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Queer tube : Judy Garland - Over the rainbow

Patrick Thévenin

L'histoire d'Over the rainbow, la chanson culte du Magicien d'Oz. 

Tout commence en 1939 avec la sortie du film The Wizard Of Oz (Le Magicien d’Oz en français) dans les salles de cinéma. Une adaptation du célèbre conte pour enfants (mais aussi pour les adultes) du célèbre roman The Wonderful Wizard Of Oz de L. Frank Braun. Dans cette épopée fantastique en noir et blanc qui va connaître un succès phénoménal jamais démenti à ce jour, une petite fille, Dorothée, et son petit chien fidèle, se retrouvent au gré d’une tornade catapultés dans le merveilleux pays d’Oz. S’ensuit un périple mouvementé, entre le voyage initiatique et le conte fantastique, où Dorothée va inévitablement croiser sur son chemin des personnages hauts en couleur qui vont transformer son rapport au monde. Parfaite dans le rôle de Dorothée, la jeune artiste Judy Garland, 17 ans à l’époque, et cette fameuse scène gentiment lacrymale et devenue culte, où assise sur une barrière l’actrice, chanteuse et danseuse entonne de sa voix cristalline et fragile la chanson phare du film : Over The rainbow. Une ballade mélancolique devenue le symbole des affres existentiels d’une jeune fille qui imagine un monde meilleur, et tout en couleur, au-delà de l’arc-en-ciel.

Avec le succès mondial qui accompagne le film, la pluie de récompenses qui s’abat sur la jeune Judy Garland, et la pression médiatique qui s’ensuit, Judy sombre peu à peu dans la drogue, sans réaliser que le titre Over the rainbow va lui coller au corps toute sa vie comme un vieux chewing-gum trop mâché. Il faut dire que le titre, petit manifeste de pop orchestrale aux couleurs sepia, et ses paroles qui font « Somewhere over the rainbow / Way up high / There’s a land that I heard of / Once in a lullaby / Somewhere over the rainbow / Skies are blue / And the dreams that you dare to dream / Really do come true » va très vite multiplier les interpretations. Des politiques, certains accusant le morceau d’être une allégorie destinée à tuer le capitalisme dans l’œuf, aux addicts du LSD qui y voient une apologie d’un monde barré, bariolé et coloré, en passant par les gays, lesbiennes et trans, qui vont faire du track un hymne à la tolérance et l’acceptation.

 

Décédée à l'âge de 47 ans, le 22 juin 1969, des suites d'une overdose accidentelle de médicaments, et devenue entre-temps une icône queer, Judy Garland va s’imposer malgré elle, et Over the rainbow, comme un symbole des débuts de la libération LGBTQ+. Notamment avec les émeutes de Stonewall, dans la nuit du 28 juin 1969 qui vont durer plusieurs jours et sont déclenchées après une énième descente de police dans ce rade pourri de New York fréquenté par les gays et les travestis. L’histoire, enfin la légende, raconte que pour les clients et clientes du bar, attristé.es par la mort de leur icône Judy, quelques jours plus tôt, cette humiliation policière est celle de trop. La résistance s’organise, les jets de pierres se multiplient, et la police, prise de surprise par cette rébellion, s’en retourne la queue basse faisant de cet incident une date clé de l’émancipation queer. Si l’anecdote appartient plus au mythe qu’à l’histoire, le personnage sensible de Judy, prise entre les affres de la célébrité et la drogue, les paroles gorgées d’acceptation de la chanson, et l’époque de libération des droits des femmes et des homosexuel.les, ont au fil des années transformé Over the rainbow en tube camp sans pareil. Reprise par des artistes comme Phil Collins, Erasure, Barbra Streisand, Ariana Grande, Kylie Minogue, Rufus Wainwright et même, en France, par Mireille Mathieu et Micheline Dax (on ne rit pas !), joué à tue-tête lors de nombreuses prides, utilisée dans maintes et maintes séries LGBTQ+, Over the rainbow est devenu aujourd’hui un slogan et un symbole militant. Un hymne d’espoir, d’émancipation et d’affirmation de son identité pour de nombreux queers. Mais surtout une chanson dont les paroles sont plus que jamais cruellement d’actualité plus de 80 ans après sa sortie.

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