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Les 10 ans du 7e genre

Julien Claudé-Pénégry

Avril sera pour le ciné-club Le 7 e genre, le mois des 10 ans. Ce rendez-vous cinéphile qui a toujours défié les normes est unique en son genre. L’occasion de revenir avec sa fondatrice Anne Delabre sur une décennie de rencontres autour de pépites cinématographiques qui traitent du genre et des minorités sexuelles.

Quel bilan tirez-vous de dix ans d’existence ?

Le paysage était bien différent il y a dix ans. Lorsque j’ai lancé le ciné-club, on m’a rétorqué que c’était ringard. A part quelques lieux étudiants, c’était rare de trouver un ciné-club. Nous étions le seul ciné-club côté Rive Droite et sur les questions de genre, personne n’en parlait. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse, ils fleurissent partout et on ne parle que de ça. A l’époque, je n’ai pas voulu faire un ciné-club LGBT, mais un RDV qui questionne sur les genres et les sexualités minoritaires. Ce n’était pas gagné ! On a commencé doucement, on a fidélisé un public au fil des années avec une offre que les gens ne peuvent pas trouver ailleurs. Nous avons fait dans la niche de la niche : en se tournant vers le cinéma de patrimoine que nous avons orienté fiction et plus spécifiquement sur les raretés. En fait notre public est devenu exigent avec le 7e genre. On a senti une vraie demande qui nous a permis de proposer plus d’une centaine de films suivis d’un débat d’une heure en sortie de projection avec des invités spécialistes. Venir au 7e genre, c’est assister à un évènement avec un film rare, une intervention, un échange, un débat. Chaque soirée est unique comme une performance artistique !

Pour célébrer cet anniversaire, qu’avez-vous imaginé ?

Déjà le 20 mars, on se retrouve avec le film Jeunes filles en uniforme. C’est le mois d’avril qui va être une sorte de climax, un moment de festivités. Le programme n’est pas encore précis avec des dates, mais nous allons multiplier les propositions avec une table ronde organisée autour du cinéma de patrimoine, une séance spéciale autour d’un film hongrois inédit avec l’Institut hongrois, une autre avec une conférence sur le cinéma gay sous le franquisme suivi d’un film inédit de Eloy de la Iglesia. On espère pouvoir mettre en œuvre un moment privilégié avec Victoria Abril et créer un événement un peu plus festif, où l’on viendrait s’amuser.

Ce mois d’avril signera aussi une mise en pause pour Le 7e genre ?

Après 10 ans, une pause s’impose. Nous sommes régulièrement invités à droite et à gauche donc nous continuerons avec de nombreuses interventions. En février par exemple, bien que ne ferons pas de Ciné-club au Brady, mais je suis invitée au Breakfast Cinéma Club, qui est un rdv étudiants de cinémas indépendants de Paris et comme ils ont une thématique Queer pour les 6 mois à venir, donc je vais y présenter La Rumeur de William Wyler, et Carole de Todd Haynes. On travaille aussi avec le Festival Écrans Mixtes de Lyon et Cinéfable vient de m’inviter pour les 35 ans de l’association. On fait également la programmation Patrimoine du Festival Chérie-Chéri. Jusqu’à la fin de l’année, il n’y aura pas de Ciné-club au Brady, mais le 7e genre ne va pas disparaître du jour au lendemain. Peut-être que dans l’avenir on se dirigera vers des rendez-vous un peu plus exceptionnels, un week-end, un festival...


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