Après avoir reçu l’association Paris Fetish, Frédéric Hocquard, maire de la ville de Paris chargé du tourisme et de la nuit, a répondu à nos questions concernant les difficultés rencontrées par l’association pour la tenue de son week-end fetish de 2024.
Vous avez reçu l’association Paris Fetish concernant son souci pour trouver un lieu parisien qui les accueille, comment pouvez-vous intervenir ?
Frédéric Hocquard : Il faut qu’ils puissent trouver un endroit parce que toutes les formes d’événements festifs au sens large du terme doivent avoir leur place dans l’univers parisien. On est la ville de l’amour, une ville bienveillante, une ville refuge pour la communauté LGBTQ+, donc il est normal qu’ils trouvent une place dans l’univers parisien.
Il se plaignent d’un certain ostracisme des salles parisiennes. L’avez-vous constaté avec d’autres manifestations de ce genre ?
Non, pas particulièrement. Concernant leur cas, on a surtout réfléchi à de la mise en contact. C’est-à-dire leur indiquer des salles qui ne les connaissent pas forcément et dont ils ignorent l’existence. Ce sont des formes festives particulières mais, encore une fois, tout le monde a sa place dans Paris. Donc ce n’est pas un sujet. Est-ce qu’il existe une certaine pudibonderie ? Je ne le ressens pas personnellement dans la nuit parisienne en ce moment, et si c’était le cas, ce serait dommage car ce n’est pas du tout la politique de la Mairie.
Ces événements BDSM sont-ils importants pour l’attractivité de Paris, quand d’autres villes européennes, comme Bruxelles, Anvers, Berlin, Las Palomas, en ont fait un argument touristique ?
La force et la différence de Paris avec d’autres villes, c’est qu’on est celle de la diversité. On ne sera jamais comme Berlin ou comme Bruxelles en termes d’événements. Par contre, il existe à Paris une véritable diversité nocturne, des formes de fête qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs. Le travail que je mène sur la nuit parisienne en tant qu’adjoint, c’est justement de développer cette diversité. C’est pour ça que, si à un moment donné, Paris Fetish ne trouve pas sa place dans cet univers, il manquera un morceau de diversité dans ce que peut être la nuit parisienne.
C’est important pour la Mairie de Paris, face à l’extrême droite homophobe, de défendre l’ouverture de la capitale à tous les genres et sexualités ?
C’est un combat ! En ce moment, il y a un problème avec l’homophobie, avec l’extrême droite, avec l’intolérance vis-à-vis de la sexualité et du genre. Malgré tous les efforts accomplis, on continue de constater des agressions vis-à-vis de la communauté LGBTQ+. Donc on essaie au maximum de faire en sorte que Paris soit un lieu refuge pour tout le monde et une ville inclusive. On doit se revoir avec les membres de Paris Fetish, si à un moment donné la tension persiste, qu’ils n’arrivent pas à trouver de lieu, ce sera un signe d’intolérance et il faudra réfléchir à d’autres solutions. Mais pour l’instant, je pense que c’est surtout une question de mise en contact.
On leur propose surtout des salles situées dans le Grand Paris, ce qui peut générer des problèmes d’agressions notamment quand on est habillé fetish.
Je l’entends, mais Paris change sans cesse. Plusieurs exemples me viennent en tête. La Pride des banlieues, un peu plus radicale que la Pride parisienne, a eu lieu cette année à Saint-Denis et s’est très bien passée. Je me rappelle de moments exceptionnels quand il y a eu les Gay Games il y a quelques années à Paris. Certains matchs avaient lieu dans le stade porte de Montreuil habitué à un public venu des quartiers populaires. Il y a eu zéro sujet. C’était amusant d’ailleurs de voir les spectateurs et spectatrices assez looké.es qui venaient aux Gay Games, se mélanger à la population locale de ces quartiers, c’était bon enfant et sans aucun problème. Quand on a ouvert la Flèche d’Or en lançant un appel à projet en 2020, un lieu inclusif et LGBTQ+ friendly, parmi les associations qu’on a auditionnées pour gérer la concession, il y avait ObliQ, un collectif queer. Je me rappelle très bien de la discussion qui a suivi, les gens du conseil de quartier nous ont rétorqué : « un lieu queer dans le 20ème, vous êtes certain ? Est-ce que ça n’aurait pas plus sa place dans d’autres quartiers ? » Et je leur avais répondu : « mais que connaissez-vous de l’orientation genrée ou sexuelle des habitants du 20ème et du quartier autour de la Flèche d’Or ? On n’en sait rien, il n’y a pas plus d’hétérosexuels ou d’homosexuels que dans le centre de Paris. Essayons le mélange, voyons ce que ça va donner, car effectivement, un lieu queer à cet endroit-là, ce n’est pas habituel. » La Flèche d’Or cartonne depuis trois ans. À un moment donné, le sujet, c’est aussi comment on crée de la mixité et de l’inclusivité.
Pour justifier son refus de renouveler l’event Paris Fetish, la Bellevilloise déclare être un lieu ouvert à tout le monde et avoir dû refouler des gens ces soirs-là. Ce qui serait contraire à leur philosophie d’ouverture.
Perso, je vais dans des soirées parce que j’y suis invité, qui ne sont pas forcément ni mon orientation sexuelle, ni mon orientation de genre, ni mes goûts musicaux, ni ma tranche d’âge, ou je ne sais quoi. Mais j’y vais quand même, parce qu’à un moment donné, ce n’est pas interdit ! On prévient juste à la porte du type de soirée que vous allez trouver. Donc là, qu’est-ce qu’on dit ? Ben voilà, c’est une soirée Paris Fetish, donc BDSM, bien sûr c’est un peu particulier, on aime ou pas, mais c’est pas non plus quelque chose de clandestin ou interdit ! Quand vous allez à la Mutinerie, on vous annonce que c’est un bar lesbien, si vous êtes trois gars en vadrouille pour draguer les filles, c’est pas là qu’il faut venir. Parce que évidemment, si vous le faites, ça va créer des problèmes pour la clientèle, mais aussi pour vous. Pour moi cet argument n’existe pas, s’il y avait marqué à l’entrée interdit aux noirs, aux juifs, ou je ne sais quoi, là on serait dans du racisme, mais ce n’est pas de ça dont on parle ici. On prévient juste que se déroulent un certain type de pratiques sexuelles à l’intérieur, comme ça existe dans plein de lieux parisiens. Je ne vois pas pourquoi cette norme serait rejetée, même si elle est différente certes. Encore une fois Paris est la ville de la différence et de la diversité et c’est sa force.
Ne pensez-vous pas qu’il y a un problème d’information et de formation à faire vis-à-vis des établissements de nuit ?
C’est tout un travail que l’on fait, notamment à travers la question des violences sexistes et sexuelles, c’est-à-dire comment travailler à l’inclusion de tous les publics. Il existe une vraie prise de conscience depuis quelques années sur ces questions. Il y a dix ans, à quelques exceptions près, les lieux de nuit et les clubs, tant que les gens entraient, qu’ils s’amusaient et que ça tournait, étaient moins réceptifs à ces sujets. Maintenant, ils commencent à l’être de plus en plus. Je le constate, il y a une vraie réflexion sur toutes ces questions de la part de la nuit parisienne.
À part mettre en contact les gens de Paris Fetish avec des salles ou des organisateurs, que pouvez-vous faire si ça ne fonctionne pas ?
Ce n’est pas simplement mettre en contact, c’est discuter, faire passer des messages aux lieux de nuit, et trouver une solution. Il n’y a pas de raison que Paris Fetish ne trouve pas un endroit où aller. Mais je ne suis pas trop inquiet, je vais prendre l’exemple de Fawa, le collectif qui a repris l’ancienne concession de la Peripate. Ce type de lieu pourrait se prêter parfaitement à Paris Fetish. C’est un exemple et je ne sais pas si c’est avec eux qu’il faut le faire.
Par ailleurs, le SNEG & Co (Syndicat national des entreprises gay) rapporte de plus en plus des problèmes d'interprétation de la loi par la police en ce qui concerne les clubs qui installeraient une backroom (*). Qu’en est-il réellement ?
Le Sneg & Co me l’a effectivement signalé, je n’ai pas encore eu le temps de voir la préfecture pour démêler le problème. Je crois que se cache derrière l’argument que ce sont des lieux de type P, donc 60% de l’espace doit être réservé à la danse. Il y a des choses sur lesquelles la préfecture est un peu tatillonne avec l’application du règlement, on leur demande donc d’étudier les choses avec bienveillance. Je n’ai pas encore rencontré la nouvelle responsable au sein de la BRP, ce qu’on appelait la « brigade mondaine", pour savoir de quoi il en retourne, mais j’imagine qu’on règlera ce problème en discutant. Je sais bien que les Français, on a inventé le code civil et qu’on est spécialiste du règlement, mais parfois il faut être un peu souple. Ce qui est important, ce sont les activités que les gens y pratiquent, c’est pour créer du bien être, du commun. On a été enfermés pendant des mois avec le Covid. On a constaté les dégâts psychologiques que ça a créé sur les gens. On a besoin d’endroits où lâcher prise, à partir du moment où tout le monde est consentant évidemment, ça fait partie du bien-être d’une société. Et surtout, ce sont des endroits où peut se construire la notion de « safe ». Si on interdit ces lieux, ça va se reporter sur des lieux plus anonymes, comme certaines partouzes, où il est plus complexe de faire de l’information. Sur des sujets importants, comme le chemsex, on sait que dans ces endroits existent des formes d’autocontrôle. S’il y a un problème, ces lieux savent comment réagir, comme ils ont conscience des limites à ne pas dépasser. Si ça se déroule dans un Airbnb, il y a zéro contrôle, zéro réduction des risques. C’est aussi ça le sujet.
(*) Dans notre prochaine édition de Strobo retrouvez l'interview et les précisions du Sneg & Co à propos du sujet des activités backrooms dans les clubs et dans les soirées clubbing.
Photo : Photo transmise par le Cabinet de Frédéric Hocquard