Articles / interviews

Littérature : à la dérive

Julien Claudé-Pénégry

Il y a des maux liés à l’enfance qui ne peuvent se taire et vous consument à petits feux, jusqu’au jour où tout bascule. Rock Trip, le premier roman de Stan0wicz est un plat qui se mange froid comme la vengeance machiavélique de son héros Jésus. Retour sur cette aventure littéraire avec l’auteur.

Qu’est ce qui t’as donné envie de publier ton premier roman ?
C’est ByeBye Blondie de Despentes qui m’a donné le déclic. J’avais envie d’écrire et le style de Virginie m’a « autorisé » à le faire. Je venais aussi de lire les romans de JT Leroy, j’aime cette écriture rock’n roll, directe, grande gueule…Faut rappeler que j’ai écrit Rock Trip en 2005 et qu’il n’est édité que maintenant. La société a changé, Rock Trip était vu comme un roman de niche en 2005, il ne l’est plus aujourd’hui…

Comment est venue l’idée de cette histoire de vengeance ?
En 2005, je suis parti vivre quelques mois à Rio de Janeiro, je n’allais pas bien. Un jour ma mère m’appelle et me dit « Tu ne devineras jamais qui a été arrêté pour pédophilie ??? » dans la petite ville ou j’ai grandi en Auvergne. Et je lui ai sorti un nom direct. Je me rappelais ce mec quand je faisais de la gymnastique et qui touchait les petites filles uniquement. J’étais enfant, mais le truc me choquait vraiment…J’ai créé l’histoire autour de cet événement...

Quel a été ton processus d’écriture ?
Une écriture automatique, non réfléchie, pas de squelette à la base. Il faisait 45 degrés au Brésil, je me mettais derrière mon ordi à 8h du mat, je relisais et corrigeais ce que j’avais fait la veille et je continuais d’écrire jusqu’a 16h. Tous les jours pendant 10 mois, j’avais cette discipline. C’était un besoin, l’histoire se créait chaque jour…
Pourquoi Rock Trip ?
Parce que c’est un roman Rock et LGBT, parce que c’est un road trip, donc Rock Trip….
On a coutume de dire que le premier roman d’un auteur est très autobiographique. Dans Rock Trip est-ce qu’il y a une part cachée de toi ?
Il n’est pas autobiographique. Dieu merci je n’ai jamais été victime d’actes pédophiles. Mais il est certain qu’il y’a de moi quant à la vision de la société qu’à Jésus, le personnage. Jésus me ressemble dans son approche de la relation amoureuse, c’est un solitaire et il n’a jamais vraiment trouvé sa place dans la communauté LGBT, il vit sa vie, assume sa sexualité mais n’a besoin de personne. Il prend de l’héroïne, c’est sa seule compagne avant de rencontrer Mehdi. Il y’a pas mal de moi dans sa personnalité, mes amis-es me le disent. Je suis un solitaire et je n’ai peur de rien.
Tu dédies cet ouvrage à Delphine, (DJ Sex Toy), ton amie disparue il y a quelques années. Elle a été un leitmotiv dans cette aventure ? 
Ce livre n’existerait pas sans sa disparition. Delphine était plus qu’une amie, c’était mon âme sœur. On voulait faire un enfant ensemble et l’appeler Jésus. A sa mort, j’étais anéanti, dévasté, j’ai commencé vraiment de déconner avec la came. Je suis parti au Brésil, loin de Paris et Jésus est né sous une autre forme, l’écriture était une façon de ne plus penser à ma souffrance et rentrer dans une bulle. Delphine est à la base de ce premier roman.
Quels sont tes projets à venir ? 
J’ai commencé un recueil de nouvelles sur des souvenirs de ma propre vie, et comme je sens un truc venir, j’écris le scénario de Rock Trip… mais vous n’en saurez pas plus…

"Rock trip" de StanOwicz, aux Ed. Hello Editions. 15€.

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