En nommant cette exposition Over The Rainbow - du nom de la célèbre chanson que Judy Garland entonne dans le film le Magicien d’Oz et devenue au cours des années un symbole des luttes arc-en-ciel – le Centre Pompidou annonce d’emblée la couleur. Ce que confirme Nicolas Liucci-Goutnikov, commissaire de l’exposition : « l’idée est de s’interroger sur la façon dont des artistes, quelle que soit leur sexualité, ont voulu montrer une image affirmative pour lutter contre les stéréotypes qui ont été longtemps le lot commun. L’exposition n’est pas exhaustive mais propose une succession de moments significatifs de l’histoire sociale et culturelle des sexualités et (...) une constellation d’œuvres diverses ayant pour point commun d’affirmer, chacune à sa façon, ce que dénigre la représentation homophobe.» Répartie sur deux salles, avec un accrochage un poil sommaire, Over The Rainbow propose ainsi de voir, revoir, ou découvrir, plus de 500 œuvres (tableaux, films, vidéos, livres, photographies, fanzines, revues…) tirées des collections du Centre Pompidou et tournant autour de la représentation – mais aussi de l’affirmation – de l’homosexualité depuis le début du siècle. Des peintures des salons lesbiens des années 30 aux photos de travestis de Brassaï en pleine effervescence des années folles, du fameux livre blanc de Jean Cocteau aux dessins érotiques au stylo bille d’Andy Warhol, du court-métrage homo-érotique Un Chant d’Amour de Jean Genet à l’adaptation de Querelle de Brest par Fassbinder, des premiers numéros de la revue Gai Pied à tout une série de fanzines queer, des tracts activistes d’Act Up aux
photos sensibles de Wolfgang Tillmans, Over The Rainbow impressionne au premier abord par sa richesse iconographique. Si certaines œuvres sont plus connues que d’autres, preuve s’il en était de l’existence d’une mémoire collective homosexuelle, certaines pièces plus rares compensent ce sentiment de déjà-vu, mais le plus troublant reste le sentiment de confusion qui s’en dégage. Comme si Over The Rainbow peinait à articuler un discours, à relier ces documents les uns aux autres, à raconter une histoire en somme, plutôt que d’en délivrer des fragments épars. Si l’initiative reste à saluer, malgré un prix d’entrée un peu élevé pour une exposition de cette taille sponsorisée par les laboratoires Gilead, le succès en terme de fréquentation d’Over The Rainbow ouvre un champ des possibles et on se prend à rêver que les institutions muséales pourraient se montrer moins frileuses dès qu’il s’agit d’évoquer « l’homosexualité, ce dangereux problème ».
Over The Rainbow au Centre Pompidou, tous les jours sauf le mardi, de 11 à 21h, jusqu’au 13 novembre.
Photos :
Man Ray, Barbette Vander Clyde Broadway, dit Barbette, 1926, négatif au gélatino-bromure d’argent sur verre, 9 x 12 cm, Centre Pompidou, Mnam-CCI, Paris, don de Lucien Treillard en 1995, © Man Ray 2015 Trust/Adagp, Paris 2023 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Dist. RMN-GP
Jean Genet, Un chant d’amour, v. 1949-1950, film cinématographique 35 mm noir et blanc, silencieux, 26 min 20 s, Centre Pompidou,
Mnam-CCI, Paris, achat en 1989, © Jean Genet. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Dist. RMN-GP
Jean-Baptiste Carhaix, Sister Sadie the Rabbi Lady (1983). © Jean-Baptiste Carhaix, Courtesy Galerie Vrais Rêves, Lyon Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Bibliothèque Kandinsky/Dist. RMN-GP