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Centre d’archives LGBTQI de Paris : le bout du tunnel ?

Bruno De

Le Centre d’archives LGBT de Paris va-t-il enfin voir le jour ?  Les contours du projet sont désormais bien définis. Et le financement semble enfin amorcé. On fait le point sur la situation. 

Lancé il y a six ans, suite au film 120 bpm, de Robin Campillo, le collectif Archives LGBTQI+ butait jusqu’ici sur deux obstacles : trouver un local permanent et obtenir des financements pérennes. Le premier a été surmonté. Après avoir refusé deux lieux proposés par la mairie, le collectif a identifié un local au 147-149 rue de l’Ourcq dans le XIXème arrondissement de Paris. Côté financement, une première étape semble avoir été franchie, avec l’engagement de plusieurs acteurs publics. Les militant.e.s ont organisé deux réunions de financement les 13 mars et 14 avril dernier avec autour de la table la ville de Paris, la région île de France, la Dilcrah, le ministère de la Culture, le ministère de l’Egalité Femmes/Hommes et la DRAC. Après une présentation du projet de Centre d’archives LGBTQI, il était demandé à chacune de ces institutions de se positionner et — si possible — de sortir le carnet de chèques. 

Résultat des courses : la Dilcrah s’engage à hauteur de 100 000 € pour 2023, puis 120 000 € en pluri-annuel. La région souhaite aider sur du fonctionnement et de l’investissement pour financer la partie Centre Culturel jusqu’à 150 000 €, et le tout sur du pluri-annuel. Et la ville de Paris s’engage à contribuer au fonctionnement du Centre à hauteur de 25 ou 30 000 € pour 2023 et 50 000 € pour 2024. Les travaux  seront financés principalement par la mairie, qui a voté une aide de 300 000 €, le propriétaire, qui devrait mettre sur la table près de 40 000 €, ainsi que la région pour un montant non encore défini. 

Le ministère de la Culture ne s’est pour l’instant pas engagé sur un montant, mais l’équipe des Archives doit rencontrer le cabinet de la ministre dans les semaines qui viennent et compte bien mettre la pression pour décrocher un soutien financier.  

« Ce n’est pas ce qu’on espérait »

C’est un bon début, mais comme dirait une humoriste, les calculs sont pas (encore) bons. « Ce n’est pas tout à fait ce qu’on espérait », confirme Sam Bourcier, du collectif. Avec un chiffre qui tournerait plutôt autour de 250 000 € par an, on est effectivement loin des 800 000 € nécessaires pour l’installation et du million d’euros pour un fonctionnement optimal lors d’une année de pleine activité.  

Sam Bourcier regrette notamment que le loyer de 66 000 € HT ne soit pas subventionné directement. « Personne n’a dit qu’il paierait le loyer, donc on est obligé de prendre dans les subventions de fonctionnement pour payer le loyer », indique-t-il.  

Pour le moment, reconnaît Sam Bourcier, « on est sur quelque chose d’un peu fragile.  Il faudrait 2 salariés, un.e gestionnaire administratif.ve et un.e archiviste, précise-t-il. En l’état on pourrait sans doute n’en prendre qu’un, ce serait une personne qui coordonne le tout. » 

Du côté des financeurs, on encourage le Centre à y aller davantage par étapes. « On nous dit de présenter un autre calendrier et que la partie informatique est trop importante, réagit l’auteur de Queer Zones. On peut faire un peu moins mais on ne peut pas ne rien faire. Vraiment, c’est important d’ouvrir en même temps la partie physique et la partie informatique. » D’autant que cette partie informatique sera en connexion avec les autres centres via le projet Big Tata (https://bigtata.org/), une plateforme qui a pour ambition de mettre en commun les données de tous les centres en France comme Mémoire des sexualités à Marseille ou le Brrrazero à Lyon. 

Pour boucler le budget, il est prévu maintenant d’aller chercher du mécénat privé. Mais cette première étape était nécessaire avant d’aller plus loin, estime Thierry Bertrand, du collectif: « La mécanique en France, c’est si les investisseurs publics n’y vont pas, les entreprises privées n’y vont pas ». Mais pour cela, il faut du temps et une expertise qui manquent tous deux au collectif.  

Une ouverture pas avant 2024

En attendant de consolider son financement, le collectif poursuit sa programmation culturelle avec des ateliers de découverte et d’ouverture de fonds (photo), des lectures, ou des séminaires dans son local provisoire au 13 rue Santeuil, dans le Vème arrondissement de Paris, à quelques pas du Jardin des plantes. Les militant.e.s y bénéficient d’une salle de réunion et deux salles étroites de stockage de 30 m2, qui ne permettent pas un stockage de grande envergure. Dans une logique de création d’archives, le collectif a aussi créé un podcast « La Fièvre, le feuilleton des luttes » qui entre dans sa quatrième saison. 

Alors quand aura-t-on à Paris un centre pouvant rivaliser avec le Schwules Museum de Berlin ou la GLBT Historical Society de San Francisco ? « Pour les travaux, avec les Jeux Olympiques, beaucoup d’entreprises sont bookées. L’ouverture, ça ne pourra pas être avant le deuxième semestre 2024 », répond Sam Bourcier. Il va donc falloir encore s’armer d'un peu de patience. Celles et ceux qui attendent ce lieu depuis plus de vingt ans en ont hélas l’habitude.

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