Tom, un jeune publicitaire cosmopolite, se rend à la campagne pour assister aux funérailles de son amant. Mais la rencontre avec la famille est un combat des plus violent autant physiquement que psychologiquement. Le comédien et metteur en scène Vincent Marbeau qui donne vie à la pièce Tom à la ferme nous explique ce tourbillon émotionnel.
Après un franc succès aux Théâtre La Manufacture des Abbesses, la pièce Tom à la ferme reprend la direction des planches. Qu’est-ce que cette reprise t’inspire ?
Ce projet, on le construit depuis 2019, plusieurs fois retardé à cause de la pandémie, donc cela a été pour nous un vrai soulagement de pouvoir enfin le présenter et de voir que le public a été au rendez-vous chaque soir. Quand on monte des textes forts et engagés comme Tom à la ferme, on ne le fait pas sans se mettre en danger, comme metteur en scène et comme comédien. C’est aussi ce que je cherche avec cette reprise, aller encore plus loin, ce serait trop facile - et trop confortable, de simplement rejouer la pièce comme on l’a jouée en septembre. Mon but est d’emporter toujours plus le spectateur avec nous dans la ferme, même si c’est parfois dérangeant.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de mettre en scène ce texte du canadien Michel Marc Bouchard ?
J’ai découvert Michel Marc Bouchard par son texte Les Feluettes qui m’a tout de suite interpellé, puis j’ai dévoré sans œuvre ensuite. Tom à la ferme a été un véritable coup de poing pour moi. La pièce traite d’enjeux qui nous touchent tous, la solitude, l’éloignement, la perte d’amour, l’abandon de l’enfance, notre incapacité au dialogue, le lourd poids des non-dits. Quelle place faisons-nous aux uns et aux autres. Depuis le mariage pour tous, il y a un relent homophobe dans la société française qui me heurte violemment. Mettre en scène Tom à la ferme aujourd’hui permet de mettre la lumière sur l’œuvre et ce qu’elle dénonce. Et je crois, permet de se sentir moins seul.
Tom, c’est toi sur scène. T’es-tu inspiré des précédentes versions et de l’adaptation faite par Xavier Dolan pour construire ton personnage ?
J’ai vu le film il y a quelques années et j’ai adoré (étant fan de Xavier Dolan) mais je ne m’en suis pas servi pour mon personnage. Le travail que j’ai fait a été très personnel dans un premier temps puis s’est construit avec les autres comédiens. La relation ambigu et troublante avec Francis, le frère du défunt, entre violence assumée et désir refoulé. Mais aussi la mère du défunt que Tom rencontre pour la première fois. Pour cette pièce, en tant que comédien il y a un moment de bascule où il faut accepter de se jeter à corps perdu dans la violence (physique et mentale).
Les rapports humains dans tout l’éventail de leurs expressions sont au cœur de ce thriller psychologique. Comment as-tu orchestré cette déferlante de sentiments d’une violence verbale inouïe qui flirte avec le malaise ?
La première contrainte lorsque nous avons commencé les répétitions a été de ne pas tricher. Je me suis posé beaucoup de questions pour savoir ce que l’on pouvait montrer sur scène. Et finalement je n’ai mis aucune censure dans les scènes et le jeu des comédiens, quitte à créer quelque chose de parfois dérangeant. Cette violence inouïe dont tu parles n’est pas gratuite, n’est pas là pour choquer mais fait écho à la violence de la société d’aujourd’hui, cette répression qui ne fait que croitre. Que pouvons-nous faire avec ?
Tom à la ferme, c’est une confrontation âpre et un abandon ?
C’est la rencontre de deux univers que tout oppose où chaque personnage tente tant bien que mal de faire le deuil d’un amour, d’un fils ou d’un frère. Ce deuil va les relier l’un à l’autre par un fil invisible, bien malgré eux.
On en veut à l’autre et en même temps on a besoin d’être consolé. De comprendre.
Je repense souvent à cette phrase de Michel Marc Bouchard : « tendre l’oreille à la souffrance amoureuse, on y peut tous, un peu, quelque chose, chaque jour ».
Le public peut-il ressortir indemne d’une telle expérience ?
J’aime vraiment quand tu parles d’expérience car j’ai vraiment conçu la pièce comme cela, mon but est d’emmener le public avec nous dans la ferme. De l’enfermer avec nous pour vivre la pièce de l’intérieur, la scénographie est conçue pour ça. Je veux que chaque personne ressente ce que j’ai ressenti en lisant le texte, ce « coup de poing dans le ventre ». Et c’est vrai qu’en général le public ne ressort pas totalement indemne et ce qui est formidable c’est que beaucoup de personnes nous attendent après la pièce pour parler avec nous de ce qu’on vient de vivre collectivement. Et je crois que c’est dans ces moments-là que le spectacle vivant prend tout son sens.
Tom à la ferme, du 8 janvier au 15 février, Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron 75018 Paris, manufacturedesabbesses.com