Comme chaque année lors du 17 mai, journée internationale de lutte contre les LGBTphobies, SOS homophobie et le ministère de l’Intérieur ont publié leurs chiffres des actes ou crimes et délits LGBTphobes de l’année précédente. Au-delà des chiffres forcément sous-estimés, SOS homophobie dénonce un climat inquiétant.
Julia Torlet tire la sonnette d’alarme. Alors qu’elle reçoit la presse à l’occasion de la parution du rapport annuel de SOS homophobie, la toute nouvelle présidente de l’association ne cache pas son inquiétude. Et si le rapport porte sur les chiffres de 2023, Julia Torlet parle bien de 2024 : « C’est une année extrêmement inquiétante et ce sont les tendances qui nous préoccupent particulièrement. On a l’impression que les braises des LGBTI-phobies sont allumées et que le feu est prêt à prendre », déclare-t-elle. « Ce ne sont pas les chiffres qui nous inquiètent le plus, ce sont les tendances », insiste la militante. Ces tendances, elle en cite trois : « les violences, voire l’hyperviolence exercées en grande majorité contre des hommes cis gays ou bis » ; « L’invisibilité des lesbiennes et des personnes bies », qui se retrouve notamment dans le faible nombre de témoignages de lesbiennes recueillis par l’association ; et enfin la « vague de transphobie actuelle », qui s'explique selon elle par un « repli conservateur sur la question du genre ».
En 2023, SOS homophobie a recueilli 2085 témoignages, qui décrivent 2377 actes de LGBTphobies (un même témoignage pouvant regrouper plusieurs actes). L’année précédente, l’association avait rapporté un chiffre de 1506 témoignages. La méthodologie de recueil des témoignages ayant changé entre les deux, il est difficile d’en conclure à une augmentation. Il n’en reste pas moins, comme le souligne le rapport, que 2377 cas de LGBT-phobies, ce sont « 2377 cas de trop ». Près de la moitié des cas (45%) sont des faits de gayphobie, 11% de lesbophobie et 21% de transphobie. La source la plus commune de ces LGBTphobie est en ligne (23% des faits), devant les commerces/services (11%) et les lieux publics (10%). Parmi les 2377 actes rapportés, 266 sont des agressions physiques, qui ont touché à 67% des hommes cis.
Les chiffres du ministère de l’Intérieur
Comme tous les ans désormais, le ministère de l’Intérieur a également publié les chiffres des infractions touchant les personnes LGBT. 4 560 infractions anti-LGBT+ ont été enregistrées, principalement dans les communes de plus de 200 000 habitants et notamment à Paris. Parmi ces infractions, 2 870 s’apparentent à des crimes ou délits et 1 690 ont fait l’objet de contraventions.Les victimes de crimes et délits anti-LGBT+ sont majoritairement des hommes (72% en 2023) et les moins de 20 ans (49%). Les mis en cause sont aussi principalement des hommes et des jeunes (31% ont moins de 20 ans). Plus de 70% des victimes de crimes ou délits anti-LGBT+ enregistrés sont des hommes et 49% a moins de 30 ans, dont 7% ont moins de 15 ans. Par ailleurs, les mis en cause pour crimes ou délits anti-LGBT+ sont principalement des hommes (80%) et près de la moitié (49%) ont moins de 30 ans.
Le ministère rappelle qu’« une part importante de ces atteintes sont toutefois encore inconnues des services de police et de gendarmerie », avant d’ajouter que « Le dépôt de plainte est une démarche encore très peu effectuée par les victimes : environ 20% des victimes de menaces ou violences anti-LGBT+ et seulement 5% des victimes d’injures anti-LGBT+ déclarent avoir porté plainte en moyenne sur la période 2012-2018, selon l'enquête Cadre de vie et sécurité (Insee-ONDRP-SSMSI) ».
Photo: Pride 2024 à Paris. Xavier Héraud.