Avec ce nouveau numéro de Strobo mag, nous changeons notre baseline (l’accroche en dessous du logo en couverture). Fini « le magazine de ces gens-là », une accroche pour laquelle nous avions opté en réplique aux propos de l’ancienne ministre Caroline Cayeux et à tant d’autres pour affirmer notre fierté de vivre pleinement qui nous sommes. En retournant donc l’insulte et le stigmate pour en faire une force.
Et puis, cet été, lors de la préparation de ce numéro, nous nous sommes rendus compte qu’après tous ces mois, nous en avions assez de mettre en une, d’une certaine manière, la haine des autres. Nous préférions afficher nos amours à Nous. Notre état d’esprit. Notre ligne éditoriale. La baseline allait devenir « de toutes les cultures, de tous les genres ». Une manière plus positive d’afficher nos valeurs.
Cette révélation, nous l’avons eue grâce à Maïa Mazaurette qui nous fait la joie et la gentillesse de nous accorder une interview exclusive et a accepté d’être la première femme en cover de Strobo mag. Et quelle femme ! Maia est identifiée comme étant hétéro, ok, mais elle est surtout une grande alliée de toute notre communauté dans toutes ses diversités. Le soir à la télé, chez Quotidien, ou dans la presse écrite, elle parle genre et sexo avec pédagogie et bienveillance. Elle fait tomber les tabous en abordant des sujets parfois délicats dans l’émission qui fait les plus fortes audiences de cette tranche horaire. Maïa nous fait du bien. Beaucoup de bien.
Quelques semaines après le scandale orchestré par les intégristes religieux et l’extrême-droite à la suite de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris, avec un Philippe Katerine tout nu-tout bleu et avec l’audace artistique qui fait son talent, notre prise de vue avec Maïa entourée d’hommes nus prenait un caractère fort et symbolique. Celui de la réponse à tous ces haineux que nos différences dérangent. Comment la présence à l’écran de Barbara Butch dans cette mise en scène festive a-t-elle pu susciter autant de haine ? Victime de harcèlement au lendemain de la cérémonie, Barbara Butch qui ne s’attendait pas à un tel déferlement grossophobe et lesbophobe. Les drag-queens à côté d’elle ont subi le même acharnement. Est-ce la nudité du chanteur dans ce tableau qui a déchaîné autant les passions ? Ou le caractère inclusif de cette belle scène ? Les deux !
La nudité, les orientations sexuelles et les identités de genre sont du même champ : celui des libertés fondamentales, individuelles et collectives. Tout est lié. Il n’y a pas de culture homosexuelle sans sexualité. Il n’y a pas d’expression de genre sans réflexion sur l’impact toxique de la binarité de genres. Fabriquer une autre thèse est un mensonge et le point de départ de la soumission sociale des minorités.
Cette nouvelle baseline répond aussi au besoin de l’équipe éditoriale de Strobo de montrer le chemin dans lequel nous nous sommes engagés ces derniers mois : celui de l’ouverture. Alors même que dans notre communauté certains groupes jouent la fragmentation comme moyen d’existence, nous voulons au contraire affirmer notre volonté de vivre ensemble, de faire communauté parce c’est bien la somme de nos diversités qui fait le nombre et nous rend fort.e.s. Et puis, on ne peut pas affirmer se battre contre les idées du Rassemblement National en adoptant son logiciel : celui de l’exclusion de certain.e.s d’entre nous. La diversité n’empêche pas l’unité. Au contraire, elle est une richesse.
Parce que Maïa, Strobo, nous les Pédés, les Goudous, les Trans, les Allié.e.s, les Queers, les Non-binaires, et tou.te.s les autres, nous sommes de tous les âges, de toutes les morphologies, de toutes les couleurs et de tous les amours.
Nous sommes de toutes les cultures et de tous les genres.
Franck Desbordes, directeur de la publication