Cinéma Queer/Gregg Araki, le génie queer
De sa trilogie culte (Totally F***ed up, The Doom generation et Nowhere) à sa série Now Apocalypse, Gregg Araki s’est toujours affranchi des normes que celles-ci soient génériques, formelles ou sexuelles. Créateur d’une œuvre protéiforme, puisant ses influences dans la culture pop et le cinéma d’avant-garde, il redéfinit la question de l’identité à travers des personnages libérés du carcan d’une société conservatrice qui exclut les individus LGBTQIA+.
Capable de passer, au sein d’un même film, du drame adolescent à la science-fiction apocalyptique, à la fois disciple de Jean-Luc Godard et de David Lynch, Gregg Araki s’est toujours réinventé. Que ce soit comme icône du new queer cinema ou en tant qu’artisan de la fiction télévisuelle mainstream, le réalisateur de Kaboom explore ses thèmes, en affichant un profond attachement pour les marginaux et les laissés-pour-compte du rêve américain.
Portrait d’un cinéaste inclassable, Gregg Araki, le génie queer interroge l’évolution des représentations des minorités sexuelles et de genres au sein d’une industrie cinématographique qui, bien qu’en apparence plus inclusive, nie pourtant leur singularité.
Gregg Araki, le génie queer, de Fabien Demangeot, Editions Playlist Society. 144 p., 17€
BD Gay/Rivages lointains
1938, Chicago. Jules, un jeune immigré italien de 17 ans, vit de petits boulots jusqu’au jour où Adam Czar, un ponte de la mafia locale, séduit par son culot, lui propose de travailler pour le milieu en récupérant le pizzo payé par les commerçants en échange de leur protection. Attiré par l’argent facile et les beaux costumes, Jules accepte et s’intègre vite grâce à son bagout. Parallèlement, les deux hommes entretiennent dans le plus grand secret une relation amoureuse, situation particulièrement mal vue dans le milieu. Jules prend alors de plus en plus d’assurance, jusqu’au moment où une guerre entre familles les pousse à rejoindre New York. Grâce à ses origines italiennes, il intègre une des familles iqui détient le pouvoir à la Grosse Pomme, pendant qu'Adam, d›origine polonaise, doit se contenter d'être un simple associé... Jules prête serment et devient alors un homme influent à son tour, attisant les tensions entre les deux hommes. Il croise sur sa route Eufrasio, un mafieux impulsif qui l’entraîne dans un jeu devenu incontrôlable et dangereux, surtout lorsque les Fédéraux commencent à s’intéresser de près à leurs affaires...
Rivages Lointains de Anaïs Flogny, Edition Dargaud, 240 p. 19€
Roman lesbien/Le futur de Naomi Alderman
La fin des années 2020 approche et, entre cyberscience décadente, inte-ligence artificielle omniprésente et crise climatique plus qu'alarmante, la Terre continue de dérailler. Seuls les trois plus grands milliardaires du monde restent sereins. Lenk, Zimri et Ellen ont fait fortune dans la Silicon Valley et, bien que rivaux, ils ont tout prévu ensemble pour survivre si un jour l’humanité venait à s’effondrer.
Or ce jour semble être arrivé. Mais c’est compter sans une jeune influenceuse, Lai Zhen, ancienne réfugiée hongkongaise, qui mène l’enquête sur les plans secrets des ultrariches. Alliée à un groupe d’idéalistes aussi exubérants que remontés, elle se met à rêver à un avenir où les technologies serviraient des causes plus nobles que celles de nous isoler, lobotomiser et forcer à consommer toujours plus. Mais comment reprendre le contrôle du futur ?
Entre références bibliques et indigènes, poursuites infernales et course contre la montre, Le Futur se lit comme un jeu de survie palpitant où la trahison plane à chaque instant. Avec son style dynamique, Naomi Alderman signe une allégorie explosive des dérives technologiques et nous balade aux quatre coins du monde pour mieux saisir l’état de nos sociétés qui se déshumanisent à toute allure.
Le futur de Naomi Aldreman, Edition Gallimard, 580 p. 24€
Essai assexualité/La chair est triste hélas
Ce livre est la confession intime d’une femme qui a décidé de ne plus avoir de relations sexuelles. Au fil des pages, écrites dans un souffle, et dont chaque ligne porte le poids d’une colère long-temps contenue, elle raconte ce jour où elle n’a plus été capable de partager son lit avec qui que ce soit.
Entre lassitude face à la répétition des mêmes scénarios érotiques et refus général de céder aux injonctions faites aux femmes, la narratrice s’octroie alors le droit de se tenir désormais éloignée de la sexualité.
Une étape qui l’amène à revisiter certaines anecdotes marquantes de son existence, bouleversant le regard qu’elle porte aujourd’hui sur son parcours de femme, mais aussi sur les relations sociales formatées par une culture hétérocentrée.
Un texte sans concession, toujours sincère et poignant, qui n’épargne ni les hommes ni les femmes, ni l’autrice elle-même, et ne laisse personne indifférent.
La chair est triste hélas, de Ovidie, Editions Points, 128 p. 6,90€