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Et si vous vous faisiez dépister sur un stand de prévention ?

Vous les voyez régulièrement lors d’événements LGBT. Mais comment fonctionnent les stands de dépistage et de prévention? Quel est leur objectif ? On fait le point.

Une table, où sont posés des brochures et des livrets, souvent des goodies. Une ou deux personnes derrière. Des passants ou des fêtards, qui parfois s’arrêtent pour regarder ou pour discuter, d’autres qui n’osent pas. Les stands de prévention et de dépistage font maintenant partie du paysage lors de grands événements LGBT, comme les prides, certaines soirées clubbing ou dans des lieux de sexe comme les saunas gays. 

Bien sûr on peut s’informer et se faire dépister dans les Cegidd ou en demandant une prescription à son médecin traitant. Mais pour cela il faut se déplacer et/ou éventuellement prendre rendez-vous, alors que les stands de prévention viennent en quelque sorte à vous lorsque vous êtes sur un lieu de fête ou de plaisir. 

Nous avons voulu en savoir un peu plus sur les coulisses de ces dispositifs, proposés par des associations comme Aremedia, Aides ou l’Enipse et soutenus par Santé Publique France via Sexosafe. 

Bruno Delangre intervient pour Sexosafe sur des dispositifs d’information et de TROD (pour Tests rapides d’orientation diagnostique), c’est-à-dire de dépistage rapide, effectué par un intervenant communautaire. Après un court entretien, une petite piqûre sur un doigt est effectuée et permet de dépister VIH et hépatites B et C. Les résultats sont disponibles en quelques minutes. « Il faut que nous fassions un maximum de TROD pour que l’on réduise au maximum le nombre de personnes qui ne connaissent pas leur statut sérologique et qui se transmettent aussi des IST sans le savoir », explique-t-il. Mais le dépistage n’est pas le seul objectif de ce genre de dispositif. « On informe sur la PrEP. On s’assure que le maximum de personnes qui sont gay/HSH* et qui ont des rapports sexuels réguliers aillent soient informés sur les différents shémas de prise de la PrEP et sur le dépistage régulier des IST », indique Bruno Delangre. 

Hôpital hors les murs

Winer Ramirez tient régulièrement des stands au Sun City, le vendredi soir à Paris pour l’association Aremedia. Le dispositif est un peu différent. Il s’agit là de ce qu’on appelle « hôpital hors les murs ».  « Ce que l’on vise, c’est vraiment à proposer une offre de dépistage qui est beaucoup plus large que le TROD, parce que nous faisons un dépistage complet pour toutes les infections, sexuellement transmissibles, qu’elles soient virales ou bactériologiques. » Sont donc dépistés le VIH, les hépatites A, B et C, le gonocoque, la syphilis et les chlamydiae. Dans des espaces séparés, ceux qui le désirent peuvent avoir accès à une consultation avec un médecin. En moyenne, affirme Winer Ramirez, entre 12 et 15 personnes se font dépister chaque soirée. 

Contrairement aux TROD, où il faut attendre une quinzaine de minutes pour avoir les résultats, ces derniers sont communiqués par SMS et par téléphone quelques jours plus tard. « En respectant, bien évidemment, l’anonymat des gens, parce qu’on fait ça en toute confidentialité. Des identifiants sont préparés en amont, donc ça permet aux gens de garder leur anonymat », précise Winer Ramirez. 

Pour le militant, un dispositif comme celui du Sun City permet de toucher un public qui n’est pas forcément dans les circuits communautaires gays habituels. « Quand je suis un peu au placard, quand je ne vis pas ma sexualité de manière ouverte, il faut quand même que je me protège, il faut quand même que j’aie des informations. Et notre présence là est fondamentale dans ce sens-là », dit le chargé de projet pour Aremedia. 

Les stands permettent de répondre aux questions. Lors de ses interventions, Bruno Delangre constate qu’il a souvent des questions sur les modes de contaminations du VIH, en particulier chez les 18-25 ans et sur les temps d’incubation du VIH et des IST.  Il note aussi beaucoup de questions aussi sur la PreP, de profils très différents : « certaines personnes qui, soit sont en couple et ne veulent pas que leur partenaire sache qu’ils prennent la PrEP, soit des personnes qui sont pas forcément en couple ou qui ne sont pas out et qui vivent encore chez leurs parents ou qui ne peuvent pas forcément prendre de médicaments comme ça tous les jours sans qu’on leur pose des questions. »

De son côté, Winer Ramirez indique avoir affaire à « des questions qui vont dans tous les sens, qui ne sont pas seulement liées aux infections sexuelles, mais qui sont liées aussi à la réduction des risques, à des consommations, au chemsex. Il y a aussi des questions sur l’aspect social comme « j’ai un ami qui a fui son pays parce qu’il est homosexuel, il ne sait pas où il s’adresser pour faire un test, ou demander l’asile» ». « Donc on permet, d’être aussi un centre qui permet d’orienter les gens vers des associations partenaires », conclut le chargé de projet.  

Joindre l’utile à l’agréable

Alors où trouver ce type d’actions ? Pour les hommes gays et bis, Aremedia intervient principalement à Paris au Sun City et IDM (une fois par mois pour ce dernier). L’Enipse intervient notamment dans les villes de  Bordeaux, Lyon, Marseille, Montpellier, Nice, Paris, Rennes, Rouen et Toulouse. Aides intervient également dans de très nombreuses villes. Pour trouver une action, rendez vous sur les sites des associations concernées (liens en fin d’article).  

Au final, on le voit, ce type de dépistage présente plusieurs intérêts. Tout d’abord, se rendre sur un stand de prévention permet de parler à une personne formée qui pourra répondre à toutes vos questions (il n’y a pas de question idiote !) sur la prévention, mais aussi sur la santé sexuelle en général. Ou si vous n’avez pas de question, vous pourrez peut-être vérifier que vous avez toutes les bonnes infos. Et ensuite bien sûr, vous pouvez en profiter pour vous faire dépister, car se faire dépister, c’est être sûr de ne rien avoir ou pouvoir prendre rapidement un traitement en cas de nouvelle infection pour protéger sa santé et ne pas la transmettre à ses partenaires. Si vous avez une vie sexuelle très active, Santé publique France recommande un dépistage complet tous les trois mois. Vous pouvez donc passer un bon moment dans une soirée, un sauna ou dans une pride et prendre quelques minutes pour prendre soin de vous et, ce faisant, prendre soin de vos partenaires. C’est ce qu’on appelle joindre l’utile à l’agréable ! 

Journaliste : Xavier Héraud

 

https://aides.org

https://www.enipse.fr/

https://aremedia.org/

https://www.sexosafe.fr/

 

* HSH : hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes

 


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