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Un cœur pour tout.e.s.x

Julien Claudé-Pénégry

La situation des demandeu.r.se.s.x d’asile LGBTQQIAPP+ en France n’est pas un de tout repos. Il doit répondre à des besoins spécifiques. Dans les démarches, la jeune association Famille au grand cœur les accompagne dans un périple qui s’apparente souvent à un parcours du combattant. Discussion avec Aldric Warner, porte-parole parisien. 

Qu’est-ce que Famille au grand cœur ? 
Famille au grand cœur est une association créée par et pour les demandeu.r.se.s d’asile LGBTQI+ qui a été lancée en mars 2021, à Montpellier (le siège actuel). Toutefois, des groupes de travail sont répartis un peu partout en France, à Bordeaux, Toulouse, Perpignan, Narbonne, Nantes ou encore Paris. Concrètement, les bénéficiaires sont les acteurs mêmes de la structure, le Conseil d’Administration étant justement composé de douze d’entre eux. 
À ce jour, l’association accompagne 60 jeunes dans leurs différentes démarches, sociales, professionnelles et médicales. Ces derniers sont majoritairement originaires du continent africain, d’autres parfois de l’Europe de l’Est et de l’Asie.

Comment est née cette association ? 
A ce jour, peu ou pas de structures, LGBTQI+ et généralistes, répondent pleinement à 100 % des besoins de cette communauté. Dès lors, les jeunes demandeu.r.se.s d’asile LGBTQI+, jeunes comme plus âgés, sont obligés de se rendre d’un lieu à l’autre pour obtenir de l’information, dans les centres LGBT et les centres d’asile spécialisés. Ce qui n’est pas simple pour une personne qui vient à peine d’arriver en France. 
En conséquence, Famille au grand cœur a justement été lancée pour répondre à tous ces besoins, en une seule et même structure. Et ce, grâce à la présence de bénévoles, d’une travailleuse sociale, d’une psychologue et des jeunes eux-mêmes, dont certains ont finalisé leur parcours de demande d’asile. C’est cela la genèse de Famille au grand coeur. 

Quelle est la situation des migrants LGBTQIAP+ en France et tout spécifiquement à Paris aujourd’hui ?
Dans un « mauvais » entre-deux. À peine arrivé en France, les jeunes demandeu.r.se.s d’asile doivent apprendre à trouver leurs repères dans un pays dont les valeurs sont bien différentes de celles de leurs origines. De plus, ils et elles doivent entreprendre un second parcours du combattant, après avoir fait un long voyage pour venir en France, à savoir les démarches auprès de l’OFPRA (Office français pour les réfugiés et les apatrides) et/ou de la CNDA (Cour nationale du droit d’asile). 
Enfin, bien qu’étant acquis, le statut de réfugié ne permet pas à ces jeunes d’avoir les mêmes droits que nous français. Ils et elles doivent donc travailler encore plus dur pour s’intégrer professionnellement et socialement. Chose peu aisée, puisque ces derniers sont confrontés à une double discrimination, d’une part en raison de leur ethnicité, d’autre part sur leur identité de genre/orientation sexuelle.

Quel est le parcours actuel des migrant.e.s LGBT ? 
Comme mentionné plus haut, les jeunes demandeur.se.s d’asile doivent passer un entretien auprès de l’OFPRA. Pour cela, ils ont à constituer un dossier complet à la préfecture et/ou au CADA/SPADA (Structure de premier accueil des demandeu.r.se.s) dont ils dépendent (s’ils ne sont pas hébergés par l’association). Ce dernier comprend les documents justificatifs de leur identité, leur récit de vie et des attestations, notamment.
Au cours de leur entretien à l’OFPRA, qui dure généralement entre deux et trois heures, les jeunes reviennent sur les circonstances liées à leur arrivée (qui motivent leur demande d’asile). Ils et elles sont soit seul.e.s, soit accompagné.e.s d’une personne habilitée. De même, en lien avec la barrière de la langue, souvent existante, ils et elles peuvent faire appel à un interprète. 
En dernier lieu, les jeunes peuvent se voir refuser la demande d’asile. Dans ce cas, ils et elles ont alors la possibilité de saisir la CNDA. Ils et elles bénéficieront d’un avocat, qui défendra ainsi leur cause dans de qui est une seconde chance après l’OFPRA. 

Pourquoi viennent-iels vous solliciter ? 
À ce jour, Famille au grand cœur est la seule association qui offre un accompagnement personnalisé complet, des premières démarches pour la demande d’asile à l’insertion professionnelle. Toutefois, qu’à ceci ne tienne, nous ne sommes pas LA solution, simplement une alternative aboutie à ce que propose le CADA, mais spécifiquement dédié aux jeunes LGBTQI+ de 18 à 30 ans. 

Quels sont les champs d’action de Famille au grand cœur ?
Famille au grand cœur répond à trois missions principales : accompagner, héberger et rompre l’isolement. Sur le premier volet, l’association va aider le bénéficiaire à remplir ses papiers administratifs, les diriger vers les bons interlocuteurs, les soutenir dans leurs différentes démarches (préparation aux entretiens rédaction des récits de vie, etc.). De même, grâce à la psychopraticienne de la structure, les jeunes vont apprendre à canaliser leurs émotions et à se libérer du poids lié à leurs problèmes personnels (conséquences de leur dur et long voyage pour arriver en France). 
Sur le second volet, les jeunes peuvent être hébergés par Famille au grand cœur, dans des familles d’accueil, sinon en appartement relais. Et ce, dans la mesure où ils et elles ne pourraient bénéficier des services du CADA/SPADA. Enfin, sur le dernier volet, des ateliers éducatifs, des activités culturelles et sportives, des sorties et séjours en vacances, des cours d’apprentissage, notamment en langue française, sont proposés aux bénéficiaires de la structure. De même, en vertu du système de pair-aidance, l’association permet aux jeunes de participer à la vie associative, en animant des conférences ou encore en tenant des stands lors de divers événements. 

Qu’est-ce que la section Paris de l’association a de particulier ? 
Elle est dans la capitale, déjà (rires). Sérieusement, l’équipe parisienne a toute son importance sur le volet de l’accompagnement pour les entretiens OFPRA/CNDA, les deux instances n’ayant leurs locaux qu’en Île-de-France. 
De même, le représentant de l’équipe parisienne (à savoir moi-même) dispose dune habilitation.  Cela est un atout majeur et une alternative non négligeable pour les accompagnants de Montpellier, qui ne peuvent pas toujours se déplacer (ayant d’autres missions à réaliser) 
En dernier lieu, l’équipe a une force de frappe importante, puisqu’elle officie dans une ville où toutes les opportunités possibles et imaginables permettent à Famille au grand cœur de gagner en visibilité. 
Quels sont les projets de Famille au grand cœur ? 
Se développer, en premier lieu. À ce jour, seule l’antenne de Montpellier, qui est aussi la maison-mère de Famille au grand cœur, dispose d’un local. L’objectif de notre groupe de travail serait donc d’en avoir un. Et ce, car cela permettrait à l’équipe d’être légitime et plus visible. 
En second lieu, obtenir encore et toujours des dons afin de pérenniser nos actions. Accompagner 60 jeunes, c’est bien. Mais, avec de l’argent, c’est mieux. Enfin, comme pour chaque cause associative, nous sommes évidemment à la recherche de bénévoles pour opérer l’accompagnement des jeunes au quotidien, à Paris, Montpellier et ailleurs. 

Si on veut vous aider, comment peut-on faire ? 
Rien de plus simple. Il vous suffit de vous rendre sur notre site : https://asso-fagc.fr. Toutes les informations s’y trouvent. Vous pouvez également faire un don en ligne (l’onglet « faire un don » figure en page d’accueil). 
En dernier lieu, vous pouvez retrouver l’actualité de l’association sur nos réseaux (@assoFAGC, @familleaugrandcoeur75 et @familleaugrandcoeur.pdl), fenêtres parfaites et transparentes de Famille au grand cœur. 

Famille au grand cœur en trois chiffres : 
60 jeunes accompagnés
75% de réussite aux entretiens OFPRA
65% aux entretiens CNDA

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