Marseille a enfin son Centre LGBT+ ! Depuis l’arrivée du Printemps Marseillais à la tête de la ville, la vie associative LGBT de la cité phocéenne semble en plein renouveau. On fait le point avec Théo Challande-Névoret (au centre de la photo), adjoint à la mairie de Marseille.
Le centre LGBT de Marseille a ouvert le 9 décembre dernier au 17/21 de la rue du chevalier Roze, dans le IIème. Pourquoi ça a mis si longtemps ?
D'abord, les acteurices associatives de Marseille ont eu besoin de temps pour pouvoir finaliser le projet entre le moment où ils l'ont déposé et le moment où ils ont été en capacité de pouvoir se mettre dessus. Sur les questions LGBTQ+, on travaille probablement plus qu’avant à la ville de Marseille et ça a donné beaucoup de boulot à l’asso Pride Marseille, qui est maintenant Fierté Marseille Organisation, qui porte ce projet. Et ensuite pour des raisons de coopération institutionnelle. Construire un accord, qui s’est très bien passé avec les autres institutions, peut prendre du temps. Je suis content que les institutions aient bien compris l'intérêt de prendre cette responsabilité. Et puis notre premier partenaire, aujourd'hui, c'est quand même l'État. Il a fallu de leur côté aussi finaliser la construction des fonds. D’ailleurs ils en sont toujours en train de finaliser la question de la construction des fonds, qui permettent de pouvoir financer les différents centres en France. Avec le nôtre, on a un petit peu préempté les annonces de la première ministre suite à l'affaire Cayeux sur le sujet des centres. Et puis la dernière raison, elle est tout à fait technique. C'est-à-dire que trouver du foncier qui corresponde, qui soit au bon emplacement, qui soit ci et ça, etc., ça n’est pas simple. Au départ, on voulait le prendre dans le foncier de la ville, mais cela impliquait beaucoup d'efforts et beaucoup de rénovations. Et donc, du coup, je suis allé chercher dans du foncier privé. Là, on n’avait que de petites rénovations à faire. Et bien, tout bêtement, ce centre-ci, il a mis un tout petit peu plus de temps parce que trouver des artisans, des artisanes, and everything and between and beyond pour pouvoir travailler n'a pas été forcément chose facile pour le collectif. Et c'est fait. Et c'est la première fois qu'on a un centre LGBTQIAP+ à Marseille, interassociatif, par et pour et avec les communautés et les LGBT. En plus, on est sur un centre qui n'est pas un centre paillettes, mais un centre de solidarité à 360°.
En termes de surface, ça représente combien ?
On a 450 m2. Le centre est sur deux niveaux. Il y a un niveau public qui fait plus de 200 m2 en rez-de-chaussée. Et un niveau qui n'est pas complètement public en dessous, et qui va pouvoir accueillir un certain nombre d'activités associatives, par exemple la bagagerie pour les personnes sans abri ou en besoin de relogement à Marseille la journée, etc.
Qui finance le Centre ?
Toutes les institutions à l'exception de la métropole. Le premier financeur, malgré ce qu'en dit l'AFP, c'est la ville de Marseille. A hauteur d'à peu près 100 000€ par an sur l'ensemble des subventions qu'on a pu apporter. Il y a une très forte implication de l'État, qui, par le biais du ministère de l'Égalité et de la Dilcrah, a apporté dans les 75 000 € en tout, avec une promesse d'annualisation — qui va être tenue, bien entendu, à partir de l'année prochaine. Et enfin plusieurs dizaines de milliers d'euros du département et de la région.
Marseille a toujours eu une vie LGBT, associative ou commerciale, qui ne reflétait pas sa taille. Est-ce en train de changer ?
Il y a eu du soutien de la part de la précédente majorité, notamment à l'égard de la Pride de Marseille. Mais par rapport à l’ancienne mandature, c’est le jour et la nuit sur les questions LGBTQIAP+. La mairie est beaucoup plus proactive que ce qu'elle était auparavant. Ce n'est pas une assertion politique, c'est très factuel. Là où je suis particulièrement content, c'est qu'on arrive à travailler sur ces sujets avec toutes les institutions. La première chose qu'on a faite avec elles quand on est arrivé à la ville de Marseille, c'est de mettre en place un copil LGBTQIAP+, avec absolument tout le monde. Ça a été d'ailleurs l'une des premières annonces qui ont été faites sur la feuille de route. Il y a eu une parole qui était assez libératrice pour les associations à ce moment-là. Et puis maintenant, ce travail qui perdure autour de l'objet du centre, mais pas que, et qui perdure aussi grâce aux nouveaux fonctionnaires qui représentent l'État et qui sont venus, à la demande de l'État, réveiller la question des discriminations et également les enjeux de LGBTQI+, plus à Marseille, avec le renouveau du Corah (Le Comité Opérationnel de Lutte contre le Racisme et l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT). Je pense qu'il y a un réveil, une lumière qui s'est allumée. Si on a ouvert à un centre, c'est parce qu'il y a des problématiques et des enjeux dans cette ville, sur le département, dans la région et en France, dans le monde aussi, par ailleurs. Donc, heureusement qu'on arrive à avoir du travail en commun et des faits qui s'opérationnalisent.
Au-delà, justement, du centre, comment est-ce que vous accompagnez la vie LGBT à Marseille ?
On a un travail qui est global pour le coup. C'est-à-dire, aujourd'hui, la manière dont on travaille, c'est de leur dire qu'on est là. Venez nous voir. Si vous avez besoin d'aide, on viendra vous soutenir. Notre méthodologie, c’est de dire : « Vous gouvernez votre association de la manière dont vous le souhaitez. On est simplement là pour regarder. Quels sont vos objectifs ? Comment vous souhaitez les mener ? Comment est-ce que nous, on peut y apporter du soutien ? » Beaucoup d'associations n'avaient pas d'accompagnement, par ailleurs, pas que financier. Là aussi, c'est du 360°. On fait du réseautage pour les assos. On va à Paris, ou ailleurs, avec elles pour aller chercher du soutien, du financement. Pour financer de la communication, chercher des subventions en nature avec l'action de la régie municipale. On aide aussi avec du conseil, des facilitations, des gratuités.
On avait une première feuille de route, qui se déclinait en trois grands axes d’action : le premier, c'était le soutien. Le deuxième, c'était le soutien au développement social, culturel et économique de la Pride de Marseille. Donc, on arrive un peu au bout de cet axe-là. Parce qu'on a atteint nos objectifs premiers. Le deuxième objectif, c'était l'ouverture du centre LGBT. Et le troisième objectif, c'était la création de places d'hébergement pour les personnes LGBT qui sont chassées de leur foyer et mises à la rue. Et ça aussi, on arrive au bout. Parce qu'il nous reste quatre places à ouvrir entre août 2023 et février 2024. On aura créé 40 places avec le concours et après discussion, négociation avec l'État, bien sûr. Parfois sur le conseil municipal. Et là, en espace de six mois, après les différentes validations, on pourra passer de 5 à 40 places d'hébergement.
Donc, on arrive au bout de cette première temporalité. Et maintenant, justement, ce qu'on va faire aux alentours du 21 mars, a priori, sur une date un peu spécifique, ça va être justement de se redonner les objectifs sur la feuille de route LGBTQAP+, intersectionnelle de la ville de Marseille.
Dernière question, est-ce qu'être élu ouvertement gay à Marseille, c'est un sujet ?
Ça a pu être un sujet, de manière régulière, d'ailleurs. Honnêtement, je ne sais pas ce qui était le plus compliqué entre être LGBT et et être jeune [ il a aujourd’hui 31 ans ]. Peut-être les deux à la fois. Il y a eu des remarques par-ci par-là, de l'essentialisation. Même si, moi, je pense que l'on peut à la fois assumer et revendiquer l'égalité des droits, l'essentialisation, c'est parfois un problème. C'est-à-dire être tout le temps ramené sur cette question-là, que ce soit politiquement ou individuellement. Mais je pense qu'une fois que ça été posé, et que l'on comprend bien qu'être adjoint au maire et élu, c'est d'abord un privilège, on peut aussi se dire que ça reste important d'avoir des élus à Marseille dans les institutions d'une manière générale qui représentent la diversité à la fois de la ville, du pays et du monde. Donc, oui, c’est un sujet et en même temps, est-ce qu’on a le droit de s'en plaindre ? Non. Sauf quand ça dépasse les limites, évidemment.
Photo: Pride Marseille, 2023, par Xavier Héraud
Cet article a été publié dans Strobo n°28