La chaîne Histoire diffuse le 17 mai prochain « une Histoire trans: 60 ans de combat pour exister », réalisé par Pascal Petit. Un documentaire à destination du grand public, mais utile pour toutes et tous, sur un sujet trop rarement traité.
Si l’histoire de la communauté trans est quelque fois racontée dans le cadre global d’une histoire des communautés LGBT, elle fait rarement l’objet d’un livre ou d’un documentaire à part entière. Une histoire trans, de Pascal Petit (également réalisateur du documentaire Sida : des années sombres aux premières victoires, 2023), diffusé le 17 mai sur la chaîne Histoire, vient combler ce manque.
Le documentaire fait la part belle aux témoignages des personnes concernées. Outre quelques simples témoins, dont l’icône Marie-Pierre Pruvot, alias Bambi, on peut citer des militant.es comme Tom Reucher ou Giovanna Rincon, des universitaires trans comme Karine Espineira ou Emmanuel Beaubatie, ou encore Marie Cau, première femme trans élue maire en France et Olivia Chaumont première femme à appartenir à une loge du Grand Orient de France après sa transition. Quelques personnalités non-trans comme l’animatrice Mireille Dumas, le sociologue Arnaud Alessandrin ou l’ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot interviennent également.
L’ensemble dessine une histoire des personnes trans et de leurs combats pour la reconnaissance et des droits ces 60 dernières années. Une histoire qui commence par un ressenti intime: celui de ne pas être en adéquation avec le genre qui vous a été attribué à la naissance. Et qui se poursuit avec une lutte incessante pour se faire respecter, pour pouvoir changer son état civil, pour être heureux.se tout simplement. Même si les personnes trans ont toujours existé, comme le rappelle le documentaire, l’histoire trans commence véritablement grâce aux progrès de la médecine et de l’endocrinologie, avec la peintre danoise Lili Elbe (dont la vie est retracée dans le film Danish Girl) et surtout deux femmes plus médiatisées : l’américaine Christine Jorgensen et la française Jacqueline Charlotte Dufresnoy, plus connue sous le pseudonyme de Coccinelle, dont les transitions font la Une des journaux dans les années 50.
Une histoire trans montre également quelques archives, tantôt lumineuses, avec les images de Coccinelle et Bambi (voir aussi l’excellent documentaire que Sébastien Lifshitz a consacré à cette dernière), tantôt bouleversantes comme le témoignage de Simone, femme trans travailleuse du sexe, dans une émission de Mireille Dumas en 1992 : « la société n’est déjà pas faite pour l’être humain soit disant « normal », affirme-t-elle. Tellement de « normaux » s’y sentent mal, comment pouvez-vous penser que pour nous on ait préparé quelque chose ? Rien. Nous sommes considéré.es moins que des chiens ».
Retracer l’histoire trans, c’est surtout rappeler, comme le fait Giovanna Rincon, directrice de l’association Acceptess T, que la lutte est loin d’être terminée. A l’heure où le Parlement examine une loi pour la réparation de la répression des homosexuels, la militante appelle à une réparation de la répression à l’égard des personnes trans. Une telle mesure commencerait par le fait d’accéder à une revendication élémentaire: celle de pouvoir changer d’état civil librement, sans devoir passer devant un juge, comme en Argentine. L’histoire trans est encore loin d’être terminée.