L’artiste d’origine palestinienne combine rap new-style, beaugossitude et militantisme avec brio. On est fan.
Adeptes des réseaux sociaux, et particulièrement de TikTok - la plateforme qui fait et défait les carrières dans la musique - vous n’avez pas pu échapper au phénomène Saint Levant. Un jeune chanteur et compositeur d’à peine 22 ans installé à Los Angeles, mais né à Jérusalem d’une mère franco-algérienne et d’un père palestino-serbe, qui ces derniers mois a pulvérisé les records d’audience avec deux titres : Very Few Friends et I guess. Un mélange de trap, de pop, de RnB et de mélodies doucement orientales, clin d’œil à ses origines, porté par une voix mi-chantée, mi-susurrée, grave et sensuelle, à donner des sueurs à tout être normalement constitué. Né en 2020, Abdelhamid Marwan, a grandi dans la bande de Gaza jusqu’à la guerre civile palestinienne et la victoire du Hamas de 2007 qui le contraignent à fuir avec sa famille. Il trouve refuge à Amman en Cisjordanie, fait quelques pauses ado en France, et notamment Marseille, avant de s’envoler pour les Etats-Unis, en Californie plus précisément, pour y suivre des études de droit international et de sciences politiques. Mais le destin a plus d’un tour dans son sac, et le jeune homme est rattrapé par son enfance qui l’a vu être bercé par une multitude de sons, de la pop occidentale aux musiques arabes traditionnelles, comme par sa propension à affirmer sa masculinité, tout en la débarrassant de ses scories toxiques, ongles vernis, nombreux piercings et fringues méga-colorées, et ce en Cisjordanie où s’écarter des normes n’est pas toujours chose aisée. Très vite, celui qui a étudié petit le piano et le saxophone, et qui avoue être un immense fan de Wyclef Jean (ex-leader du groupe les Fugees), de Mika et de Stromae, mu par un engagement politique fort, comprend que la musique est sa voie, mais aussi une manière de faire entendre sa voix en défense de l’indépendance de la Palestine, pour lequel il est un militant acharné, comme il le déclare haut et fort : « je me disais que la musique pouvait être une façon efficace de représenter la Palestine à un niveau international. »
Se donnant comme mission de sensibiliser son public, et ses milliers de followers sur les réseaux sociaux, sur les exactions et injustices commises par l’armée et le gouvernement israéliens dans les territoires occupés, s’inscrivant dans la lignée d’une jeune génération d’artistes engagés pour la cause palestinienne comme Bella Hadid, Saint Levant multiplie les titres puissants - From Gaza, with love, Nirvana in Gaza, Jerusalem freestyle – comme il aborde des sujets de société contemporains et brûlants de la sexualité à la santé mentale, de l’amour à la masculinité toxique. Aidé par un physique à se damner, et une moustache qui donne envie de réserver le prochain vol pour Los Angeles, Saint Levant en parfait citoyen du monde refuse d’être réduit à une nationalité, à une langue (il chante en français, arabe et anglais), à un style de musique qu’à un genre. Parfaitement conscient de la puissance médiatique des réseaux sociaux, Saint Levant brouille les pistes, joue de son image, pose en débardeur blanc du plus bel effet ou en costard-cravate très Men At Play, quand il ne s’affiche pas en djellabah ou le visage enturbanné d’un keffieh. Autant dire que ce sex-appeal parfaitement étudié et affiché, sans tomber dans l’érotisme de pacotille, a montré son efficacité : ses vidéos sur TikTok, où il teste ses nouvelles compositions, provoquent régulièrement des montées d’hormones et ses tubes comme Very Few Friends ou I Guess affichent plus de 25 et 10 millions d’écoutes. On attend donc avec impatience que le beau gosse à se damner nous annonce enfin qu’il lance son Onlyfans !
Saint Levant : From Gaza, with love