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Queer tube : Frankie Goes To Hollywood - Relax

Patrick Thévenin

Il faut essayer d’imaginer le scandale provoqué par la sortie de « Relax », premier single du groupe anglais Frankie Goes To Hollywood (FGTH), en octobre 1983. Tube imparable et sorti de nulle part, mélange de rock progressif, de Hi-NRG et de new-wave, porté par un refrain à double entente qu’on pouvait lire comme une invitation à retarder l’éjaculation pour augmenter la jouissance ("Relax, dont do it / When you want to go to it / Relax, don’t do it /When You Want To Come"), voire une ode à la sodomie. « Relax », notamment grâce à sa vidéo, fut un pavé de sexualité gay, vécue dans toute sa trivialité et sa fierté, balancée en pleine poire de l’hétérosexualité dominante !

L’histoire raconte que Holly Johnson, leader et chanteur du groupe, eu l’idée du morceau, quelques mois plus tôt, à Liverpool alors qu’il accélérait le pas car il était en retard pour les répétitions avec le groupe qu’il venait de former avec le bassiste Mark O’Tool et le batteur Peter Gill. C’est en voyant sur l’émission The Tube FGTH jouer une des premières versions brute de brute de « Relax » que le producteur de génie Trevor Horn (on lui doit, entre autres, les succès interplanétaires, « Owner Of A Lonely Heart » de Yes et « Video killed the radio stars » des Buggles) se dit que le groupe tient là l’ébauche d’un futur tube. Il faudra attendre une quatrième version, totalement remodelée, bourrée du dernier cri de la technologie, de synthés rutilants et de râles de jouissance computérisés, pour enfin satisfaire Trevor Horn, toujours à la recherche du tube parfait.

Ce dernier se souvient lorsqu’en studio, il a fait écouter la version définitive à Holly Johnson et Paul Rutherford (un des deux membres ajoutés à la version initiale de FGTH) : « dès qu’ils ont entendu les premières notes Holly et Paul se sont mis à danser comme des fous, et nous aussi dans le studio. Quand à 4 heures du matin, Holly a posé sa voix, il était dans un état d’excitation pas possible. On aurait cru un doberman qui venait de choper un lapin ! » Lancé par un clip provocant où un jeune cadre en costume-cravate découvre les yeux écarquillés les bas fond d’une darkroom haute en couleur en même temps que les plaisirs du cuir et du latex, « Relax » choque l’Angleterre, et dans le lot nombres de gays choqués par la trivialité des paroles et des images, et se voit très rapidement banni de diffusion par la BBC. Devenant le deuxième disque interdit par la vénérable institution depuis le « Je t’aime, moi non plus » de Gainsbourg et Birkin en 1969 ! Comme toujours l’interdiction, au lieu de freiner le succès du disque, éveille la curiosité des auditeurs tout en plaçant le titre tout en haut des charts pendant de longues semaines.

Un parfum de scandale dont s’amuse le groupe qui accompagne le titre d’une campagne de pub proclamant que « tous les gentils garçons aiment les marins », de tacles vis-à-vis de Duran Duran, le groupe de garçons coiffeurs qui cartonne à l’époque et d’une série de t-shirts avec écrit « Frankie say relax. Don’t do it » devenus aujourd’hui collectors. Écoulé à plus de deux millions d’exemplaires, resté 52 semaines dans les charts, « Relax » fait désormais partie de la culture populaire. On l’a entendu dans le film « Body Double » où Holly et Paul ont des rôles de figurants, dans un épisode de « Miami Vice  », dans le désopilant « Zoolander » de Ben Stiller, dans le jeu vidéo Grand Theft Auto et le fameux t-shirt fait même une apparition dans un épisode de  « Friends » ! Suivi par deux singles, le trépidant et politique  « Two Tribes » et son clip coup de poing et le slow sirupeux  « The Power of Love », le groupe se séparera après deux albums de pop flamboyante, juste avant que Trevor Horn, leur producteur, ne leur concocte  « Slave to the rhythm ». Un tube monstrueux et magique qui terminera dans les mains de Grace Jones qui en fera un de ses plus gros succès et aussi un de ses meilleurs albums.


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