Après un carton à l‘automne dernier, la pièce le Frigo, adapté par Guillaume Antoniolli revient sur la scène du théâtre Pixel pour 5 dates exclusives tous les samedis soir du 29 avril au 27 mai. Tenez-vous prêts.
Surprenant et séduisant à bien des égards, l’univers de cet auteur complètement barré va faire naître en vous un tourbillon de sentiments. Un peu dérangés, vous le serez assurément. On le serait à moins, mais pénétrer dans le monde de Copi c’est se confronter à la rudesse des sujets, la violence du vécu, la folie du maître et l’amas de questionnements qui nous assaille. Pour cette envolée lyrique, l’interprétation magistrale de Fabio Di Domenico, qui campe le héros de cette histoire, marque les esprits. A l’aise dans le rôle, cette jeune pépite du théâtre français déroule un être déluré, provocateur et perdu dans les méandres d’un esprit complexe. Vous y reconnaitrez la patte du talentueux metteur en scène qui livre une version puissante du texte, à l’image de « La nuit juste avant les forêts » de Bernard-Marie Koltès qu’il avait proposé il y a quelques mois.
De la haute voltige
Vient lors le temps de décrire la pièce ? Pas facile ! Ce que l’on peut commencer par vous dire, c’est que Copi consommait de la drogue, beaucoup de drogue, il y fait d’ailleurs largement référence dans le Frigo et c’est une dimension qu’il faut intégrer constamment en regardant la pièce. Entre deux champignons hallucinogènes et un shoot d’héroïne, les personnages totalement déjantés se succèdent à la vitesse d’un cerveau en mode parano. C’est déjanté, c’est beau, c’est dramatique et magistral à la fois. Le Frigo est aussi le témoin d’une époque et d’une histoire dramatiques.
Pour son anniversaire, la mère de Copi lui fait livrer un frigo… Mais qu’y a-t-il dans ce frigo ? Et pourquoi un frigo ? L’objet sera le support pour de multiples analyses, le rappel de souvenirs douloureux et de combats nécessaires et continus pour lutter contre les démons et tenter de rester à l’équilibre. En vie.
Car derrière tous ces personnages magnifiques, amusants et drôles parfois, hauts en couleurs, flamboyants d’envie de vivre et de crier, se cache en réalité les maux, la souffrance. Celle de l’homosexualité condamnée, de l’homophobie, du viol, et de tant d’autres choses qui seront révélées pendant la pièce. « Le Frigo », c’est aussi la dernière pièce de Copi avant qu’il ne meure du sida en 1987 à 48 ans. D’ailleurs dans la pièce, sa mère lui lance un « ne me dis pas que tu as attrapé le cancer gay ! »
Un texte révélateur
Lorsqu’on le replace dans le contexte social et historique de l’époque, tout prend une autre dimension, une dimension qui dépasse le seul caractère fou et déjanté de la pièce le Frigo qui est aussi un témoignage fort sur une époque pleine de désespoirs. Les mots, les cris et les douleurs sont gravés au plus profond de la chair de l’auteur que le texte lui permet de libérer. Sur scène, l’acteur Fabio Di Domenico délivre là une très belle performance, il enchaine les rôles, aidé par Edouard Sibé qui tient un second rôle tout aussi dément. Côté costumes. Il y a du Klaus Nomi et du Taxi Girl dans cet univers, il y a de la drogue et de la folie, des drames et de l’espoir malgré tout… Un espoir déraisonnable. Il y a tant de notre époque en fait. Vous en sortirez assurément intrigués voire dubitatifs sur les interprétations possibles : certains personnages sont-ils réels ou juste une expression schizophrénique et paranoïaque de Copi ? Mais là n’est pas le plus important… Les vraies questions sont : « qu’est-ce que ce frigo représente-t-il ? », « qu’y a-t-il donc dans ce frigo ? » Si vous voulez le savoir, allez voir la pièce… vous le découvrirez peut-être… ou pas. Mais une chose est certaine, vous ne sortirez pas indemnes !
Le Frigo de Guillaume Antoniolli, Théâtre Pixel 75018 Paris, les samedis 29 avril, & 6, 13, 20 et27 mai à 21h30