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Femmes trans et gynéco : retour sur la polémique

Xavier Héraud

Les femmes trans peuvent-elles être suivies par un gynéco ? C’est le « débat » qui a agité médias et réseaux sociaux en septembre, après un message excessivement transphobe publié sur Google par un gynécologue de Pau. 

 

Tout commence avec un avis laissé sur Google à propos d’un gynécologue. « C’était le premier rendez-vous de ma compagne trans, il [gynécologue] a refusé de la recevoir. Sa secrétaire nous a rejeté froidement. Je déconseille, plus jamais », écrit un.e anonyme. 

Le praticien mis en cause, un certain Dr Victor Acharian, basé à Pau, lui répond avec un message particulièrement ordurier [ les majuscules figurent dans le commentaire original et nous avons pris la liberté de corriger les nombreuses fautes, pour plus de lisibilité, ndlr ] : « MONSIEUR, je m’occupe des vraies femmes même s’ils se sont rasés la barbe et viennent dire à ma secrétaire qu’ils sont devenus femmes. Ma table d’examen GYNÉCOLOGIQUE n’est pas adaptée pour examiner les hommes. Vous avez des services spécialisés et très compétents pour examiner des hommes comme vous. Je vous remercie d’avoir informé les personnes TRANS de ne jamais venir me consulter. »

Le message commence à tourner sur les réseaux sociaux et l’affaire s’emballe. Sujets sur les chaînes d’infos, débat dans l’émission de Cyril Hanouna sur C8 (où la photographe trans Olivia Ciappa essaie de défendre les personnes trans comme elle peut), tribune dans le Figaro, etc. Le sujet passionne notamment les réacs de tout poil, qui s’en donnent à cœur joie.

Quelques associations LGBT réagissent pour condamner le message du spécialiste. Sur X (ex Twitter) SOS homophobie dénonce ainsi « les propos transphobes et discriminatoires » du gynécologue. « La transphobie est une réalité aux conséquences graves, notamment dans l’accès à la santé. Elle touche l’ensemble du territoire », ajoute l’association. Sur BFMTV, Stop Homophobie annonce qu’elle souhaite porter plainte pour discrimination en raison de l’identité de genre. Suite à son intervention, le porte-parole de l’association se retrouve harcelé sur les réseaux sociaux. 

Le gynécologue s’excuse… mais veut porter plainte

Sur la même chaîne d’information, le gynécologue fait amende honorable : « c'est un malentendu. J'en profite pour présenter mes excuses à la communauté qui s'est sentie blessée par mes propos que je n'aurais probablement pas dû tenir. J'ai eu une réaction excessive  ». Selon lui, c’est la faute de la patiente, qui « s'est fâchée, a eu une réaction agressive, a insulté sa secrétaire, l'a traitée de transphobe devant la salle d'attente pleine » lorsqu'on lui a répondu que le gynécologue ne disposait pas des « compétences nécessaires » pour la prendre en charge. Pour enfoncer le clou, le praticien annonce  sur la très facho-friendly SUD Radio vouloir porter plainte contre la personne trans qui a voulu prendre rendez-vous et celle qui a écrit le commentaire sur Google. Désolé, oui, mais pas trop. 

« Les gynécologues ont vocation à suivre des femmes trans »

Sur le fond, le praticien a pourtant tort, comme le rappellent plusieurs associations trans à cette occasion, à l’image d’Espace Santé Trans. « Les gynécologues ont vocation à suivre des femmes trans. Même sans opération de réassignation génitale, et même sans hormones, rappelle l’association. En France les gynécologues assurent aussi des suivis d’hormonothérapies pour personnes trans, il est d’ailleurs fortement recommandé aux femmes trans un suivi pour le cancer du sein. » L’association ironise : « nous sommes vraiment navré.es que certains croient que le métier de gynécologue consiste uniquement à regarder des organes génitaux. Et qui peut imaginer que quiconque encourage des gynécos à regarder des pénis ou des rectums et à faire comme si c'était des vagins et des utérus ? » Sur ces sujets, déplore Espace Santé Trans, « il y a très peu d'informations, et encore moins de bon sens, car la santé trans attise les passions d'influenceurs souvent assez peu intéressés par les réalités du terrain. C'est pourquoi une association comme la nôtre existe, pour informer et former. »

De son côté, Acceptess T ajoute que « outre les femmes trans, les gynécos peuvent recevoir en consultation des hommes (cis), si si ! », « par exemple en cas d'hypogonadisme masculin. Parce que les compétences médicales sont valables pour tous les corps. La bicatégorisation homme/femme, c'est pour les idéologues, pas pour la santé », complète l’association d’aide aux personnes trans. On ne saurait mieux dire.

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