Les diversités LGBTQQIAAP+ s’affirment et contrairement à certains préjugés largement véhiculés, elles n’empêchent pas l’unité. Bien au contraire !
Communauté LGBTQQIAAP+ … il faut d’emblée reconnaître que l’acronyme est assez difficile à mémoriser, aussi bien par la plus grande partie de notre communauté, pas toujours très impliquée dans les combats menés par les minorités parmi nous et par les associations militantes, que par le grand public qui ne peut pas comprendre, le sujet n’étant pas suffisamment discuté et vulgarisé. Et d’ailleurs, avec un acronyme aussi complexe – et incomplet qui plus est ! –, il va forcément falloir prendre le sujet sous un autre angle pour expliquer la nature de toutes ces identités. Essayez, dès l’apéritif, d’en décrire le concept à vos ami.e.s hétéros et à vos ami.e.s lesbiennes, gays et bi.e.s cisgenres* âgés de plus de 35 ans, et vous y serez encore au dessert ! Pire, sur les mêmes réflexes idéologiques, conservateurs et stupides que sont le racisme, l’homophobie, la follophobie et toutes les autres phobies, notre communauté se cristallise et se divise actuellement sur des détails et des incompréhensions, là où justement nous devrions jouer l’unité et dénoncer les excès, y compris dans nos rangs.
Incompréhensions mutuelles
On se croirait il y a quelques décennies plus tôt, quand faisaient rage les débats dans les bistros et les assemblées sur les droits des femmes à ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari, à voter ou avoir accès à la contraception pour disposer librement de leur corps et leur sexualité, et donc de leur identité de femme libre et libérée. La fin de l’emprise masculine sur le vagin des femmes et sur leur vie, une catastrophe phallique pour tous les mâles dominants, subitement réduits à l’impuissance et au respect. Chose qui prendra beaucoup de temps et qui, du fait des débats actuels, prouve qu’en matière de féminisme et de questions sur le genre, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
On se croirait aussi dans la période pas si lointaine du débat de la loi sur le mariage pour tous. D’un côté les uns réclamaient un droit légitime, pendant que les autres manifestaient parfois violemment parce qu’ils se sentaient attaqués, alors même que ladite loi ne changeait strictement rien pour eux-mêmes, elle ne faisait qu’ajouter des droits à d’autres. Ne nous avait-on pas prédit pour l’occasion l’effondrement de la civilisation ? Exactement de la même manière que les opposants actuels à la reconnaissance des diversités LGBTQQIAAP+ craignent la fin de leur « communauté gay »… Qu’iel.le.s se rassurent, il n’en sera rien ! Tout au plus, de nouvelles identités s’exprimeront librement, et puisque toute le monde dans ce débat se targue d’être plus démocrate et tolérant que son contradicteur, nous devrions tous nous réjouir de cette diversité et de cette pluralité dans nos rangs.Ces débats sont identiques à ceux qu’on a connu à la fin des années 90, quand l’acronyme LGBT a progressivement remplacé le terme « gay ». Avec des jugements à l’emporte-pièce de l’époque : « G.A.Y. ça veut aussi dire « Good As You » (vous êtes bien comme vous êtes) concrètement, cela décrit les homosexuels dans toutes leurs diversités, si bien que tout le monde doit pouvoir se retrouver dans le terme, et il n’y a pas besoin de changer quoi que ce soit !». Assimilation zémourienne versus intégration républicaine.
Comme si les hommes gays cis pouvaient porter légitimement les sujets qui touchent spécifiquement les lesbiennes ou les énormes problèmes rencontrés par les personnes transgenres ou intersexes. Comme si les hommes blancs des villes pouvaient parler en lieu et place des personnes vivant en banlieue, issues de l’immigration de deuxième ou troisième génération, soumises à des schémas socio-culturels qui écartent les questions d’orientation sexuelle ou d’identité de genre. Point sur lequel les hommes blancs des villes n’ont aucun vécu personnel.
Chacun se forge un avis sur la façon dont les autres devraient vivre leur vie et leur(s) identité(s). Mais quand il s’agit des « autres » justement, des minorités, de leurs problèmes, de leurs aspirations, de leurs vies et de leurs identités, les dominants par le nombre ne devraient-ils pas laisser les minorités, et plus précisément les personnes concernées, s’exprimer sur les sujets qui les touchent intimement ? Et les écouter réellement pour ensuite, collectivement et de manière apaisée, réfléchir et débattre. Et qui sait, ensuite construire ensemble.
En réalité, les hommes cisgenres (dont les gays) ont peur de ce changement, puisque c’est le patriarcat (la domination de l’homme dans la société) qui est attaqué avec ces questions liées au genre et à l’orientation sexuelle. Pourtant, les hommes gays cis – de bonne foi – n’ont pas l’impression d’oppresser individuellement qui que ce soit et d’aucune manière, faisant ainsi abstraction de la donnée sociale, culturelle et dominante qu’ils soutiennent de fait puisqu’ils n’en comprennent pas la contestation ou pire, rejettent toute idée de remise en question (la plupart d’entre eux étant dépassée par le sujet parce qu’ils se considèrent comme non-concernés). Logiquement d’ailleurs, avec le plus grand des égoïsmes, ces derniers vous affirmeront sérieusement ne pas constater de réelles difficultés, ils ne se sont d’ailleurs jamais posés de questions, ils ne se sont jamais mis à la place de tel ou telle, alors à quoi bon changer les choses ? Et si les femmes ou les minorités se sentent opprimées, ils ne comprennent pas la part de responsabilité qui est la leur. Tout changement ou progrès est alors ressenti comme une attaque à cet héritage culturel d’un autre temps, ce qui crée peur et rejet, et attaques défensives de la part de ces héritiers triomphants. Réaction classique et conservatrice, alors même que le fait d’ajouter QQIAAP+ à LGBT ne modifiera en rien ni leur façon de vivre, ni la taille de leur sexe …
Pour défendre ces conservateurs – soyons un peu équitables –, entre mouvements progressistes, légitimes et fondés sur de réelles avancées sociales et ceux progressistes radicaux, voire extrémistes, on a parfois tendance à ne plus pouvoir faire facilement la part des choses entre reconnaissance des identités et des droits, inclusivité et vivre-ensemble et son pendant extrême tels que la cancel culture et les rassemblements publics en non-mixité (de fait non républicains)… La frontière n’est pas toujours très claire. Avec au milieu le mouvement woke*, dont le fond se veut progressiste mais la forme est souvent beaucoup trop radicale pour être évidente et admise.
Ajoutons à cela un problème générationnel et culturel : le phénomène actuel est limpide (fluide est désormais le mot juste) pour les jeunes et ne nécessite pas de mots spécifiques, puisque ce sont des éléments culturels et naturels pour eux. Le fait de nommer les choses étant d’ailleurs perçu par eux comme le premier élément de stigmatisation. Pour les plus âgé.e.s par contre, appréhender la question est beaucoup plus complexe, cela oblige à des contorsions mentales pour essayer de mettre ces « nouvelles » identités dans des registres afin d’en comprendre la nature (ce qui ne fonctionne évidemment pas toujours), ceci sans aucune mauvaise arrière-pensée initiale mais par besoin ”pédagogique”. De là s’embrayent les débats entre deux mondes qui n’ont pas les mêmes vécus, les mêmes ressentis, les mêmes acquis du savoir. Et qui prétendent ne pas mener les mêmes combats (alors que, globalement, si en fait) !
Un peu d’histoire
Il nous faut parfois nous rafraîchir la mémoire. Il nous est aujourd’hui possible de vivre nos identités et nos orientations sexuelles, parce que dans la nuit du 28 juin 1969, des gays mainstream ou en cuir, des travailleurs.euses du sexe, des femmes transgenres latinos et noires,… se sont spontanément soulevé.e.s et rebellé.e.s contre un énième raid arbitraire de la police dans le bar Stonewall Inn à New York. A partir de cette émeute, plus rien ne sera comme avant et la police cessera ses intimidations et harcèlements, mais aussi ses arrestations partiales. L’évènement sera ensuite fêté chaque année lors des Gay Prides (ou C.S.D. : Christopher Street Day) devenues plus tard ici ou là des Marches des fiertés. Ce sont bien ces manifestations, et plus précisément le nombre de participant.e.s qui obligeront les pouvoirs publics et nos politiques à faire évoluer la loi et nos droits.
Ainsi, même si la majorité n’entre nous a la mémoire courte, ne sait pas, ou entretient volontairement cette mise à l’écart du volet originel de notre histoire, nous constituons depuis le début de nos combats un ensemble de diversités, réunies dans des lieux et dans des causes communes. Une diversité un peu vite mise sous le tapis par les gays (par les hommes donc), ceci facilité par la domination par le nombre.
Ainsi donc, quand on nous parle de « nouvelles » identités dans l’acronyme LGBTQQIAAP+, il n’y a en réalité rien de nouveau sous le soleil, c’est juste que ce qui n’était ni visible ni dit, le devient avec l’apparition de lettres supplémentaires dans l’acronyme, et donc avec, la reconnaissance officielle de ces identités. Les débats autour du terme LGBTQQIAAP+ sont donc déjà obsolètes et dans les faits sans réel objet. Ce serait comme être contre l’homosexualité, cela ne l’empêcherait pas d’exister.
LGBTQQIAAP+
et puis quoi (d’autre) encore ?
Lesbiennes – Gays - Bi.e.s – Trans – Queer – Questioning (en questionnement sur son identité) – Intersexe - Asexuel.le.s - Allié.e.s - Pansexuel.le.s et +. Il en manque ! Dans le "+", vous pouvez intégrer par exemple les Abrosexuel.le.s (les personnes qui ont une orientation sexuelle fluide), les personnes Bigenres, les Aromantiques, les personnes en cours de transition (Transitioning), les personnes Polyamoureuses, … (cf article : Un éventail de visibilités).
Aux Etats-Unis, l’acronyme est un peu différent : LGBTQQIP2SAA. On y retrouve l’essentiel de nos lettres, sauf que l’un des deux A est consacré aux personnes Androgynes (l’autre pour Asexuel.le.s), et 2 S (Two Spirit) pour les Bispirituel.le.s : terme issu des peuples indigènes d’Amérique du Nord qui définissaient 4 genres différents (parfois 5), ces genres servant plus à définir le caractère spirituel et l’identité de la personne que sa sexualité.
Ces nouveaux besoins d’identification proviennent du fait que des membres de notre communauté ne se reconnaissent pas dans l’ensemble préexistant. Iel.le.s ont d’ailleurs parfois de vrais combats à mener, bien au-delà du seul besoin de reconnaissance. Par exemple, les personnes intersexes militent pour l’arrêt de la mutilation des enfants à la naissance, un sujet tellement grave qu’il doit être évidemment prioritairement porté par des personnes légitimes, au premier rang desquelles les personnes directement concernées.
Les crispations actuelles, quand on écoute les personnes réfractaires au changement, viennent souvent du fait que ces lettres LGBTQQIAAP+ ne sont pas du même ordre, et aussi du fait que les gens ne comprennent pas facilement les nouvelles questions liées aux identités de genre. Ceci parce que pendant plusieurs décennies, nous avons bataillé uniquement sur les questions liées à l’orientation sexuelle.
Pour y voir un peu plus clair, voici un très micro-tuto qui vous permettra de vous y retrouver et mieux appréhender le sujet :
Il suffit de définir 4 ensembles pour comprendre toutes ces lettres :
- l’assignation naturelle : mâle, femelle ou intersexe
- l’assignation sociale : homme, femme (et les stigmatisations afférentes : qui d’entre les plus vieux.vieilles d’entre nous n’a pas entendu les insultes d' « hommes ou de femmes manqué.e.s » pour un garçon jugé trop féminin ou une fille trop masculine ?). Qui n’a pas entendu qu’on ne nait pas femme, on le devient (idem pour les hommes)
- l’orientation sexuelle : homosexuel.le homme ou femme (gay, lesbienne), bisexuel.le, pansexuel.le, asexuel.le,… (il y en a d’autres)
- l’identité de genre : contrairement à l’identité sexuelle qui nous dit qui nous aimons, l’identité de genre dit qui l’on est. Lorsque l’on sent que notre genre est identique à l’assignation de naissance, on est cisgenre. Si au contraire, on se sent en opposition au genre assigné à la naissance, on est une personne transgenre (que l’on soit en cours de transition ou pas). Enfin, si l’on ne se sent ni homme ni femme, ou que l’on ne souhaite pas se définir, on est une personne non-binaire.
Avec le rappel évident que le genre d’une personne doit toujours être défini par elle-même et non par les autres. La chose vous paraît désormais plus simple, n’est-ce pas ? Alors, compliquons un peu…
Les ingrédients de complexification
Parce que la société est plurielle, en mouvement et complexe, ce qui peut paraître déjà suffisamment compliqué pour certain.e.s, peut l’être plus encore, puisqu’à cela d’autres sujets – connexes – peuvent s’y ajouter.
La convergence des luttes (ou l’intersectionnalité), par exemple, est une démarche politique, militante, qui consiste à faire converger dans un même mouvement plusieurs sujets comme par exemple la lutte contre l’homophobie et contre le racisme, puisque des individus en sont doublement les victimes. Même si les plus réacs d’entre nous vocifèrent sur le fait qu’on ne peut pas tout mélanger, ces sujets ne sont pas si différents puisqu’ils ont les mêmes ressorts, les mêmes modes de construction. Ce point est entendable et compréhensible pour toute personne tolérante et non-raciste, qu’elle soit d’accord ou pas sur la méthode.
Mais là où le public se crispe réellement, c’est quand on lui parle d’écriture inclusive (je viens d’en ponctuer mon texte régulièrement depuis le début de ce billet) avec des terminaisons d’adjectifs ponctuées de points et de masculins-féminins. Ce qui pousse, il est vrai, nos petites cervelles à un effort supplémentaire de déchiffrage (donc très bon pour la gymnastique intellectuelle).
Aussi, faire évoluer notre langue avec un troisième genre (le neutre) crée de multiples débats, là où les Allemands l’utilisent chaque jour sans se poser de questions. Iel, ielle, iels et ielles sont donc entré.e.s dans le dictionnaire et cela semble faire très mal à la tête… à celleux qui n’utiliseront de toutes façons jamais ces pronoms (!) Tout ça pour ça…
Allez, maintenant que nous sommes lancé.e.s, continuons avec la « fameuse » question des débats en non-mixité. Entendez des débats où ne sont bienvenu.e.s que les personnes strictement concernées par le sujet du débat. Dans les associations militantes, de lutte contre le VIH/sida ou les situations problématiques liées au chemsex par exemple, on appelle ça un « groupe de paroles ». Les gens parlent entre eux de leurs propres expériences, de leur vie intime parfois, sans préjugé et avec bienveillance de la part des autres participant.e.s, ils font part de leurs solutions aussi, puis échangent et débattent. Sans personne pour les contredire afin de libérer la parole. Ça existe depuis la nuit des temps, ça n’a jamais posé problème à personne. Mais si des filles, féministes et/ou lesbiennes, ou des personnes trans « racisé.e.s » décident de se retrouver entre iel.le.s, cela pose problème à quelques hommes cis ou à des lesbiennes terf (« trans-exclusionary radical feminist » : une militante féministe qui exclut les personnes trans de la cause féministe)… Avec toujours cette satanée domination cisgenre, patriarcale et parfois raciste.
Souvent, il ne s’agit pas de réflexes individuels mais sociétaux. Et là où les gens voient du communautarisme, il n’y a souvent que de la rencontre pour développer un sujet avant de le porter sur la place publique. Ce qui n’est absolument pas le cas des manifestations et rassemblements publics en non-mixité, qui eux, sont bel et bien discutables !
Les excès
Là où les choses deviennent indéfendables, c’est quand dans l’espace public et dans les lieux publics, les manifestations et les rassemblements se déroulent en « non-mixité ». Il ne peut pas y avoir de tris, de mises en cases, de rejets ou d’interdictions de circuler et manifester librement justement puisque autorisées par les pouvoirs publics. Ainsi, le Centre LGBTI de Tours a été contraint d’annuler la marche des fiertés en 2021, après avoir communiqué sur la présence d’un cortège non-mixte pour les personnes racisées. Avec à l’appui la publication d’une story sur Instagram précisant que « toute personne blanche qui essaiera de s’incruster dans ce cortège se fera cordialement (ou non) dégager ». La même année, et cette année 2022 encore, c’est le Collectif des Fiertés en Lutte (CFL) à Lyon qui organisa une marche du même genre, avec des posts Facebook qui annoncent l’ordre des cortèges sous forme de mises en cases qui frisent le ridicule, puisque cela aboutit à de l’auto-stigmatisation (voir encadré. NB : considérez – puisque ce n’est pas clair et pas écrit – que le mot « Arrière » veut dire : la marche en mixité totale, libre, sans tri en fonction de l’orientation sexuelle, de l’identité de genre ou de couleur de peau. Je rajouterai « la vraie marche démocrate et républicaine »). Pour ceux qui penseraient que cela est un peu autoritaire et radical, le CFL précise : « ces cortèges non-mixtes sont faits par et pour les personnes concernées mais ne contraignent aucunement des personnes concernées à y participer si celles-ci préfèrent participer au cortège mixte par exemple. » Nous voilà rassuré.e.s ! Nous sommes donc libres… libres d’ignorer cette démarche très discutable des organisateurs à l’avant de la Marche, de manifester dans la joie de vivre-ensemble et faire la fête à l’arrière (là où en fait, il y a le plus de monde). Ouf !
Bien sûr, la posture du CFL pose problèmes, avec débats et invectives sur les réseaux sociaux puisqu’il ne s’agit plus là de « communauté » mais de « communautarisme radical ». Et c’est bien dommage, parce que l’argument selon lequel les minorités dans la minorité sont invisibilisées toute l’année est un argument juste et fondé. Leur réserver des espaces « safe » (exempt de moqueries par exemple) et homogènes s’iel.le.s le désirent ou s’iel.le.s en éprouvent le besoin est juste. Reste la forme (une sorte de carré VIP) et le discours, intolérant et maladroit, comme « Les racisé·es devant, les blancs derrière » entendu l’année dernière, des propos scandaleux et racistes s’ils sont avérés… Lutter contre le racisme en créant une autre forme de racisme, tout un concept ! A moins que tout cela soit totalement délibéré puisque cela génère le débat et la division. Diviser pour mieux régner, un grand classique.
Notons toutefois, l’effort qui est fait pour la représentation et la sécurisation des personnes vivant avec un handicap dans ce gloubiboulga, une sécurisation que l’on imagine avec un encadrement par des personnes valides, forcément (!)
Mais le CFL va plus loin encore, en excluant l’année dernière certaines associations de lutte contre le VIH, jugées « machistes » et/ou non conformes à l’éthique du CFL d’après les renseignements que nous avons pu obtenir auprès de différentes sources. Interdictions de défiler pour des associations militantes dans la sphère LGBTQI, un comble. Cette année s’ajoute l’interdiction faite aux syndicats de travailleurs et d’ouvriers de défiler au motif d’un « recentrage sur l‘auto-organisation ». Comprenne qui pourra. L’un des porte-paroles du CFL se justifie : « On privilégie désormais les actifs de la cause, qui œuvrent toute l'année et pas seulement lors d'une manifestation ponctuelle » peut-on lire sur le site web de France 3 Régions. Comme si, tout au long de l’année, les syndicats ne militaient pas activement pour défendre les salariés contre l’homophobie dont ils peuvent être les victimes en entreprise ! L’argument du CFL est donc bien ailleurs … Où ? En fait, on s’en fout. Parce que cette année, une contre-initiative a vu le jour : « les Rues de l’amour et de la fierté », une fête dans deux rues lyonnaises qui a connu un grand succès, où chacun quelqu’iel.le soit était le.la bienvenu.e, sans espace réservé, dans une communauté soudée et solidaire de toutes et de tous (voir notre reportage photos en ligne sur strobomag.com, rubrique Reportages Photos).
L’avenir lyonnais semble donc porter sur les divisions. Là où le CFL semble se satisfaire de cette situation, il faut en réalité constater un échec violent pour la communauté LGBTQQIAAP+ lyonnaise, avec ses dérives. Nous avons là l’illustration parfaite de la limite à ne pas franchir. Le principe du CFL et de son carré de tête de cortège est : « je suis (ou je me sens) discrimé.e alors je discrimine en retour ». Et c’est ahurissant et abjecte parce que cela met tout le monde dans le même panier, comme si tous les gays, les lesbiennes, les allié.e.s hétéro,… étaient follophobes, transphobes, racistes, non-fémnistes,… Ce n’est évidemment pas le cas !
Pour le CFL, la Pride n’est pas une fête mais une marche purement et seulement politique. Il ne s’agit plus de fêter la revanche de Stonewall et les victoires obtenues, mais de porter le combat. Il reste des combats à mener, certes, personne ne le nie et ne peut le nier, mais ce n’est pas en nous divisant et en nous opposant que l’on sera plus fort. Faut-il rappeler que c’est le nombre et l’unité qui nous a permis d’obtenir nos droits. Nous n’obtiendrons rien pour les minorités dans la minorité avec ces instruments de rejet et de division.
Pour relativiser ces positions extrêmes, il faut redire qu’aucune marche en France, aucun rassemblement dans l’espace public n’est interdit à personne, tout le monde est le et la bienvenu.e s’il souhaite y participer (ce sur quoi le CFL est clair aussi).
Mais la dérive existe aussi ailleurs, à Paris notamment où les marches se morcèlent et se multiplient : Pride des banlieues, Pride radicale, Marche des fiertés, la Marche lesbienne, ExistransInter,… Ce qui revient à choisir ses marches et les causes que l’on défend, donc affaiblir le nombre et la force des sujets portés.
Faire communauté
Affirmer son identité, sa différence, ne revient pas et ne devrait pas revenir à faire sécession. La chose est possible, il suffit juste d’admettre que nous sommes tou.te.s différent.e.s, que c’est une richesse et donc une force.
Revendiquer une identité différente ou une particularité ne signifie pas s’extraire d’un ensemble. Les gays et lesbiennes cisgenres les plus âgé.e.s oublient souvent un peu vite qu’ils ont dû elles et eux aussi revendiquer leur identité gay, perçue comme différente dans les années 70 à 2000, pour marquer leur différence par rapport à la majorité hétérosexuelle, sans qu’ils aient, me semble-il, déclaré une quelconque volonté de communautarisme gay antirépublicain.
Il nous faut juste maintenant ouvrir les yeux sur les droits qu’il nous reste à acquérir et les batailles qui restent à mener. Les actes homophobes et lesbophobes sont au plus haut niveau, avec des agressions physiques, violentes parfois, y compris dans les quartiers autrefois safe comme le Marais à Paris, où les incidents se multiplient quasiment chaque week-end mais aussi les travailleurs.euses du sexe qui subissent régulièrement des agressions pouvant aller jusqu’au meurtre ; les enfants intersexes que l'on mutile sans même savoir si la nature fera d’elles ou eux des femmes ou des hommes à la puberté ; la PMA qui n’est pas encore réellement pour toutes et les débats sur la GPA qui peinent à s’ouvrir (bien qu’elle existe déjà, de fait) ; les personnes aussi qui n’ont pas envie de se reconnaître dans tel ou tel moule et elles en ont le droit puisque cela les regarde intimement. La liste est longue.
N’avons-nous pas ces combats à mener collectivement ?! Ne l’avons-nous pas fait quand il a fallu ces dernières années, (il faut encore) se battre collectivement contre le virus du sida ?! Ne l’avons-nous pas fait, afin que l’Organisation Mondiale de la Santé cesse de considérer l’homosexualité comme une maladie mentale encore plus loin dans l’histoire ?! Ne l’avons-nous pas fait afin que l’homosexualité cesse de devenir un délit en France en 1982 ?! Aurions-nous oublié notre histoire et nos capacités quand nous jouons collectifs !? Aurons-nous oublié celles et ceux que nous sommes, individuellement et collectivement !? Nos vies et nos petits conforts quotidiens sont le fruit de multiples combats. Nous en sommes aussi les héritiers. Sommes-nous devenu.e.s tellement égoïstes que nous ne menions pas ces prochains combats aux côtés de celles et ceux qui en éprouvent aujourd’hui le besoin ?! Quel que soit le nombre de lettres dans l’acronyme. Sommes-nous devenu.e.s tellement intégré.e.s que nous avons fini par oublier que d’autres sont resté.e.s sur le bord du chemin ?! Sommes-nous capables de nous comprendre et nous unir, toutes identités confondues ?! Pour faire enfin et réellement, sereinement et avec force COMMUNAUTÉ.
Parce qu’à part quelques cas extrêmes voués à l’échec, là où certain.e.s voient morcellements et divisions, il faut juste voir reconnaissance de toutes les identités.
* dont le sexe assigné à la naissance correspond à leur genre actuel
* woke : traduction : se réveiller. Désigne le fait d'être conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l'égalité raciale. En France, l’usage du terme « woke » sert souvent les conservateurs à discréditer les mouvements et idées progressistes.