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Trois questions à Benoît Arnulf, président de la Fédération française des festivals de films LGBTQIA+

Xavier Héraud

Coordinateur des Ouvreurs, qui organise notamment le festival In&Out à Nice et Cannes, Benoît Arnulf est également le président de la toute nouvelle Fédération des festivals de films LGBTQIA+ en France. Il nous explique les raisons de la création et les objectifs de  cette nouvelle structure.

Strobo Mag : Comment s’est créée cette fédération

Benoît Arnulf : C’est un long processus, parce qu'à la différence des autres collectifs auxquels j'ai pu participer, c'est une fédération nationale, avec des opérateurs et opératrices, qui sont disséminées partout en France, donc le fait de se retrouver est vraiment une donnée assez complexe. Une première tentative avait été lancée par Saint-Etienne il y a une quinzaine d'années, et à laquelle on avait participé, mais elle avait échoué. Et donc, quand le festival Désir, Désirs, de Tours, qui est historiquement le plus vieux des festivals, a décidé de relancer l'idée, on était amusés, et en même temps, on s'est dit pourquoi pas. Je ne pense pas que ça ait été une demande expresse de la Dilcrah, mais je pense qu'il y a quand même eu, des échanges entre les gens de Tours et la Dilcrah. L'idée étant d'essayer de voir comment on pouvait fédérer un peu partout les différentes initiatives.

L'Assemblée Générale Constitutive de la Fédération a eu lieu à Grenoble en août dernier, mais ça faisait déjà deux étés qu'on se réunissait pour réfléchir à l'opportunité de faire quelque chose. Et à la différence de la première initiative qui a échoué, on a tout de suite voulu travailler sur la question de la constitution juridique, parce que c'est ce qui avait manqué la première fois, et c'est ce qui nous paraissait important. La constitution juridique, c'était aussi l'occasion pour nous ensuite de faire des demandes de financement.

Alors à quoi va servir cette fédération ? Quels sont les objectifs ? 

Ça a été beaucoup l'enjeu de savoir à quoi ça allait servir. Spontanément, quand tu réunis des organisatrices, des organisateurs de festivals, ils parlent cinéma et ils parlent esthétique. On s'est rendu compte que c'était pas du tout ce qu'on voulait faire. En tout cas, pas principalement ce qu'on voulait faire, parce qu'on s'est rendu compte que chacun, chaque membre était très différent. Il y a des néophytes, il y a des gens qui sont là depuis très longtemps, il y a des cinéphiles, il y a des militants, il y a, enfin, 15 structures qui organisent des festivals, une structure qui organise un ciné-club, trois structures sur Paris et puis ensuite le reste est disséminé partout en France, des festivals qui sont assez anciens comme les nôtres, dans des villes moyennes, des tout petits festivals qui débutent dans des petites villes, et deux gros festivals sur Paris et sur Lyon.

Donc, le premier intérêt, qui s'est dessiné, mais sur lequel on n'avait pas forcément l'intention, et maintenant c'est flagrant, c'est de révéler la diversité et la richesse des propositions qui sont faites sur le territoire. 

Ensuite, on s'est beaucoup questionné sur quel allait être effectivement le but. L'idée, c'est de reconnaître le travail accompli par ces structures, souvent bénévoles, qui œuvrent partout sur le territoire et durant toute l'année. Parce que chacun organise un festival, mais il y a aussi beaucoup de travail qui est fait sur, soit l'éducation à l'image, pour le public, soit pour animer le reste de l'année des moments de rencontres, des moments de mise en valeur du cinéma LGBTQIA+. Et donc notre idée, ce n'est pas tant de défendre le cinéma, mais c'est plutôt de rendre compte du travail des acteurices qui défendent le cinéma LGBTQIA+. On s'est rendu compte que les professionnels du cinéma, on est une nation qui est extrêmement structurée au niveau de l'industrie du cinéma, on défend le cinéma, on défend la cinéphilie, il y a une énorme décentralisation, il y a des salles de cinéma de partout, et on se rend compte que, au niveau LGBTQIA+,on a une spécificité. Quand on regarde, à part des pays anglo-saxons, à part le Canada et surtout les Etats-Unis, on va dire, il n'y a pas beaucoup de pays qui arrivent à dégainer plus. Alors nous on est 16, mais en fait il y a 5-6 autres festivals, soit qui n'ont pas réussi à prendre le train en marche, soit qui sont en train de se structurer et qui veulent intégrer la fédération. On espère arriver à plus d'une vingtaine de structures, mais il y en a un peu plus que ça en fait. On est sur un petit territoire et il y a plus de 20 festivals. C'est quand même énorme en termes de propositions. 

Donc l'idée principalement c'est de rendre compte de ça, mais surtout de nous faire connaître des deux mondes qui se croisent,  le monde culturel et le monde du cinéma. Le ministère de la Culture indépendamment du CNC, qui sont évidemment deux structures qui sont très liées, mais en même temps qui sont indépendantes. En tout cas le CNC est indépendant.

Et puis les distributeurs et les distributrices, parce qu'on s'est rendu compte qu'on travaille évidemment très directement et très facilement avec quelques distributeurs qui se sont spécialisés dans les questions qui nous concernent, dans les thématiques qui nous concernent. Il y a Outplay, il y Epicentre et il y a Optimale, qui sont finalement des portes d'entrée pour le territoire français, sur des films qui forcément vont nous intéresser, qui animent pour certains, des plateformes VOD. Il y a aussi de plus en plus des distributeurs, souvent indépendants, qui maintenant inscrivent à leurs catalogues des films qui nous concernent. Le très récent, par exemple, Une autre vie de la mienne, qui est un film polonais magnifique sur un parcours d'une personne trans dans la Pologne de la seconde moitié du XXème siècle, est porté par une structure qui s'appelle Ufo. Et des films comme ça, on en a plein qui sont proposés par des distributeurs et des distributrices qui sont moins dans nos circuits.

Donc notre idée, c'était vraiment de resserrer le maillage pour permettre tout simplement, à nos publics d'être plus facilement mis en relation avec les œuvres. Et donc, nous, on essaye d'être un acteur qui, sans mettre entre parenthèses la qualité, essaye au maximum, on va dire, d'optimiser la chaîne qui va de la réalisation d'un film à la distribution et la présentation en salle.

Faire un festival LGBT n’est jamais évident, surtout dans la durée. Comment se portent tous ces festivals en France? 

L'autre objectif de notre fédération c'est vraiment d'être un espace d'entraide et un espace de coordination pour qu'on puisse transmettre notre savoir faire. Il y a des festivals très flamboyants. On a deux têtes de pont, Paris avec Chéries Chéris et Ecrans mixtes à Lyon qui sont des festivals qui parce qu'ils sont extrêmement soutenus et extrêmement populaires dans leur représentation sont un peu hors cadre par rapport aux autres festivals, mais disons que notre idée c'est d'arriver aussi à trouver des outils qui permettent à toutes les propositions d’exister. L'idée n'est pas de d’homogénéiser et encore moins de d'homogénéiser au niveau artistique mais c'est aussi de pouvoir créer une chaîne de solidarité. Là, on a un festival qui s'appelle Regards sur Rennes qui est en train de se créer.

C'est la première édition, donc ils viennent d'intégrer la fédération et forcément ils ont des demandes sur comment se structurer, sur la relation aux distributeurs. Ils ont épluché les programmations des derniers festivals dans d'autres villes et ils ont des envies de présenter certains films. Donc l’idée, c’est de proposer un espace où très simplement les demandes de mise en relation, de partenariat, de partage de savoir-faire puissent être faites. Il faut savoir que cette structuration du cinéma elle est un peu complexe. Moi ça fait 16 ans que je travaille ces questions-là. Surtout sur un festival comme le nôtre qui a tendance à pouvoir toujours proposer des nouvelles choses ou des initiatives pour un peu surprendre notre public, eh bien ça demande quand même une petite technicité. 

On est quelques structures à avoir dans nos seins des gens qui ont travaillé dans le cinéma, qui ont travaillé en fait en périphérie de l'industrie du cinéma, donc qui ont en quelque sorte écumé ces questions, et il y a plein de gens qui sont juste cinéphiles et qui ont envie de se lancer sur une programmation simple, quelques films mis en avant et une animation. 

Donc tout ça ça nécessite quand même un petit peu de réflexion. Il y a certaines initiatives qui se sont cassées la gueule récemment parce que c'était trop ambitieux. On veut éviter ça et on veut apporter tout notre savoir faire donc c'est aussi une plateforme qu'on essaie de créer, une plateforme de compétences et surtout un endroit où on peut s'entraider. 

 

Les quinze membres actuels de la Fédération sont :

le festival Autre Regard à Mulhouse,

le festival Chérie-Chéris à Paris,

le festival Ciné Friendly à Rouen,

le festival Cinéffable à Paris,

le festival Cinémarges à Bordeaux,

le festival Désir…Désirs à Tours,

le festival Écrans Mixtes à Lyon,

le festival Et alors ?! à Perpignan,

le festival itinérant Focales dans les Landes,

les festivals In&Out Nice, In&Out Cannes, In&Out Toulon

le festival Rainbow Screen à Montpellier,

le festival Regards à Rennes,

le ciné-club Le 7e genre à Paris,

le festival Vues d’en Face à Grenoble,

le festival Ze Festival à Nice et Marseille,

 

D’autres structurent sont en cours d’intégration :

le festival Ciné Pride à Nantes,

le festival FémiGouin’Fest à Strasbourg,

le festival Mémoires minoritaires au cinéma à Marseille,

le festival Les Mains gauches à Marseille.

Photo: Latifa Lekhdar

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