Depuis le passage express d’Amélie Oudéa-Castera au ministère de l’Education, la France entière connaît désormais le Collège Stanislas, établissement scolaire catholique du VIème arrondissement de Paris. On vous résume l’affaire.
Les établissements privés catholiques propagent-ils et tolèrent-ils des discours homophobes en leur sein? La question se trouve sur la table depuis la nomination d’Amélie Oudéa-Castéra à la tête du ministère de l'Éducation Nationale (dont elle a depuis été évincée).
Dès l’annonce de la nomination d’Amélie Oudéa-Castera, Mediapart a révélé que la désormais ex-ministre avait choisi de scolariser ses trois enfants au Collège Stanislas, un établissement privé catholique sous contrat du VIème arrondissement de Paris. En parallèle, le site d’information a révélé qu’un rapport de l’inspection générale de l’Education Nationale (IGESR) accablant pour l’établissement dormait dans les tiroirs du ministère de l’Education Nationale depuis l’été dernier. A l’époque, le ministre n’était autre que Gabriel Attal, l’actuel Premier ministre.
L’enquête administrative pointe de nombreux dysfonctionnements : obligation des cours de religion, homophobie, sexisme… Mis en cause notamment, un catéchiste, qui a qualifié devant les élèves l’homosexualité de maladie. « Si l’on se sentait homosexuel, il fallait se faire soigner dans une structure religieuse au Canada, que l’homosexualité venait du fait que quand la mère enceinte trompe son mari ou que son mari trompe sa femme, le bébé [le] ressentait et a le cœur brisé ; il nous a parlé de sodomie également. Il nous a parlé de viol, en disant qu’il fallait pardonner au violeur et que c’était difficile », raconte un élève cité dans le rapport.
Pull arc-en-ciel
Le rapport revient également sur l’exclusion d’une jeune fille. Scolarisée depuis 2013 et récompensée du 3ème prix d’excellence en 2022, la jeune fille s’est ainsi vu brutalement refuser l’accès à la terminale, désinscrite par la direction, sans avis des professeurs ni conseil disciplinaire. Elle n’avait pas « l’esprit Stan », indique son père. Le rapport d’inspection confirme ce « conflit » qui résulterait des prises de position de l’élève, assimilées à du « militantisme » sur l’homosexualité par le préfet. Dans un courriel au censeur-directeur, il évoque lui-même un différend sur la tenue vestimentaire, notamment un pull arc-en-ciel LGBT, qu’elle refusait de retirer.
C’est pourquoi les associations Mousse et STOP homophobie ont déposé plainte, le 26 janvier dernier contre l’école pour discrimination en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Les associations considèrent que l’exclusion de cette jeune fille constitue un refus discriminatoire d’accéder aux services d’enseignement privé, acte réprimé par l’article 225-2 du code pénal. Etienne Deshoulières, avocat des associations, rappelle que « la loi pénale française réprimant les propos et les discriminations LGBTphobes s’applique partout sur le territoire français, même dans les établissements d’enseignement catholique ».
Dans les médias, le directeur de Stanislas, Frédéric Gautier, a minimisé les faits et parlé d’un seul cas d’homophobie. Il a été rapidement contredit par Mediapart qui a publié de nombreux témoignages affirmant l’inverse. Sur BFMTV, Frédéric Gautier a d’ailleurs eu beaucoup de mal à dire que des propos homophobes ou anti-IVG étaient contraires aux valeurs de l’établissement, soulignant simplement qu’ils étaient « contraires à la loi.»
Non mixité
L’un des autres points soulevés par « l’affaire » Stanislas, c’est la mixité. Mediapart a révélé que les enfants d’Amélie Oudéa-Castéra étaient inscrits dans des classes non-mixtes. Beaucoup pensaient que ce type de classe appartenait au passé. Pas totalement. D’ailleurs, comme le rappelle Libération dans un article de sa rubique Checknews, les classes non-mixtes ne sont pas illégales. La loi stipule seulement que les classes maternelles et élémentaires doivent être mixtes. Une loi de 2008, qui est une retranscription d’une directive européenne sur le sujet, ajoute en outre que les classes non-mixtes ne sont pas en soi discriminatoires. Il faudrait pour cela qu’être dans une classe uniquement composée de garçons ou de filles vous prive de certains enseignements réservés à l’autre jour. Dans la réalité, conclut Libération, « la non-mixité est inexistante dans le public (à l’exception des maisons d’éducation de la Légion d’honneur, soit environ 1 000 élèves) et semble minoritaire dans le privé, même si le ministère de l’Education nationale n’est pas en mesure de fournir des données à ce sujet. » L’ex-ministre de l’Education Nationale avait donc tout à fait le droit de scolariser ses enfants dans des classes non-mixtes. Le problème était qu'en tant que ministre, elle avait notamment en charge la promotion de la mixité au sein des établissements scolaires.
Education à la sexualité défaillante
Le rapport relève enfin une éducation à la sexualité défaillante à Stanislas. Or c’est une obligation légale. Selon l’article L312-16, du Code de l’éducation : « Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d'au moins trois séances annuelles et par groupes d'âge homogène ».
Pour avoir plus de contexte sur ce point, nous avons passé un coup de fil au militant Benoît Arnulf, qui avec son association Les ouvreurs, assure depuis une quinzaine d’années des missions dans les collèges et lycées des Alpes Maritimes. Toute cette affaire ne le surprend pas. En quinze ans, il affirme avoir fait environ 700 missions et il n’est intervenu qu’une seule fois, l’an dernier, dans un collège privé, et devant une seule classe (alors qu’il fait en général plusieurs classes au sein d’un même établissement): « L'intervention s'est passée tout comme habituellement, les bêtises ont été les mêmes. Même si par ailleurs avec les élèves c'est de plus en plus difficile. »
Pour lui Stanislas, c’est « l’arbre qui cache la forêt ». « On m’a parlé d’un autre exemple à Toulon, mais il y en a d'autres. Il ne faut pas penser que Stanislas est un cas isolé », renchérit-il. Le militant, qui pointe un manque de formations des personnels enseignants sur le sujet, estime que les interventions associatives ne permettent de toucher qu’un nombre très réduit d’élèves chaque année. « Si on voulait mettre en place une vraie formation sur ces questions il faudrait se pencher sur le sujet sérieusement et fournir des moyens bien supplémentaires.», estime Benoît Arnulf, avant de conclure: « l’éducation nationale n’a ni les moyens ni l’envie de soulever le couvercle. »
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Cet article a été publié dans Strobo n°28