Avec Fawn, l’un des plus grands classiques de la danse L’après-midi d’un Faune de Ninjinski, est transposé dans le milieu du cruising gay New Yorkais au tournant des années 1980, en pleine apparition de l’épidémie de VIH/Sida. La vision est audacieuse et emprunte de symboles. Telle une parenthèse qui laisse voir le rapport que l’on a à l’autre dans le tumulte de l’amour, du toucher et de la peur qui s’installe face à l’inconnu qui tue, le premier ballet Queer est né. Rencontre avec Amar, le créateur touche-à-tout de ce récit mouvementé et engagé.
Qui es-tu, Amar ?
Je suis auteur-interprète, performer et producteur basé à Paris. Danseur de ballet de formation, notamment au sein de la compagnie de Patrick Dupond, puis au sein des classes des chorégraphes Bino Sauitzvy et Zvi Gotheiner. Artiste hybride, ma découverte des milieux interlopes et LGBTQ+ m’orientent vers la scène musicale rock.
C’est au côté de l’artiste Nosfell que j’ai développé mon premier album Otto Disco, dont le single Ready to dance signe la bande originale du film La Première Marche (Outplay) et d’un album de remix produit à Londres par Okjames, Ready to Dance Again. J’ai ensuite développé un deuxième album, Welcome to Democrazy, composé par Tommy Marcus, une ode à la culture queer aux influences 90's. Fawn est ma première performance chorégraphique, dont Jef Guillon signe la composition, ainsi que celle de mon prochain album. Je puise mes inspirations dans les revendications libertaires du glam rock, qui sous des aspects légers et insouciants regardent le contexte politique et social de sa génération. Par le biais de l’image et de la chorégraphie lors de mes représentations, je mêle durant mes performances live, la musique et la danse.
Qu'est ce qui t'a donné envie de te lancer dans ce projet ?
Après mon dernier album, j’ai commencé à écrire ce ballet, et ai co-fondé en parallèle avec l’artiste Vinus le collectif Joigny en Pride, une association qui œuvre pour la visibilité des personnes LGBTQIA+ en milieu rural. Et c’est via cette première édition que l’idée de créer cette pièce et particulièrement d’importer cette création dans un milieu rural. De l’importance de la visibilité des minorités, et de relever un nouveau challenge.
Il y a tout un concept musique/vidéo, dans et autour du projet, peux-tu nous en dire plus ?
La musique et la vidéo servent vraiment la chorégraphie. Le tout est lié, et le travail de Daniel S. est réellement important pour la construction des différents tableaux. En écho, le travail qu’on a fait ensemble avec Jef, de mêler nos univers musicaux, mêlant des inspirations lyriques, musique électronique minimale, des samples de mon premier album. Une évolution au travers de la musique et de la vidéo par la danse.
Bien plus qu'un simple ballet classique, Fawn se veut engagé sur différents fronts ?
Le thème du ballet est inspiré par les photos d’Alvin Baltrop, et se situe sur la période de 1979-85, donc la libération sexuelle mais effleure aussi l’épidémie de VIH/Sida, et dans le ballet on traite de cette période, les corps des danseurs qui évoluent premièrement dans un univers onirique de cruising homosexuel, vont peu à peu se retrouver face à ces stigmas et au contact de la maladie. C’est une histoire d’amour, d’insouciance et de vulnérabilité. Sans équivoque à mon militantisme.
Ce spectacle est qualifié "queer", qu'est-ce que cela signifie pour toi ?
Je n’estime pas avoir une réponse universelle de « queer » mais à titre personnel je dirais qu’il s’agit d’un affranchissement personnel des normes sociétales de genre et de représentation, d’être simplement soi, dans la liberté de chacun. Fawn est un ballet queer par le message qu’il véhicule et l’interprétation libre que j’ai faite du thème. Je joue sur les codes androgynes mais aussi sur une certaine masculinité exacerbée, une forme de tendresse survole l’ensemble.
Pourquoi avoir intégré cette notion dans ce travail ?
J’ai été formé au ballet notamment par Patrick Dupond et ai toujours été interpellé par la Figure du faune. Son côté chimérique, sa fougue, sa sexualité. C’est donc un process tout à fait naturel que de travailler sur ce personnage. Et que ça soit dans la musique, mes lives et dans Fawn, mes inspirations sont le reflet de ma personnalité. Une certaine insouciance, rebelle et provocative. Ce qui me définit en tant qu’artiste et personne queer.
Informations/billetterie/réseaux sociaux :
Samedi 23 mars - 19h - Centre Jacques Bravo - 14/18 rue de la Tour des Dames 75009, et dès septembre 2024 et 2025 sur les routes de France et d’ailleurs.