Dès ce mois de mai et jusqu’à l’été, un peu partout en France, les Prides vont se succéder à un rythme effréné. Nous allons danser un peu partout derrière des chars techno (sauf à Paris où ils sont désormais bannis) pour nous défouler et crier notre joie de vivre librement nos sexualités et nos identités de genre. Avec ferveur et fierté.
Cela me fait penser à ce titre musical, véritable monument de la culture française « Laissez-moi danser » de Dalida. Au-delà de la mise en joie que ce titre installe systématiquement, il envoie des messages. Car, quand la chanson sort en 1979, les français.e.s sont tous les samedis soirs devant leur petit écran noir et blanc qui ne compte que trois chaînes à l’époque, et regardent les émissions de variétés. On est en pleine période de révolution sexuelle (post 68), et Dalida est entourée de danseurs que tous les téléspectateurs avertis supposaient comme gays. Bien malgré eux (ou pas), ils symbolisaient un espoir pour toutes celles et ceux qui ne pouvaient pas vivre leur sexualité dans cette veille France très conservatrice.
Quelques années plus tard, le sida arrivera en France et commencera son carnage. Dans les discothèques gay, alors même que la mode musicale est toute autre, le titre « laissez-moi danser » continuera d’être joué et de connaître du succès, comme une revanche à l’hécatombe qui se déroulait sous nos yeux. D’ailleurs, quelques années plus tard encore, Act Up sortira un slogan du même acabit : « danser = vivre ». Un slogan plein d’espoirs à une époque où ils étaient si minces.
Le titre a depuis été remixé et repris mille fois. Jusqu’à cette récente interprétation de Bilal Hassani qui ne peut laisser indifférent, à la suite de l’annulation de son concert prévu à Metz, suite à des menaces d’ultra-catholiques. Quelle belle réponse !
A Paris, dans un tout autre registre, le collectif inter-associatif Inter-LGBT a donc décidé en avril d’interdire les gros chars techno qui attiraient les foules à la marche des fiertés et derrière lesquels nous aimions tant danser. Ceci pour s’impliquer dans une logique de transition écologique et plus politique. Cette décision est souveraine et légitime, il n’y a pas de débat sur le sujet. Ce qui, de facto, engage la responsabilité pleine et entière de l’Inter-LGBT pour l’avenir, dans une France et une Europe où les Prides sont synonymes de fête et de musique autant que de militantisme. Les personnes LGBTQ+ déçues et leurs allié.e.s marcheront-iel.le.s toujours à Paris dans le futur ? Et vient l’envie de rappeler que ces moments doivent normalement nous rassembler et non nous diviser. Car, derrière l’approche écolo radicale de ce nouveau format, il y a un besoin peut-être un peu moins écolo mais tellement fort : le besoin de danser. ENSEMBLE.
Danser, c’est résister. Danser, c’est ne pas vouloir entrer dans le rang quand il n’est pas le nôtre. Parce que, partout dans le monde, nous sommes pluriel.le.s. Alors LAISSEZ-NOUS DANSER !
Franck Desbordes, Directeur de la publication