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Edito Strobo #33 juillet/août/septembre 2024 : - de nazis, + de zizis

Franck Desbordes

Le titre n’est pas de nous. C’est le slogan d’une pancarte que nous avons photographiée pendant la Marche des fiertés de Paris. Et il y en avait plein d’autres : « non au RN, oui aux lesbiennes », « + de Viagra, - de Bardella », « ras la touffe des fachos qui nous étouffent », « moins de fachos, Plus de techno », « queer dans les burnes, queer dans les urnes », « - de Bardella, + de BarGayLà », « oui aux reines de la nuit, non au RN de l’ennui », « des putes et des reines, pas des députés RN », « après les trans, ce sera vous »,  « l’été sera cho, évitons qu’il soit facho », « nos amours dépassent les frontières », « vis cette marche comme si c’était la dernière », etc., etc., etc., impossible de toutes les lire ici. 

La veille du premier tour des élections législatives, la marche des fiertés de Paris avait une couleur très particulière, celle du refus de la haine de l’autre comme modèle social. Il y avait de l’enthousiasme, de l’espoir, de l’envie dans cette belle marche engagée.

Le lendemain fut évidemment bien moins festif avec l’annonce possible d’une majorité absolue de députés FN-RN à l’Assemblée nationale. Une vraie douche froide, pour ne pas dire un moment d’horreur. Pour beaucoup d’entre nous, la semaine d’entre deux tours a été vraiment très difficile. 

Et puis, le 7 juillet à 20h, l’espoir est revenu. Celui-là même qui terminait mon édito du mois dernier. Ce tout petit espoir. Alors même que les analystes politiques nous annonçaient depuis 10 ans au moins la mort du front républicain grâce à la « dédiabolisation réussie » du FN-RN, le sursaut fut si massif que la gifle donnée claquait à l’infini sur les plateaux télé, à la fois la figure des hommes et femmes politiques d’extrême-droite, des « analystes » et des éditorialistes souvent très proches du pouvoir en place.

NON, NON et NON, les français.e.s ne veulent pas d’un pays gouverné par l’extrême-droite. La chose est dite. Il ne reste plus qu’à ce que les politiques hors-RN-FN fassent le job et répondent aux attentes légitimes des français.e.s si l’on ne veut pas retomber dans ce scénario funeste en 2027. Au regard de la physionomie de l’assemblée et des logiques de partis, cela ne va pas être facile.

Mais restons sur le cas du RN-FN puisque des personnes LGBTQ+ ont voté pour l’extrême-droite. Nous nous sommes tou.te.s désabonnés de pseudo-amis sur les réseaux sociaux qui ont affiché leur racisme, leur haine, leur homophobie intériorisée, leur antisémitisme, leur besoin de chercher le coupable idéal responsable de leur mal-être, leur besoin de revanche quitte à tout casser, mais surtout, leur bêtise. Celles et ceux-là mêmes qui disaient que le RN « nouveau » n’était pas homophobe et LGBTphobe « parce qu’il y a plein de gays autour de Marine Le Pen ».

Quelques jours plus tard, le Jordan avec sa tête de gendre idéal pour les mamies racistes, prenait au Parlement européen la présidence du groupe « Patriotes pour l’Europe » qui a pour vocation de défendre la famille traditionnelle… entre autres. Ce groupe a été imaginé par Viktor Orban, le premier ministre homophobe de la Hongrie. Dans ce groupe, un italien nostalgique de Mussolini qui déclarait récemment : « chers homosexuels, vous n’êtes pas normaux. Il faut s’en remettre ! La normalité, c’est l’hétérosexualité. Mais si tout vous semble normal, c’est à cause des intrigues du lobby gay international qui a banni des termes qui, il y a quelques années encore, figuraient dans nos dictionnaires : pédéraste, folle, inverti, tapette, emmanché, fiotte, tafiole, lopette, tarlouze, sodomite — qui sont aujourd’hui susceptibles de vous faire passer devant un tribunal ». 

Avec cette alliance bien naturelle, le RN-FN renoue avec son passé, et c’est toute l’opération de dédiabolisation RN orchestrée ces dernières années qui tombe à l’eau. Il nous reste à combattre encore et encore les idées nauséabondes, y compris dans nos rangs. Faire de la pédagogie, démontrer les mensonges permanents de ce parti de haine. Pour, comme dit le slogan de l’affiche, avoir « - de nazis ». Pour ce qui est des zizis par contre, on vous fait confiance ! Excellent été à tou.te.s.

Franck Desbordes, directeur de la publication

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