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Brussels Pride, un week-end festif et militant

Franck Desbordes

Pour cette édition 2024 de la Pride, la Brussels Pride en collaboration avec visit.brussels*, European LGBT Travel Alliance, et ELMA (the European LGBTQIA+  media association) avaient organisé le jeudi qui précédait la marche une journée de conférences auxquelles Strobo mag était chaleureusement invité. Puis le vendredi 17 mai, quelques moments forts nous étaient proposés dont une remise de médaille à celui qui fut le premier à organiser, contre vents et marées, les premières Pride à Bruxelles. Enfin, le samedi fut l’apothéose avec la Pride et des soirées devant les établissements jusque tard dans la nuit. Mais au-delà de ces quelques rendez-vous passionnants et divertissants, c’est bien l’ancrage de la ville de Bruxelles dans des valeurs humanistes fortes qui s’est dégagé de ces quelques jours de bonheur, passés aux côtés de belles personnes, que nous avons fortement ressenti. Retour sur un week-end politique, humaniste, et festif.

Jeudi, jour des conférences et des premières rencontres

À peine les valises posées à l’hôtel, direction la conférence « Meaning of Prides » se tenant dans les locaux de visit.brussels rue Royale, l’occasion de traverser deux grands parcs magnifiquement arborés en pleine ville et passer devant moult monuments aux architectures splendides 
dont la visite nécessiterait certainement plusieurs week-ends. 
La première conférence portait sur les sujets suivants : « Organiser des Prides dans les pays qui connaissent une régression des droits des LGBTQ+ » et « Fiertés en danger dans certains pays ». Pour cette table ronde, des activistes serbes, hongrois, géorgiens et grecs avaient été conviés à prendre la parole. A part la Grèce, des pays où il est donc particulièrement difficile de vivre pleinement son homosexualité ou son identité de genre. 
Mariam Rigvava qui vit à Tbilissi en Géorgie nous informait sur le fait qu’une loi « anti-propagande LGBT », calquée sur le modèle russe, était actuellement en débat dans son pays. Cette dernière empêcherait les personnes LGBT de tourner dans des films, d’écrire des livres portant sur les sujets LGBT ou de manifester, et donc d’organiser des Prides. Bien que confiante sur le sort de cette loi qui ne devrait pas passer, Miriam nous a expliqué qu’il s’agissait en fait d’une manœuvre du pouvoir en place pour remporter les élections en s’appuyant sur des valeurs ultra-conservatrices. 
Une autre loi, celle portant sur la soi-disante « influence étrangère », prévoit de bannir tout ce qui pourrait être interprété comme l’importation de valeurs libérales provenant de l’Europe et des États-Unis, il ne serait donc plus possible d’organiser des Prides, de vivre son homosexualité et de l’afficher. Et au-delà des questions de libertés individuelles, cette loi vise à faire taire les oppositions et ferait basculer le pays dans un autre type de régime. Mariam nous a livré un témoignage fort, qui nous a fait peur et nous a fortement émus. [ Entre temps, malgré le veto du Président géorgien, cette loi sur « l’influence étrangère » a définitivement été adoptée. La communauté LGBT géorgienne se retrouve donc condamnée au silence ]. 
Pour la Serbie, Marko Mihailovic qui vit à Bergrade, nous a fait état de la situation politique dans son pays, nous rappelant que l’homosexualité y est utilisée comme instrument politique pour combattre les personnes LGBTQ, et que depuis l’Eurovision, pendant laquelle le candidat non-binaire suisse a remporté le concours, les choses ont énormément empiré. Plein de charme, Marko nous a lancé à la fin de son intervention un « qui veut m’épouser pour que je puisse fuir mon pays ? » avec beaucoup d’humour, car il s’agissait d’une plaisanterie bien sûr, destinée à nous faire comprendre la dureté de la vie quand on est une personne LGBTQ en Serbie. Une boutade vite chassée par un militantisme qui force le respect.
Viktoria Radvanyi habitant à Budapest en Hongrie, nous a rappelé quant à elle le climat politique dans son pays, avec la répression des personnes LGBTQ, la régression de leurs droits et au-delà, de l’ensemble de la démocratie. Viktoria nous a appris aussi que dans son pays, il n’y avait pas de liberté de la presse, pas de médias indépendants, et beaucoup de propagande gouvernementale. 
Enfin, Lio Emmanouil, originaire de Thessalonique en Grèce et membre du comité organisateur pour la tenue de l’Europride dans son pays, nous a relaté une histoire récente d’agression homophobe sur une place de la ville. Spontanément, 100 personnes LGBTQ ou hétéros alliées se sont mobilisées le soir même. Le lendemain, elles étaient plus de 8 000 au même endroit pour défendre la communauté LGBTQ et la liberté d’aimer. Ce dernier témoignage était évidement moins grave que les trois premiers, mais il démontrait l’efficacité de nos mobilisations. 
Un autre sujet a été proposé ensuite par l’animateur de cette table ronde, Alan De Bruyn : « Pride festive ou Pride militante ? » Il en est ressorti que même dans les pays où il est interdit de faire des Prides, il n’est pas possible d’empêcher les concerts et les fêtes, durant lesquelles les artistes ne se gênent pas pour utiliser des codes et des références que le public comprend parfaitement pour ainsi détourner les interdictions officielles. Et de donner le conseil que la célébration des amours se fait forcément dans la fête, et avec le militantisme nécessaire pour faire avancer les droits.

Cette première conférence fut à la fois passionnante, fortement émouvante, et pleine de belles valeurs, nous rappelant que la démocratie, tout comme les droits des personnes LGBTQ+, ne sont jamais acquis. Il faut pour les garder se battre chaque jour. Un message qui résonnait fort quelques semaines avant les élections européennes.

De l'intérêt des Prides
La seconde conférence « Impact Pride sur la vie quotidienne » réunissait Giannis Papagiannopoulos, Président de ELMA (European  LGBTQIA+ Media Association), Javier Leonor, expert pour Accenture dans l’inclusivité et la diversité en entreprise aux Pays-Bas, Alfonso Liopart, Président de Shangay magazine à Madrid en Espagne, et Miles Rutendo Tanhira, représentant Transgender Europe et basé en Allemagne. 
Elle visait à démontrer comment les Prides provoquent des conséquences intéressantes sur le monde de l’entreprise et influent sur la vie courante. En partant d’un constat original : « une Pride où l’on ne peut pas danser n’est pas une Pride » (merci mille fois pour ce message dont beaucoup devraient s’inspirer en France !) et démontrant à travers ces quatre témoignages que les Prides ont un impact à tous les échelons de la société, à la télévision, dans les familles, au travail, etc. Avec un exemple néerlandais où dans certaines entreprises, les salarié.e.s qui le souhaitent peuvent arborer un badge aux couleurs du drapeau LGBTQ, à la fois pour affirmer leur identité mais aussi pour tous ceux.celles qui n’osent pas le faire dans l’entreprise et qui par cette action se sentent moins isolé.e.s, et bien sûr vers lesquel.le.s ils, elles et iel.le.s peuvent s’adresser en cas de besoin. Une initiative qui provoque aussi des réactions très positives auprès des salarié.e.s hétérosexuel.le.s qui n’hésitent pas à se renseigner sur comment être inclusif et non stigmatisant. Miles a rappelé aussi que l’on ne peut pas vivre et travailler en silo, tout finit par se diffuser, il faut donc accompagner au mieux cette diffusion. Enfin, Giannis nous a expliqué la nécessité de l’intersectionnalité, tout simplement parce que « les droits humains sont un bloc ». 
Pour conclure, Dianka Songo, porte-parole de RainbowHouse et animatrice de cette dernière conférence, nous a donné rendez-vous sur la Grand Place de Bruxelles pour la « mini-Pride », avant un arrêt pour un discours à l’Hôtel-de-Ville. Une mini-Pride ? Allons voir ! 

Un petit quart d’heure de marche à travers la ville à l’heure de l’apéro et la traversée d’un ancien « petit village » qui a gardé tout son caractère, et nous voici arrivés au premier étage de l’Hôtel-de-Ville. Après une série de discours et la remise officielle à la représentante de l’Unesco d’un dossier de candidature de Rainbow House Brussels pour la reconnaissance du patrimoine LBGTQ+ bruxellois, le GO de ce week-end de Pride était lancé. 

Le temps de faire de nouvelles connaissances avec le groupe bien sympathique des sneakers fetish belges : BExneax, et la très adorable Miss Bear Belgium 2023, et nous étions tous invités à nous joindre à la Mini Pride : une marche avec drapeau géant, tambours et batucada, dans le quartier Saint-Jacques avec un passage devant le Manneken-Pis revêtu pour l’occasion d’un costume de circonstance. De la musique, de la fête et des passants à la fois surpris et bienveillants.

Le soir venu, retour dans les locaux de visit.brussels où nous allions déguster « les meilleurs croquettes de Belgique ». Champagne, croquettes crevettes, croquettes fromages et gaufrittes (il n’y a pas d’erreurs d’orthographe) … Après quelques échanges avec des Bruxellois.e.s avec qui nous avons bien ri, et avec le ventre bien rempli, il est temps de rentrer à l’hôtel pour déposer les affaires et ensuite visiter Bruxelles pour repérer les bâtiments illuminés aux couleurs du drapeau LGBTQ+. C’est beau, ce sont des bâtiments immenses, publics et privés, il n’y a pas comme en France des discussions interminables pour savoir si c’est du pinkwashing ou pas, les entreprises affichent leurs valeurs et à cette échelle (forcément très coûteuse), c’est beau, c’est respectable et ça fait du bien.
Vendredi, une journée plus officielle

Le vendredi fut un peu plus professionnel pour Strobo, avec des rencontres fort intéressantes et constructives pour l’avenir. Et donc, hélas, pas de temps pour les expos alors que la Brussels Card qui nous a été fournie nous permettait non seulement de voyager sans limite pendant trois jours, mais aussi de visiter tous les musées et expos récurrentes. Tant pis, nous reviendrons (à coup sûr !)
En fin de journée, nous avons été invités à la cérémonie de remise de la médaille de citoyen d’honneur de la ville de Bruxelles à Chille Deman, en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle en tant que co-fondateur et leader de la Belgian Lesbian and Gay Pride de 1995 à 2016. La cérémonie se tenait dans la salle du Conseil de Bruxelles avec le bourgmestre (le maire) Philippe Close et ses échevins (ses adjoints). Un moment fort et émouvant.
Il était temps de rentrer à l’hôtel et se reposer après deux jours très intenses, et avant la journée de Pride le samedi.
Nous gardons un excellent souvenir de ce week-end de fiertés à Bruxelles.
Bon, on ne va pas se mentir, il faisait gris, il y avait de gros nuages menaçants… Ça, c’est pour la météo. Mais dans la tête et le cœur des gens, il ne faisait pas gris du tout. Le temps était à la fête et à la célébration de l’amour et de la liberté d’aimer. 
Et puis, ce qui nous a fait énormément de bien à Bruxelles, c’est de voir dans les institutions, dans les associations, dans la rue et dans les bars une mixité qui est très bien vécue et très réussie. En ces temps difficiles en France où l’extrême-droite atteint des scores effrayants, cette diversité de toutes les origines nous a vraiment fait chaud au cœur.

Pour rappel, la Pride de Bruxelles se déroule habituellement en mai. Mais il y a mille autres choses à vivre à Bruxelles, tout au long de l’année ! Nous reviendrons régulièrement sur l’actualité bruxelloise dans nos pages dans les prochains numéros.  

* Toutes les infos ici.

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