperta. Cependant, des préjugés subsistent, souvent alimentés par l’absence de lois spécifiques qui pourraient offrir une protection plus complète et efficace aux personnes LGBTQIA+.

Cirillo note également que  « la montée des partis de droite en Europe a contribué à un environnement parfois hostile, où les revendications de la communauté LGBTQIA+ sont souvent perçues comme une menace par certains segments des forces de l’ordre ».

Les Pays-Bas : un modèle d’inclusion et un rempart contre l’extrême droite

Les Pays-Bas, souvent perçus comme un modèle de tolérance et d’inclusion, sont à l’avant-garde des initiatives visant à améliorer les relations entre la police et la communauté LGBTQIA+. Roy Verhoeven, inspecteur de police néerlandais et ancien représentant du réseau Roze in Blauw (Rose en Bleu), souligne que les relations entre la police et la communauté LGBTQIA+ sont globalement positives aux Pays-Bas. Le réseau Roze in Blauw, créé il y a 26 ans, illustre cette dynamique. Initialement formé pour permettre aux collègues LGBTQIA+ de se soutenir mutuellement, « le réseau est aujourd’hui un centre d’expertise reconnu pour améliorer le travail de la police en matière de diversité », précise Roy.

Le soutien de l’équipe de commandement de la police néerlandaise au réseau Roze in Blauw témoigne de l’importance accordée à ces initiatives. Cet appui se traduit par l’intégration des activités du réseau dans les heures de travail officielles, reconnaissant ainsi l’importance cruciale de cette mission pour l’organisation policière.

Malgré ce cadre progressiste, les Pays-Bas ne sont pas à l’abri de la montée des partis d’extrême droite qui menacent la cohésion sociale en Europe. Verhoeven reconnaît l’impact de cette tendance, mais affirme que la police néerlandaise reste inébranlable dans son engagement à respecter l’égalité de traitement pour tous, conformément à l’article 1 de la Constitution néerlandaise, récemment amendé pour inclure explicitement l’indépendance du genre et de l’orientation sexuelle.

La police néerlandaise se pose comme un rempart contre ces tentatives, en insistant sur son rôle de garant de l’égalité et de la justice pour tous les citoyens, indépendamment des pressions politiques.

L’engagement transnational : un outil essentiel pour l’inclusion

L’implication des Pays-Bas dans l’EGPA renforce cette approche inclusive. Verhoeven rappelle que la police néerlandaise a joué un rôle crucial dans la création de l’EGPA, ce qui témoigne de son leadership en matière de droits LGBTQIA+ au sein des forces de l’ordre européennes.

Cette association permet non seulement de partager les bonnes pratiques entre les pays membres, mais aussi de créer des liens étroits pour une collaboration rapide et efficace lorsqu’il s’agit de traiter des enjeux liés à la communauté LGBTQIA+.

Une influence européenne croissante

La stratégie de la police ne se limite surtout pas aux frontières nationales. Par leur engagement au sein de l’EGPA et la coopération active qui en découle avec des structures européennes, les polices aspirent à diffuser leurs pratiques inclusives partout. Alain Parmentier, président de l’EGPA insiste sur l’importance d’un soutien à un niveau plus élevé pour que ces initiatives aient un impact réel, non seulement au sein de la communauté LGBTQIA+, mais aussi dans la manière dont les forces de l’ordre européennes abordent la diversité et l’inclusion.

Des défis persistants : le manque de législation, la montée des mouvements radicaux et les préjugés

Malgré les progrès, des défis majeurs persistent. Le manque de lois spécifiques contre l’homophobie et la transphobie dans certains pays, la montée des extrémismes politiques et la persistance de préjugés au sein même des forces de l’ordre constituent des obstacles importants à surmonter.

Un futur incertain mais porteur d’espoir

Les relations entre la police et la communauté LGBTQIA+ en Europe sont un reflet de la complexité de nos sociétés. Alors que certains pays font des avancées notables, d’autres luttent encore contre des forces conservatrices et des préjugés profondément ancrés. Le chemin vers une inclusion complète est encore long.

Cependant, des individus courageux au sein des forces de l’ordre sont déterminés à changer les choses de l’intérieur, en promouvant des pratiques plus justes et inclusives. Le succès de ces initiatives dépendra de la volonté des autorités de s’engager dans une véritable réforme, de la collaboration entre les forces de l’ordre et la communauté LGBTQIA+, et de la pression de la société civile pour exiger un changement tangible.

L’avenir de ces relations est incertain, mais la détermination de nombreux acteurs, la force de la communauté LGBTQIA+ et l’engagement de certains policiers à défendre l’égalité et la justice laissent entrevoir un avenir plus inclusif et plus sûr pour tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La police et communauté LGBT : un dialogue nécessaire

L’homophobie et la transphobie sont des réalités préoccupantes dans la société française, et les forces de l’ordre ne sont pas épargnées. Face à ce constat, une association européenne s’est donnée pour mission de promouvoir l’inclusion et la sensibilisation au sein des institutions policières. L’European LGBT Police Association se veut être une passerelle entre les pays et les cultures. Alain Parmentier, policier français à Paris, co-fondateur de l’association Flag et président de l’EGPA, l’Association Européenne des Policiers Gays et Lesbiens, nous donne les clés de cette structure.

Cette association, créée en 2004, a vu le jour à la suite de la prise de conscience de la nécessité d’un réseau international pour lutter contre les discriminations au sein des forces de l’ordre. L’EGPA, qui compte aujourd’hui 19 pays membres, rassemble des policiers, des gendarmes et des agents de sécurité publique de tous horizons pour partager leurs expériences, créer des liens forts et promouvoir la tolérance.

Des valeurs fortes pour une mission importante

Pour devenir membre de l’EGPA, il est essentiel de partager ses valeurs fondamentales : la sécurité de la société et l’inclusion. L’association s’engage à lutter contre toutes formes de discrimination, notamment l’homophobie, la transphobie et la biphobie, au sein des institutions policières et dans la société en général.

Un besoin d’inclusion et de sensibilisation

Il souligne l’importance de créer un environnement inclusif au sein des forces de l’ordre. Alain Parmentier précise que la sensibilisation à la communauté LGBT est cruciale pour briser les préjugés et les discriminations. Des formations spécifiques sont nécessaires pour aider les policiers à mieux comprendre les réalités et les besoins de la communauté LGBT.

Des actions concrètes pour un changement profond

L’EGPA développe plusieurs actions pour atteindre ses objectifs. Des formations et des ateliers de sensibilisation sont organisés pour les policiers et les agents de sécurité publique, afin de les aider à comprendre les enjeux de la communauté LGBT et à mieux gérer les situations qui peuvent survenir. L’association est également active dans le développement de protocoles spécifiques pour mieux répondre aux besoins des victimes de crimes homophobes et transphobes.

Des progrès à réaliser, des challenges à relever

Alain Parmentier reconnait qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour lutter contre l’homophobie et la transphobie au sein des forces de l’ordre. Des comportements discriminatoires persistent et des efforts importants sont nécessaires pour changer les mentalités et améliorer la relation entre les forces de l’ordre et la communauté LGBT.

Un message d’espoir et d’engagement

Le président de l’EGPA reste optimiste quant à l’avenir. Il souligne que l’association est un acteur majeur de changement et que son travail contribue à créer un environnement plus inclusif et plus respectueux pour tous. L’EGPA est un exemple de la puissance des initiatives collectives et de la volonté de créer un monde plus juste et plus égalitaire.

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