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GPA, les nouveaux pères: Loïc et Yann, la vie en Rose (partie 1)

Xavier Héraud

En couple ou célibataires, les hommes gays sont nombreux chaque année à se lancer dans un parcours de gestation pour autrui. Force est de constater qu’avoir un enfant par ce biais n’a parfois rien d’une sinécure: problèmes médicaux, juridiques, retards ou parfois pire. Mais les nouveaux pères sont résilients. Nous vous présentons trois témoignages. Aujourd'hui: Loïc et Yann, pères de Rose.

On avait rendez-vous avec Loïc et Yann, mais c’est toute la famille qui nous accueille dans son bel appartement XVème arrondissement. Les deux pères, bien sûr, mais aussi Rose et son sourire malicieux et les deux Jack Russell, Grivious et Ulama — le deuxième a le même âge que Rose, pour qu’ils puissent grandir en même temps.

Loïc et Yann, sont respectivement directeur de magasin et fonctionnaire au ministère des armées. Loïc grandit dans le Jura, Yann, qui a 9 ans de plus, est originaire des Pyrénées (il en a toujours l’accent). Militaire, il déménage au gré de ses mutations. Ils se rencontrent dans le Jura en 2009 et se mettent ensemble l’année suivante. Leur mariage a lieu en 2013. C’est le premier couple gay à se marier dans l’Ain. L’envie d’enfant était déjà présente pour eux, mais c’est là qu’elle se précise. Ils se lancent d’abord dans un processus d’adoption. On les décourage. Yann : « On a fait les deux premiers jours de préparation avant d'envoyer le dossier pour l'agrément. Et dans ces deux jours-là, ils nous ont bien fait comprendre qu’on était les premiers à faire une demande d'adoption et que ça allait être très compliqué parce que déjà que c'était compliqué pour les hétérosexuels.» Les deux futurs pères persistent malgré tout et obtiennent l’agrément. Mais ils déchantent rapidement. Yann: «Après, on a bien vite compris que ce soit en adoption France ou étrangère, ça allait être la misère parce que c'était trop compliqué. »

Ils commencent donc à réfléchir à autre chose. En 2016, ils découvrent la GPA. Ils doutent tout d’abord. Yann : « Ça a l'air d'être interdit. C'est horrible. On va louer le corps d'une pauvre femme. On va aller voir ça avec les États-Unis et le Canada parce que eux, c'est éthique. On a les premières visios avec les agences américaines et on tombe sur les commerciaux. Et là, on prend une deuxième claque et on se dit, mais elle est où l'éthique si on tombe sur un commercial? On nous vendait quelque chose d'éthique. Mais en fait, pas du tout. Et après, on tombe sur comment ils gèrent les mères porteuses qui sont censées être altruistes pour le Canada, par exemple. Et en fait, on se rend compte qu'elles sont altruistes, mais dans le contrat, il y a 25 000 dollars de défraiement. »

Alors, ils prennent une résolution : « On s'est dit qu'il faut qu'on arrête de se mettre des barrières. Que la GPA, c'est la GPA. Le mot éthique est tellement vaste et suivant la personne à qui on pose la question, il est complètement différent. On s'est dit, on va essayer de trouver quelque chose d'éthique par rapport à nous. »

Viva Mexico

Yann ayant la double nationalité française et espagnole, ils vont voir du côté de l’Espagne. Et tombent sur une agence qui travaille avec le Mexique. Ils se rendent compte que la manière dont la GPA fonctionne au Mexique leur correspond. Les deux hommes sont notamment rassurés par la manière dont les mères gestatrices sont considérées. Yann : « Quand on parle de GPA, les gens pensent que la femme va être maltraitée. Qu'elle ouvre son ventre, qu'elle est pauvre, qu'elle a des soucis, tout ça. Et là, on est tombé sur une agence où, au Mexique, les mères porteuses, obligatoirement, doivent rendre compte de plein de critères. En plus des critères physiques, physiologiques et biologiques pour arriver à avoir un enfant et en assurer le coût, il fallait qu'elle ait une situation stable familiale avec déjà un enfant, ou un conjoint ou une famille derrière elle, un métier ou des finances qui le lui permettent? Toutes les garanties qui faisaient que ce n'était pas une pauvre femme qui faisait ça en dépit de tout. Ça, ça nous a bien plu et c'est pour ça qu'on s'est inscrit là-dedans. » Si le Mexique a la réputation d’être moins cher que les Etats-Unis et le Canada, Loïc et Yann engagent tout de même 110 000 euros, parce qu’ils prennent un programme avec autant de créations embryonnaires et de transferts jusqu'à l'arrivée d'un enfant né viable.

« On a bien fait puisque nous, ça a mis deux ans, commente Yann. On a eu sept échecs de transferts et trois mères-porteuses différentes. On a fait quatre créations embryonnaires avec quatre donneuses différentes. À la fin, on n'y croyait plus. Elle, c'était le dernier des embryons. C'était le plus vilain. Celui qui ne voulait pas transférer parce qu'il n'avait rien donné. Ça vaut le coup », ajoute-t-il en jetant un coup d'œil attendri à Rose qui gazouille dans le salon. «C'est le chef de l'agence qui nous connaît très bien qui a dit, bon, moins par moins, ça fait plus. Donc, il a dit, Jessica, plein d'échecs. Loïc et Yann, plein d'échecs, je vous mets ensemble. Et paf, ça a pris. Audacieux. »

A l’arrivée de Rose, la pression retombe

Une fois que Rose est là, toutes les difficultés s'effacent. Loïc : « On se met beaucoup de pression et une fois qu'on l'a dans les bras, la pression retombe d'un coup. Et puis, ça vient tout seul au bout de deux jours. On sait reconnaître ses cris, ses pleurs. » Jessica, la mère porteuse, fait désormais partie de leurs vies. Ils s’échangent des nouvelles régulièrement. Yann : « On était en visio avec elle samedi. Elle a présenté son nouveau conjoint. Et on a pu parler avec une de ses filles. On a un groupe WhatsApp avec elle où régulièrement, on envoie les photos de la petite. Et elle, généralement, nous envoie aussi des photos, des vidéos, des audios des petites. Il y en a deux qui sont en école maternelle et primaire. Et donc, quand elles font le poème, elles rentrent et elles veulent faire le poème à Rose et à Yann et Loïc. Elles nous envoient des vidéos. Et les deux grandes, elles sont à l'université. au collège et à l'université. Et c'est pareil, elles sont sur Instagram. Et elles nous suivent sur Instagram. On échange régulièrement. C'est une famille, en fait. Il y a notre famille. Rose, Loïc et moi. Il y a la famille de Jessica avec ses quatre filles. Et maintenant, son conjoint qui a été tout fier de Jessica. Et il y a la famille qu'on forme tous ensemble là. C'est une famille particulière. » Garder un contact avec la mère porteuse était un désir qu’ils avaient dès le départ, dit Yann : « Ça tombe bien parce que Jessica le voulait aussi. Elle est consciente que ce n'est pas sa fille. Parce qu'elle n'a rien de génétique avec Rose. Mais on voulait garder quand même ce contact-là. Nous, on adore la généalogie. Et Rose, un jour, elle va me dire. D'où je viens. Et on espère que d'ici là, le contact sera toujours là avec Jessica pour continuer. Je pense qu'il sera là. Ça ne sera plus toutes les semaines. Ça sera peut-être par trimestre. Pour les grands événements, les anniversaires, etc. Je pense que le contact va rester toujours. »

Déménagement à Paris

A leur retour du Mexique ils sont plutôt bien accueillis dans leur quartier, à Saint-Germain-en-Laye. Mais un incident va les faire déménager. Yann : « Avec l'arrivée de Rose, ça a dû exacerber le voisinage. Et on s'est retrouvés avec un “sales pédés à mort” de tagué sur la porte de notre entrée. Les voisins sont venus nous voir et nous ont soutenus parce qu'ils savaient qu'on était en couple tous les deux. Et qu'en plus, on avait fait une GPA au Mexique. Mais il y a eu une brebis galeuse qui est venue faire du mal. Et ça a suffi. » La famille part vivre à Paris.

Ils ont créé sur instagram un compte, Le blog de bébé, où figurent de nombreuses photos de leur fille. On leur reproche parfois de le faire. Yann balaie les objections d’un revers de main : « Celui qui sexualise ça, il a un problème et lui, il doit se faire traiter. Mais moi, je ne vois pas pourquoi je devrais nous cacher parce qu'il y a des débiles mentaux et des mauvaises personnes. » Plus tard, assurent les deux papas, elle pourra récupérer le compte instagram et en faire ce qu’elle veut.

Côté juridique, tout est maintenant en ordre. Loïc vient tout juste d’obtenir l’adoption simple de Rose. Même le parquet de Versailles, pas réputé pour son progressisme, n’a pas fait appel de la décision de Justice. Aujourd’hui, ils sont revenus à l’APGL — où il étaient passés quelque temps au début de leur parcours — pour pouvoir aider les autres couples qui se lancent dans cette démarche. Le bonheur, ça se partage.

Photo: Xavier Héraud

Cet article fait partie d'un dossier publié dans Strobo #25

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