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Maïa Mazaurette : icône sexe & alliée queer !

Franck Desbordes

Avec sa chevelure rousse, son regard magnétique et sa silhouette gracile, Maïa Mazaurette déclare ouvertement faire le plus beau métier du monde : chroniqueuse sexo-genre. Notamment dans Quotidien sur TMC où elle parle sexe si librement qu’elle décoince le petit écran aux heures de grande écoute et déstigmatise tous les tabous.

Pour Strobo, Maïa Mazaurette joue le jeu du glamour à gogo et déjoue les clichés : « je serai la personne la plus virile qui ai jamais posé pour Strobo ! » lance-t-elle d’emblée en arrivant sur le lieu du shooting. C’est elle, en tutélaire cheffe de file, qui a imaginé ces hommes nus qui l’entourent (quatre au total) et choisi son photographe (l’ami Marc Martin).

En ce jour de canicule à Paris, nous avions rendez-vous en haut d’une tour du dix-huitième arrondissement, porte de la Chapelle, dans l’atelier du photographe où des tubes de chantier déroulaient son fond fétiche tout froissé. Un fond gris qui semblait en avoir vu déjà de toutes les couleurs. Le cadre était donc propice à de nouvelles aventures, diverses et variées.

La température monte encore d’un cran lorsque Maïa apparaît dans ce pull, trop grand pour elle, et qui rappelle celui de Marylin Monroe. Un rien de Marlène Jobert dans les taches de rousseur et de Mylène Farmer avec ces bottes de cuir rouge. Icône gay oblige dans ses postures félines : « déshabillez-moi » semble-t-elle lâcher malicieuse aux hommes qui s’abandonnent nus autour d’elle dans une allure d’orgie…

Maïa Mazaurette qui affiche son goût pour les hommes — bien charpentés — aime aussi les croquer tout nus. On avait découvert son joli coup de pinceau dans le documentaire sur TMC qu’elle avait entièrement consacré au sexe masculin : carton plein pour celle qui revient en force trois fois par semaine dans l’émission Quotidien de Yann Barthès et livre une chronique sexe dans Le Monde une fois par mois.

N’en déplaise aux éternels pissefroid, Maia Mazaurette est devenue une figure de proue, une référence incontournable de la liberté sexuelle. Loin des figures policées et de la pudibonderie ambiante, elle est une femme libre et ça fait du bien.

Toute l’équipe de Strobo mag est fière de dédier sa première couverture féminine à Maïa Mazaurette. Du statut d’alliée de notre communauté, elle est devenue icône de la diversité en tous genres. Nue, dans ce numéro, pour marquer le coup face aux rabats joie qui critiquaient Philippe Katerine presque à poil lors de la cérémonie d’ouverture des JO. Nue encore pour tordre le cou de ceux qui qui râleront de voir – ici – une femme à poil.

Les libertés se défendent par l’image et l’écrit, par l’audace et le courage aussi, la nudité n’y échappe pas dans un contexte politique et social très puritain.

Vive la diversité. Vive la liberté. Vive la nudité.

Pour tous ceux et celles qui ne te connaîtraient pas, qui est Maïa Mazaurette ?

Je suis sexperte professionnelle : une fiche de poste plutôt improbable, mais qui m’accompagne depuis maintenant 20 ans. En ce moment, je travaille essentiellement pour Le Monde en presse écrite, et pour Quotidien en télé. J’aime bien le côté multiplateforme : je fais des formats courts, des formats longs, je suis passée par la radio et le web, sans oublier des romans, des essais et des bandes dessinées. Je picore ! Le reste du temps je suis en documentaire : ) le prochain portera sur l'orgasme et sort fin 2024 !

Tu es ce qu’on appelle une féministe,comment devient-on féministe ?

Très précisément, j’ai deux parents féministes : ça veut dire que chez moi, le féminisme n’était pas une affaire de femme, mais une manière très concrète d’être au monde, pour tous les membres de la famille - membres virils compris ! Concrètement, mon père s’est mis à mi-temps quand je suis née. Il me promenait en poussette dans notre banlieue, à une époque où ça ne se faisait pas du tout. Il y a quelques années, il m’a carrément dit qu’avant ma naissance, sa vie n’avait aucun sens. Au jour le jour, je l’ai vu cuisiner, ranger, aider pour les devoirs. Je l’ai aussi vu quitter des dîners entre amis à cause d’une blague de trop sur les blondes. Tu connais l’expression « bros before hoes » —les potes avant les putes ? Eh bien mon père a toujours fait passer les femmes avant ses potes : c’était un authentique traître à sa classe. Il se faisait traiter de pédé, mais pour lui, ça n’était pas une insulte. Je pense que son amour et son courage m’ont donné non seulement de la force, mais un super radar émotionnel. A 45 ans (et un tableau de chasse bien rempli), je ne suis jamais tombée sur un mec qui m’a fait du mal.

Devenir journaliste, c’était un rêve d’enfant ?

Pas du tout ! Je suis juste une littéraire qui voulait éviter de devenir prof (désolée pour les profs, qui sont des gens merveilleux)... La transmission, ça ne m’intéresse pas du tout. Remarque bien que j’en fais quand même : )

Comment le sexe, la sexualité au sens large, sont devenus tes sujets de prédilection ?

J’étais déjà militante féministe depuis le lycée (à une époque où on était 200 en manifestation, les temps ont bien changé). Du sexe qu’on a au sexe qu’on fait, il y avait une continuité naturelle. Journalistiquement parlant, la spécialité genre & sexo n’existait pas : très bien, il suffisait de l’inventer !

En tant que femme, tu as rencontré des difficultés à t’emparer du sujet de la sexualité ?

Je pense que c’est plus facile pour une femme. J’ai construit ma carrière en parlant aux hommes : chez Newlook, puis Playboy, puis GQ. Ces magazines m’ont respectée parce que je « savais » quelque chose que leurs lecteurs ignoraient : j’avais ce point de vue féminin qui constitue souvent un angle mort. Ensuite, bien sûr, une femme est toujours jugée sur son physique en plus de ses compétences — mais personnellement, j’ai pris le parti d’en jouer. Quand on ne peut pas faire sans, alors il faut faire avec.

On a essayé de te mettre des bâtons dans les roues au début de ta carrière ?

Evidemment. Mais j’ai la chance d’être extrêmement solide. Une fois encore, je bénéficie de l’éducation que j’ai reçue, et de l’exemple concret de mes parents qui n’ont jamais cédé sur rien : les insultes, les conseils faussement bienveillants, la condescendance, le harcèlement, tout ça glisse sur moi. En cas de shitstorm, je coupe mes réseaux pendant une semaine : le temps médiatique est tellement court qu’aujourd’hui, rien n’a réellement d’importance. En plus, à chaque fois que j’ai été à contre-courant, ça a fini par me réussir ! Féministe en 1995, blogueuse en 2001, sexperte dans le journalisme : à chaque fois, on m’a dit que c’était ridicule (suicide social, suicide professionnel et j’en passe). Et à chaque fois, j’étais juste un chouïa en avance. Résultat : j’ai une confiance absolue en ma boussole morale. Ça peut me rendre arrogante. Mais c’est un défaut que j’ai appris à apprécier.

Comment abordes-tu la sexualité, selon quel angle, en général ?

J’ai un positionnement très scientifique — en réaction à la manière dont on parlait de sexe dans les medias généralistes, sous l’angle du témoignage, de l’anecdote, du voyeurisme, ou pire, de l’« avis du psy ». Bien sûr qu’il y aura toujours un mec au Kazakhstan qui fait l’amour à des pneus, mais ça ne raconte rien sur le quotidien des gens qui nous entourent (je soupçonne même que l’anecdote croustillante soit une manière d’éviter de parler de la sexualité routinière et quotidienne — une manière d’éviter de se mettre en danger). Face à ça, je préfère la sociologie et la statistique. Et puis le sens de l’humour, aussi, ça aide !

Au fil des années on t’as vu à la radio,à la télé, en presse écrite. Il y a un support meilleur que l’autre quand il s’agit d’aborder la sexualité ?
Ça dépend du projet. L’écrit est imbattable en termes de densité de contenu. La télé permet l’identification, dont le pouvoir est immense. La radio permet d’être intime en restant anonyme, on est plus dans l’émotion. Quand j’ai une nouvelle idée, la question du support est effectivement cruciale.

La sexualité féminine a été longtemps moins médiatisée que la sexualité asculine, ton travail tend à la revaloriser ?

Aujourd’hui, j’aurais plutôt tendance à dire que la sexualité féminine est au centre de toutes les attentions, surdocumentée, objet de dizaines de bouquins par an qui me semblent souvent bourrés d’injonctions - et parfois, bourrés de ressentiment. Le problème, c’est qu’on parle finalement d’une sexualité qui n’existe pas. Déjà parce qu’il n’y a pas deux femmes identiques (on ne peut pas essentialiser « un » désir féminin). Et surtout, parce que les femmes n’ont pas ou peu de culture érotique spécifique : on manque de textes, d’images, de codes — et quand ils émergent, soit ils sont biberonnés de l’héritage du machisme, soit ils se retrouvent laminés par le regard masculin (en premier lieu par la pornographie). Inventer cette culture, c’est le plus gros défi du moment… et on est quelques-unes à batailler ferme. Mais même dans nos propres rangs, il y a plus de désespoir que d’utopie. Personnellement, je suis dans la team utopie !

Tu as choisi d’aborder toutes les sexualités, notamment la sexualité lesbienne et gay. Pourquoi ?

Elles m’ont accompagnée depuis longtemps - et spécifiquement la sexualité gay, entrevue dans les textes de Guillaume Dustan, Oscar Wilde, ou plus récemment le super Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui, d’Arthur Dreyfus. Esthétiquement, ce sont les œuvres d’hommes gays qui ont été les plus déterminantes dans ma construction érotique : de Bruce LaBruce à Gengoroh Tagame, en passant par mon cher ami, le photographe Marc Martin ou ce bon vieux Tom of Finland. Je suis obsédée par le corps masculin, mon désir est sous perfusion gay, et ça me convient parfaitement. Je me retrouve dans les codes graphiques, l’imaginaire, les lieux, les matières - et bien sûr, dans cette extraordinaire liberté dont je suis très admirative.

Penses-tu important que les hétéros s’intéressent à la sexualité des LGBTQ + et réciproquement ?

La sexualité est une culture. On a toujours à gagner à s’intéresser à la culture.

Tu es devenue du coup, ce qu’on nomme une « alliée » de la communauté LGBTQ+…

C’est pour moi une évidence. L’homophobie m’est complètement incompréhensible, au même titre que n’importe quelle velléité de régenter le corps ou la parole des autres. Ce n’est pas seulement une question de liberté : c’est aussi une question d’amour de la vie, de la culture, de la civilisation. Plus nous sommes différents, plus nous rendons grâce aux forces foisonnantes et créatrices du chaos — et ça, camarades, ce n’est rien moins que notre condition humaine.

Parler de sexe, c’est un travail d’utilité publique ?
Pour moi oui, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire pour tout le monde. Une société doit pouvoir parler de sexualité, pour faire émerger un socle commun (qu’on cassera à sa guise dans l’espace privé) - mais les individus font ce qu’ils veulent. Y compris à la Trump : deny, deny, deny) La confession obligatoire, le partage forcé, ce serait encore une violence.

Les tabous persistent ?

Ils se déplacent doucement. Certains tombent, d’autres émergent. Le viol conjugal émerge, les incestes dans la fratrie commencent tout juste à pouvoir s’envisager. La question de l’âge du consentement reste hyper piégeuse. Mais je dirais qu’aujourd’hui, le problème n’est pas d’être verrouillé par le silence (internet a cassé ces formes-là de solitude) : on peut parler, mais on ne sait pas à qui parler. La famille n’est pas toujours le lieu le plus indiqué, les amis peuvent être paradoxalement trop proches pour recueillir une parole difficile, les psys coûtent trop cher… Dans les messages que je reçois, j’ai l’impression d’être le dernier rempart avant le silence. Mais pour aller se confier à une femme entrevue 3 minutes à la télé, il faut qu’il y ait beaucoup de trous dans le filet de sécurité émotionnel.

Qu’est-ce que notre sexualité dit de nous ?

Je ne pense pas que la sexualité soit forcément un espace d’authenticité, désolée : )

Ce que l’on connaît moins de toi c’est que tu es aussi dessinatrice et illustratrice, avec une certaine fascination pour la nudité masculine.

C’est ma seconde vie, celle qui me repose des paillettes de la télé, et du monastère de la presse écrite. J’ai toujours dessiné, mais je suis sérieuse maintenant depuis quelques années, avec une pratique régulière : je fais du nu masculin, exclusivement. Les femmes artistes ont tendance à ne pas oser, et pourtant, ça donne de chouettes rencontres ! Habillée entourée d’hommes nus, je suis évidemment aux anges. J’apprécie aussi le pouvoir que donne le fait de regarder — moi qui passe tant de temps à être regardée.

Quel genre d’hommes aimes-tu peindre ?

Les plus massifs possibles : c’est la densité qui m’intéresse. Mon kink absolu, c’est le rugbyman-hooligan anglais : grand, hyper musclé, une jolie couche de gras par-dessus, une peau qui marque et de préférence, des joues qui rougissent. Saupoudrez tout ça de tendons, de saillies d’os, de veines, laisse mijoter sur la table à dessins, c’est un délice.

La suite des aventures de Maïa Mazaurette?

A l’heure où je réponds à cette interview, je finis mon nouveau projet éditorial, qui s’appelle Maison Close (vous l’aurez appris avant tout le monde dans Strobo). Le projet est prévu pour novembre 2025, sous forme de codex érotique — un livre dangereux. Dédié, bien sûr, aux hommes.

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Autour de Maïa, les quatre garçons dans le vent se sont dénudés pour Strobo. Mathis Chevalier, l'un d'entre eux, a joué le jeu du journaliste pour réaliser des portraits de ses collègues en toute intimité.

d.carter

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Sans oublier bien sûr :

Maïa Mazaurette

Marc Martin

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