Articles / dossiers

"Dans la mêlée": amours en ovalie

Geypner

Le 28 février sort en salles Dans la mêlée de Matt Carter. Le réalisateur nous entraîne dans une romance explosive entre deux hommes au cœur du monde ultra viril du rugby.

Des matches intenses, des vestiaires excitants et des troisièmes mi-temps festives et bien arrosées, voici le portrait sans retouche que véhicule le rugby. C’est dans ces images d’Épinal que Matt Carter, joueur, entraîneur et arbitre lui-même, tisse la trame de ce drame. Dans le sud de Londres, le club de rugby gay fictif les Stags, divisé et à court d’argent, va être le théâtre d’une liaison adultère entre deux joueurs.  À la suite d’une rencontre arrosée, Mark, jeune recrue tombe sous le charme de Warren, un ancien sur le retour. Très vite ce qui pouvait s'apparenter à une rencontre sans lendemain, va laisser place à une relation sérieuse où les sentiments grandissants risquent d’avoir des incidences autant dans leur vie respective qu’au sien de leur équipe.  

Good game

Peu exploré au cinéma, le réalisateur filme le rugby de l’intérieur. Dès les premiers instants, la caméra nous plonge au cœur de l’action. Ça va vite, c’est brutal, puissant, technique. Les passes, les placages, la boue, les essais, les points qui s’enchainent, tout y est. Puis on découvre les membres des Stags, ces hommes charpentés, musclés que l’on suit jusque sous les douches. Des corps nus qui se livrent à nous. Nous pénétrons de l’autre côté du miroir, et flirtons avec cette camaraderie masculine, baignant dans l’esprit de famille qu’est le rugby. D’emblée nous explorons les multiples types de liens qui peuvent se créer au sein d’un grand groupe d’hommes gays dans un environnement sportif, mettant en lumière les tensions et pressions émotionnelles très réelles qui peuvent en résulter. Les regards, les envies, les frustrations, tout le florilège de ressentis est passé au crible. Et dans tout cela, l’imprévu fait sa place. Mark et Warren tombent malgré eux amoureux. 

Passion dévorante

Pour incarner ce couple illégitime, le choix s’est porté sur Alexander Lincoln et Alexander King, respectivement Mark et Warren. On ne peut que s’en réjouir. Au-delà de deux physiques qui cadrent parfaitement avec les carrures que l’on a l’habitude de voir dans ce genre de sport, leur sex-appeal est indécent. Barbes parfaitement taillées, silhouettes sculptées dans la masse, sourires ravageurs et regards intenses, les deux acteurs aussi beaux l’un que l’autre, nous transportent surtout par la justesse de leur jeu. Un cocktail gagnant pour 2h14 de film. Oui, vous avez bien lu. Mais on se laisse happer par l’inéluctable complexité de la situation qui prend forme au fur et à mesure que les vérités se dévoilent au point d’en perdre la notion du temps qui passe… Mark entretient une relation dysfonctionnelle avec Richard, son partenaire distant, riche et plus âgé, tandis que Warren est lui aussi un homme pris, ayant une relation de longue date mais tendue avec son partenaire et coéquipier John. Faut-il se cacher, ne rien divulguer, vivre dans l’ombre ? Comment faire lorsque le désir de voir celui qui attise notre cœur se transforme en obsession, lorsque l’on doit faire semblant devant nos proches pour ne rien laisser paraître, que l’on se fait surprendre par la frivolité d’une relation qui redonne du pétillant à votre quotidien ?  

Reconnaissance

Grace à une image soignée, une musique entraînante, une histoire qui ne tombe pas dans les clichés récurrents du cinéma gay à savoir le coming out ou l’homophobie, Matt Carter sort des sentiers battus et sonde un autre versant de la vie gay, celui de l’esprit d’équipe, la loyauté, la fraternité et le soutien que les joueurs s’apportent mutuellement sur le terrain et en dehors. Avec douceur et énergie, finesse et élégance, Matt Carter déconstruit les idées préconçues, en s’attaquant aux stéréotypes courants sur les hommes homosexuels dans le sport et montre qu’il est possible d’approfondir l’exploration d’une masculinité saine et non toxique.  Bien plus qu’une banale romance Dans la mêlée est une véritable déclaration d’amour au rugby et au valeurs universelles d’inclusivité qu’il représente.

« Dans la mêlée »  de Matt Carter,  en salle à partir  du 28 février

Partager:
PUB
PUB