Depuis un peu plus d’un an, les dégradations et les intimidations visant les Centres LGBT+ en France se succèdent. A Tours, le drame a même été évité de peu. Et cette violence n’est pas le seul défi auquel les Centres sont confrontés.
On pourrait quasiment parler d’attentat. Le 22 mai, le centre LGBTI de Touraine, basé à Tours, a été la cible d’une attaque violente, qui heureusement n’a fait aucune victime. Au moment de l’agression, deux salariées et un bénévole se trouvaient dans les locaux. « Elles ont vu quelqu’un lancer un cocktail à l’intérieur et, en sortant dehors, ont pu voir la personne ranger ses petites affaires et partir en courant en lâchant un « Bon courage », peut-on lire dans le Parisien. Quelques secondes plus tard, on a entendu une explosion assez importante ». La bouteille contenait un mélange explosif et des bris de verre. L’objectif était clairement de faire du mal. Loin d’être une action isolée, il s’agissait du point d’orgue d’une série d’actes malveillants et de dégradations visant le Centre LGBT depuis le début de l’année.
Dans les réseaux militants, l’émotion est forte. Où cela va-t-il s’arrêter ? Quelques jours plus tard, un adolescent de 17 ans est arrêté, puis mis en examen. Il a reconnu la majorité des faits. Selon France Bleu Touraine, le suspect fait partie de la mouvance catholique intégriste. Il a expliqué aux policiers avoir agi en raison de son « exaspération de la théorie du genre ». Dans un communiqué, le Centre LGBTI a fait part de son « soulagement » et affirme ne pas vouloir se laisser intimider : « Plutôt que de nous affaiblir et de nous déstabiliser, ces événements nous ont renforcés. »
Des Centres attaqués dans toute la France
Le Centre de Touraine n’est pas le seul à avoir été ciblé dernièrement. En septembre 2022 le rainbow-flag déployé sur la devanture du Centre LGBT+ d’Arras, dans le Pas-de-Calais, a été arraché à six reprises. Des autocollants LGBTIphobes ont également été collés sur la vitrine du bâtiment. A Paris, à la même époque, le rappeur Tovaritch a fait irruption au centre LGBT de Paris pour se moquer ouvertement des bénévoles de ce lieu et les intimider. Il venait tout juste de sortir une chanson explicitement homophobe. En février dernier, le centre LGBT+ de la Réunion, à Saint-Denis, a été incendié et couvert d’inscriptions homophobes. Le 4 juin, c’est la vitrine Centre LGBT+ de Perpignan, une ville dirigée par l’extrême-droite, qui a une nouvelle fois été dégradée. « Des tags hostiles clamant « Pas de vos propa » (pour « propagande »), les mots « Gays », « Bi », et « Trans », ainsi que les tous les contacts (mail, site internet, téléphone) ont été soigneusement biffés à la peinture noire. », rapporte le site L’indépendant.fr. Une croix celtique, marque de l’extrême droite a également été dessinée. Dernier exemple, la devanture du Centre LGBT de Nantes, Nosig, a été dégradée plusieurs fois, tout comme le célèbre escalier rainbow de la ville.
La succession des faits commence à sérieusement inquiéter. Dans une tribune publiée par Têtu une cinquantaine d’associations appelle « les pouvoirs publics nationaux, régionaux et locaux, à mettre en œuvre les moyens nécessaire pour permettre aux personnes LGBTI de continuer à se rendre dans les centres LGBTI sans risquer d'être exposées à des violences. »
« Nous appelons le gouvernement à agir sans tarder pour prévenir beaucoup plus efficacement les violences à l’encontre des personnes LGBTI, en renforçant les moyens d’action de l’éducation nationale, de la police et de la justice, et à agir de manière beaucoup plus volontariste en faveur de l’égalité des droits », écrivent les associations.
Aussi une question de moyens
L’autre danger qui pèse sur les Centres LGBT français est celui du sous-financement. Si le fonds de 3,5 millions attribué l’an dernier par la Première ministre suite à l’affaire Caroline Cayeux (qui avait parlé des homosexuels comme « Ces gens-là ») a donné une bouffée d’air frais salutaire, rien ne dit qu’il va être prolongé. La fédération LGBTI, qui rassemble les 35 centres LGBT français demande par conséquent la pérennisation de ce fonds exceptionnel.
Dans un communiqué, les porte-paroles de la fédération s’expliquent : « reconnus pour leurs compétences, les 35 Centres LGBTI+ en France métropolitaine et dans les DOM-TOM interviennent en milieu scolaire, accompagnent les réfugiés LGBTI+, jouent un rôle majeur dans la santé communautaire et constituent souvent les seules structures capables de soutenir les victimes dans les départements. (...) Très peu soutenus par l’État, ces centres dépendent essentiellement de l’engagement des bénévoles, avec des difficultés en termes de disponibilités et de capacité à agir efficacement. Compte tenu du volume de leurs activités, des sollicitations croissantes des secteurs public et privé, et de l’expertise requise, leur professionnalisation est devenue une nécessité. »
La Fédération évalue les besoins des Centres à 3,150 millions d’euros. « C’est peu !" commente le communiqué. "A titre de comparaison, l’État a financé la Fédération Nationale des Chasseurs à hauteur de 11,46 millions d’euros en 2021, soit presque 4 fois plus ! » A l’heure où les Centres sont fragilisés par la montée de l’extrême-droite et la multiplication des intimidations, un financement ambitieux devient urgent.