Coccinelle a été la première personnalité publique à avoir fait officialiser son changement de genre en France. Star de cabaret internationalement connue et incontestablement diva parmi les divas, elle figure en tête des personnages les plus emblématiques du panthéon LGBTQIAP+.
Dans le roman graphique Coccinelle, que lui dédie le duo italien Gloria Ciapponi au scénario et Luca Conca au dessin, la vie tumultueuse et sulfureuse de Coccinelle alias Jacqueline Charlotte Dufresnoy se déploie. 144 pages qui nous précipitent dans l’intimité de celle qui fut pendant des années sous le maquillage, les froufrous, les robes Jacques Charles Dufresnoy. Pour relater du mieux possible qui était Coccinelle, les auteurs ont dû procéder à un véritable travail d’enquête pour reconstituer partie après partie l’intégralité d’une existence soit foisonnante mais peu documentée. Aidés par Thierry Wilson, son dernier mari (Zize du Panier) et son amie Bambi, ils ont pu recouper les infos et construire un portrait le plus fidèle possible. Afin de donner plus de force à son histoire, le traitement choisi dans le style réaliste donne un aspect proche du « rendu photographique et documentaire » comme l’explique le dessinateur. Mais là aussi le défi est énorme puisque les trouvailles visuelles montrent que Coccinelle n’avait pas une apparence mais des apparences. Il a donc fallu faire attention à ce côté « caméléonesque » pour refléter au plus juste ses mutations physiques.
Volcanique et infatigable
Quand on entre de plain-pied dans cette biographie graphique, on se fait happer par les surprises qui se succèdent les unes après les autres. Une enfance sous le joug de la peur constante d’un père dur et d’une mère aimante et protectrice. Puis tout va très vite : la découverte du monde du showbizz, son attrait pour la mode, le plaisir de se travestir, le besoin de se sentir femme, sa première scène sur les planche de Madame Arthur, les applaudissements, les voyages, le succès au Casino de Paris et à l’Olympia, les hommes d’un soir et les amours qui durent, la renommée d’une artiste adulée et célébrée dans le monde entier, ses différentes chirurgies esthétiques, son changement de sexe et d’état civil avec l’aide d’un jeune avocat du nom de Robert Badinter, jusqu’à l’accumulation de lourdes dettes qui l’oblige à prendre du recul et se mettre en retrait.
Indépendante et inébranlable
Coccinelle, c’est un destin particulier. Celui d’une femme née dans le mauvais corps. Celui d’un petit Jacques Charles qui en devenant Jacqueline Charlotte va s’émanciper dans une époque où le travestissement est puni par la loi, tout autant que l’homosexualité. C’est la force d’une femme qui sera pour des millions de personnes une référence absolue. Coccinelle n’a jamais caché qui elle était. « Lorsqu’elle est devenue légalement Jacqueline en 1959, un après s’être fait opérer, son cas, tout à fait nouveau à l’époque, est discuté dans la presse du monde entier », précise Gloria, l’autrice. Une décision assumée qui montre la détermination de Coccinelle à réparer cette erreur de la nature tout en traçant sa route loin des injonctions, en femme libre.
Conformité et communauté
A un moment où la question de genre et la transidentité sont exposées, ce roman graphique captivant et puissant délivre un message d’espoir pour des milliers de personnes qui cherchent des référents. Coccinelle a été une pionnière qui a su exploiter les médias pour faire parler de sa transformation et de la reconnaissance de son statut social dans une France encore englué dans de vieux principes. Elle a su par sa stature solaire désarmer toutes les attaques, faire évoluer les mentalités et devenir un exemple toujours aussi actuel et indispensable à des générations entières de personnes en questionnement sur leur identité de genre. Cette bande dessinée est à saluer tant par sa qualité visuelle que par la romance qui en découle. Sa composition, son rythme, son sujet sont bien plus qu’inspirants, ils dressent l’histoire méconnue de l’une des chanteuses et actrices françaises les plus influentes de tous les temps.
Coccinelle, Chercher la femme, Ed. La Boîte à Bulles, 144 pages, 26€