Il est de ces personnages emblématiques de la nuit qui restent très discrets. Et pourtant, il produit les plus grosses soirées underground franciliennes : Monarch, Hole, Master Squat, Glory… rencontre avec Abel, le propriétaire du Liebe bar et développeur de parties où liberté rime avec libertaire.
Peux-tu te présenter ?
Avant de produire et organiser des soirées, j’ai eu plusieurs établissements dans le marais, à l’époque où c’était encore l’épicentre de la vie LGBT+, c’est dire si ça date... Dans mes restos, le vin était à volonté, on ne pourrait plus le faire aujourd’hui, j’imagine. Mais à l’époque ça cartonnait, c’étaient des lieux fréquentés par beaucoup d’habitués. On avait créé un lien social, un mix de queer et hétéro c’était un peu dingue mais on s’est bien marré !
Je sortais souvent après le service, mais je n’avais jamais pensé organiser des soirées : j’étais consommateur, pas encore acteur de la nuit. Mais j’avais déjà une idée précise sur les endroits où j’avais envie d’aller et ceux que j’évitais ! Dès qu’on a décidé avec mon associé de nous lancer dans l’orga de soirées, on savait exactement ce qu’on voulait, et ça a fonctionné tout de suite !
Tu produis, plein de soirées. Raconte-nous !
Nos soirées sont toutes différentes. La Monarch, qui aura 5 ans cette année, est une soirée libertaire, où tu dois rentrer looké (ou à poil, on n’est pas sectaire !) et où le line up tient une place importante dans la programmation. C’est un évènement qui a lieu une fois par mois et encore pas tous les mois, car cela demande beaucoup de préparation pour offrir un espace au format XXL : jusqu’à 3 000 participants, des shows bien chauds, un sound system au top des dernières technologies, des espaces safes, inclusifs, où le temps d’une nuit, chacun doit se sentir libre, sans jugement, sans photos ni vidéos. La prochaine Monarch aura lieu pour la Pride, ce sera encore un format innovant, dans un immense Warehouse avec 3 stages, dont une « pop » avec une star interplanétaire (surprise !) C’est nouveau pour nous, mais ça nous amuse énormément et je pense qu’on va parler pendant longtemps de cette soirée ! Et l'after officielle de la Monarch enchaînera quant à elle au Who's de 8h à 20h. C'est là que nous organisions jusqu'à peu la Glory, une soirée où tu pouvais venir en costume cravate avec ton amie Marie-Chantal pour boire un verre, et repartir en string/harnais avec ton plan cul ! Je trouve que ça manquait dans le marais et ça fonctionne plutôt bien.
La SQUAT est une soirée fétichiste, réservé aux initiés du BDSM, dans des endroits plus intimistes, on en organise 4 ou 5 par an. Et avec la Hole, on évolue dans une soirée techno Groove avec beaucoup d’habitués c’est très familial car on les a commencés le dimanche, et ça a créé un esprit Hole. Puis elle a lieu un samedi /mois maintenant car je suis une vieille dame et je n’arrive plus à travailler tous les dimanches ! Elle se déroule aux caves le chapelais, dans l’endroit même où est né Monarch… Et enfin Le Liebe qui est un bar techno mixte (gay/ queer/ hétéro) ouvert tous les jours de 17h à 6h avec des collectifs de DJ tous les soirs à partir de 22h (c’est justement au Liebe qu’on découvre des pépites de DJ pour toutes nos soirées). Il faut nous suivre sur les réseaux sociaux et sur shotgun pour être au courant des prochaines dates !
Peux-tu nous donner ton ressenti sur la nuit parisienne ?
Je n’aime pas trop les gens qui donnent leur avis sur la nuit parisienne. Surtout si c’est pour dire « c’était mieux avant », ça fait tellement vieux con ! La nuit parisienne évolue et s’adapte à son époque, ce qui fonctionne aujourd’hui n’aurait pas marché y a 10 ou 20 ans. Et inversement.
Moi je sortais pas mal dans des lieux comme le Boys, le Queen, les Bains… des endroits mythiques qui ont disparu aujourd’hui mais tout le monde s’en souvient, même ceux qui n’étaient pas encore né en ont entendu parlé.
Ces endroits étaient au sommet à leur époque, mais aujourd’hui on les jugerait trop bling bling, pas inclusifs, discriminants (on ne savait jamais si on pourrait rentrer, ni pourquoi on se faisait refouler !). Je ne suis pas nostalgique de cette époque, même si j’en ai bien profité et j’en garde de super souvenirs.
J’aurai sans doute aimé à mon époque avoir des lieux sans prise de tête, où on vient comme on est, avec ses potes ou seul, où tout est possible en termes de rencontre, sexe ou pas sexe, un lieu comme Glory au Who’s par exemple.
Quel est pour toi le cocktail le plus efficace pour qu’une soirée se démarque des autres et reste toujours au top chez les clubbers ?
Si j’avais la recette, je serais le roi de la nuit ! Ce ne sont pas les orgas qui font et défont les soirées, ce sont les clubbers. Plutôt que de courir après les tendances, les modes, on a décidé avec notre collectif d’organiser les soirées dans lesquelles on aimerait aller.
C’est comme quand tu offres un cadeau à quelqu’un que tu ne connais pas : n’essaie pas de deviner ce qui va lui plaire, offre-lui plutôt un cadeau que tu aimerais recevoir, tu auras plus de chance de lui faire plaisir ! Nos soirées en sont l’expression.
Dernière Monarch de la saison : le 19 juillet au Châlet du Lac