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Disparition de Jan-Paul Pouliquen, l’un des pères du pacs

Xavier Héraud

Son nom ne dira pas sans doute pas grand chose à beaucoup. Mais il fut l’un des principaux artisans du pacs. Jan-Paul Pouliquen est mort le 28 avril.

C’est un pan de l’histoire LGBT française qui disparaît avec Jan-Paul Pouliquen, mort le 28 avril dernier à Trappes à l’âge de 69 ans. Son nom est en effet indissociable du pacs dont il fut l’une des chevilles ouvrières. Jan-Paul Pouliquen, c’était tout d’abord une forte personnalité. Dans un épisode du podcast La fièvre, du collectif Archives LGBTQI+, il se dit « excessif en tout ». A sa mort, certains ont parlé de « personnalité entière », d'autres le qualifant, avec une certaine affection, d’« emmerdeur ».  

Et c’était aussi un militant dans l’âme. Dès son jeune âge, il s’engage pour les personnes âgées, puis milite au Parti Communiste.  « Comme beaucoup de gens de ma génération, on croyait qu’on était seul à être homosexuel », raconte-t-il dans le podcast.

Dans les années 80, il milite au CUARH, la plus grande association gay et lesbienne de l’époque et il participe à la fondation d’Homosexualités et Socialisme (HES). Plus tard, il rejoint le MDC de Jean-Pierre Chevènement. 

Un article de Gai Pied lui inspire le pacs

L’inspiration pour le pacs lui vient en lisant un article de Gai Pied. « Un jour je lis un papier de Roland Surzur relatant l’histoire de deux mecs qui habitaient ensemble dans la région de Dijon. L’un des deux est décédé et l’autre n’a même pas pu récupérer sa brosse à dents et ses effets personnels parce que les parents du défunt ont mis des scellés sur l’appartement. J’étais tellement écœuré, tellement révolté, je me suis dit punaise il faut faire quelque chose. » Il n’est pas le seul à avoir l’idée. En 1990, l’association Les gays pour les libertés — les gays fabiusiens — fournit une proposition de loi de partenariat enregistré pour Jean-Luc Mélenchon, qui est alors sénateur socialiste. L’élu dépose la loi avec onze de ses collègues, mais c’est un échec, le texte n’est pas soumis au vote. Et les Gays pour les libertés ne vont pas plus loin. 

« Eux contrairement à moi, ils pensaient qu’en six ou huit mois ça serait plié. Moi je me suis dit dès le départ « On va se donner une petite dizaine d’années » », raconte Jan-Paul Pouliquen au micro de La fièvre. De son côté, il évoque le sujet avec un ami, le député chevènementiste Jean-Yves Autexier. A sa grande surprise, ce dernier lui demande de lui présenter un projet. Il prend contact avec d’anciens militants du CUARH comme le juriste Gérard Bach-Ignasse ou Françoise Renault. Se crée alors le Collectif pour le Contrat d’union civile (CUC), avec d’autres militants dont un jeune Denis Quinqueton, futur président d’HES. 

L’idée de départ était de faire un contrat bien distinct du mariage et de ne pas le réserver aux seuls couples homosexuels ni même aux couples. Il était ainsi prévu que les frères et sœurs puissent signer un contrat. Mais cette disposition a été abandonnée sur des questions de succession. Une fois les contours définis et validés par Jean-Yves Autexier, avec la bénédiction de Jean-Pierre Chevènement — dont les droits des minorités n’ont pourtant jamais été la tasse de thé, le collectif contacte tous les députés et les sénateurs, met en place un système de mailing régulier, envoyé depuis l’Assemblée et se déplace régulièrement dans toute la France. Mais le texte n’aboutit pas non plus. 

En 1993, la droite remporte les élections législatives. La gauche est balayée et ne fera son retour en 1997 que grâce à la dissolution inattendue de l’Assemblée Nationale. Le collectif repart à l’attaque, après un travail de fond de quatre ans. Cette fois-ci le projet est porté par les députés socialistes Patrick Bloche et Jean-Pierre Michel. Et le CUC devient pacte civil de solidarité (pacs). 

Une première tentative de vote à l’Assemblée nationale a lieu en 1998, mais la gauche n’est pas assez présente dans l’hémicycle et perd une motion d’irrecevabilité... et la face (Lire Le jour où la droite a eu la peau du pacs). Il faut attendre 1999 pour que cette fois-ci, ça passe. 

Jan-Paul Pouliquen, qui n’a jamais désarmé, critique les convaincus de la dernière heure dans la communauté LGBT. Les associations « ne bougeaient pas leur cul », lance-t-il au micro de la Fièvre. « Quand c’est devenu parlementaire, là elles se sont bougées en se disant « on va passer à la télé » », ajoute-t-il, acerbe.  

Après l’adoption du pacs, Jean-Paul Pouliquen, qui a travaillé pendant une grande partie de sa vie comme fonctionnaire à la ville de Paris, s’est fait plus discret dans le mouvement LGBT. Comme il le confiait au micro du collectif Archives LGBTQI+, il ne voulait pas faire sa carrière sur le pacs. Au point que beaucoup ignorent aujourd’hui qui il était. Si aucun combat ne peut être résumé à une seule personne, certains d’entre eux n’auraient pas été menés de la même manière sans le rôle moteur d’un individu. Jan-Paul Pouliquen étaient de ceux-là.

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