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SOS Homophobie a 30 ans : l'histoire d'une association devenue incontournable

Xavier Héraud

SOS homophobie fête cette année ses 30 ans. Pour l’occasion, l’association édite un petit livre passionnant qui raconte son histoire. On vous en résume les grandes étapes.

30 ans, ça vaut bien un livre. Alors qu’elle entame sa quatrième décennie d’existence, l’association SOS homophobie se penche sur son parcours, avec la publication d’un livre : intitulé SOS homophobie - 30 ans de combats : une histoire, écrit par Sylvie Schweitzer, historienne, professeure émérite à l’Université Lyon II, et Julia Torlet, enseignante et autrice, toutes deux membres de l’association. (Au moment où nous bouclons, on apprend que cette dernière est devenue présidente de l’association).

A l’origine de SOS homophobie, il y a un groupe créé en 1992 par le militant de la Ligue Communiste Révolutionnaire Jean-Louis Touton, avec une vingtaine de camarades, la Fraction Armée Rose (FAR). Deux ans plus tard, il est décidé de passer à la vitesse supérieure. Avec quelques militants venus d’Homosexualité et Socialisme et d’Act Up-Paris, le groupe prend le nom de SOS homophobie, sur le modèle de SOS Racisme. Car ces militants dressent un constat : l’homophobie est invisible en France, alors qu’elle est bien réelle. Laurent Mulheisen, qui en fut le premier président, se souvient : « à Paris on pouvait avoir l’impression qu’être homosexuel ne posait pas de problème majeur (...) Avec le sida, la question de l’homosexualité s’est posée différemment : quand les gens qui fréquentaient le ghetto rentraient chez eux, malades, il y avait des signes visibles et tragiques de cet état. C’est un peu en discutant avec Jean-Louis Touton et quelques autres personnes de la maison des homosexualités, et aussi Sophie Sensier, qu’on s’est dit qu’une ligné dédiée à la violence, à l’intolérance, à l’homophobie permettrait de faire un état des lieux de ces violences-là ». Une ligne d’écoute est donc lancée. Les militants se forment auprès de Sida info service et Drogues info service. Initialement, la ligne est ouverte deux heures par soir et deux soirs par semaine. 

L’incontournable Rapport annuel

Pour que les données et les témoignages recueillis soient utiles, SOS homophobie publie en 1997 un premier Rapport annuel. Il présente l’association et livre un compte-rendu des appels reçus sur la ligne d’écoute, avec une analyse sociologique des appelants. Le rapport devient un rendez-vous annuel et petit à petit les comptes-rendus et analyses d’écoute prennent une place centrale. Même si ce rapport n’a pas de valeur scientifique, car les faits décrits le sont uniquement sur du déclaratif, il permet néanmoins de dresser un état des lieux annuel de l’homophobie. Ainsi, le rapport note-t-il une explosion des signalements suite aux débats autour du mariage pour tous en 2012 et surtout 2013. 

Au fil du temps, les troupes grossissent, le budget aussi. L’association trouve sa devise, autour de laquelle vont s’articuler toutes les activités : soutenir, prévenir, militer. La mixité, en revanche, présente un défi que l’association n’a jamais vraiment résolu. Dès le début, les hommes sont très majoritaires. A son arrivée à la présidence en 1998, Christine Le Doaré tente de rééquilibrer la balance et de développer — non sans résistances internes — une culture de mixité dans l’association. Le livre de SOS homophobe liste d’ailleurs tous les conseils d’administration avec le nom des  femmes mis en gras. Cela permet de constater que les femmes n’ont été majoritaires au CA qu’une seule fois. 

2004, un tournant

L’année 2004, dix années après la création de l’association, marque un tournant. L’association reçoit l’agrément de l’Education Nationale pour intervenir dans les établissements scolaires des académies de Versailles, Paris et Créteil. L’agrément devient national par la suite. C’est le début des « IMS » (Interventions en milieu scolaire), qui sont aujourd’hui encore l’un des piliers de l’association. Chaque année, les militants interviennent dans plus d’un millier de classes réparties dans toute la France. 

En 2004, SOS homophobie publie ensuite son Guide pratique contre les LGBT-Phobies, qui sera réédité en, 2011, 2018 et 2022. Enfin, c’est cette année-là qu’ouvre la première délégation territoriale, en Normandie. D’autres suivent rapidement. La multiplication des antennes régionales fait bondir le nombre de militants actifs… et aussi les besoins en formation interne. L’association en compte aujourd’hui 17. 

Dix années plus tard, en 2014, SOS compte 1150 adhérents et 400 actifs. Le pic est atteint en 2019 avec plus de 1600 adhérents. En 2024 il est d’environ 1200 adhérents avec près de la moitié de membres actifs. Le budget avoisine désormais les 400 000 euros annuels. SOS est devenu une « grosse » structure. Citée par les autrices du livre, l’ancienne présidente Elizabeth Ronzier qualifie d'ailleurs cette réussite de « petit miracle ». 

SOS homophobie ne s’en retrouve pas moins confrontée, comme la plupart des associations, au départ de militant.es et à l’arrivée d’autres, qui n’ont pas forcément la même vision que celles et ceux qui sont encore là. Comme le note le livre, le vote de la loi dite du mariage pour tous marque un renouvellement dans les forces militantes de l’association. Un certain nombre de militant.es s'en vont avec le sentiment du devoir accompli, tandis que d’autres rejoignent les rangs, portés par les débats du mariage pour tous, avec une forte envie davantage de militer que d’être dans l’aide aux victimes. Mais l’association tient bon. Peut-être parce que son action se veut toujours ancrée dans le réel. 

En trente années, la loi a considérablement évolué pour les personnes LGBT. Pacs, Mariage, PMA, amélioration des conditions de changement d’état civil pour les personnes trans…. SOS homophobie a été de toutes les batailles. C’est indéniable, l’homosexualité aujourd’hui bien mieux acceptée qu’aux débuts de l’association. « Et pourtant, pointent les autrices du livre, la ligne d’écoute de l’association ne désemplit pas et le Rapport annuel ne peut continuer que d’égrener l’interminable liste d’actes et de postures grossièrement LGBTQIAphobes. » Comme le rappellent tous les ans les responsables du Rapport annuel, cette persistance des actes LGBTphobes signalés ne signifie pas forcément qu’ils augmentent, elle peut aussi être le signe d’une libération de la parole. Il n’empêche. Ces actes restent nombreux, surtout quand on sait que ce dont rend compte SOS homophobie n’est que la partie émergée de l’iceberg. Cet anniversaire est donc l’occasion de rappeler qu’on a toujours besoin de l’association.

Photo : Xavier Héraud

Cet article a été publié dans Strobo mag n°31

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